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« Je me suis senti sale, je me suis senti seul, peut-être même que j’ai compris que j’étais pauvre. » (Tête de turc)

«au milieu de l’animal, un nez crochu comme une pince de crustacé et deux yeux minuscules, retranchés au fond d’un entonnoir de rides » (Pascal et ses pensées)

« Il était sept heures trente à peu près, j’avais la gueule comme une enclume et une haleine de poissonnier par temps de canicule » (Moi je dis qu’il y a une justice)

« La plus belle lettre de ma vie. Je peux pas vous dire les mots qu’il y avait dedans mais c’était beau comme la façade de l’église du béguinage quand le soleil se couche » (Châteaux en Espagne)

« Pour autant que le vieux s’en souvienne- et la mémoire n’est pas la plus efficace de ses fonctions cérébrales, elle a commencé à flancher un peu avant la prostate … » (Bruxelles insurrection)

« Pas de grandes ambitions, non, juste le besoin de tester la différence entre le vide complet et l’impression d’exister.» (Mon secret)

Quelques phrases glanées ici ou là, au fil des pages, pour présenter ces deux recueils de nouvelles :

Les ours n’ont pas de problèmes de parking.

Nous sommes tous des playmobiles.

Leur auteur, Nicolas Ancion, vit dans le sud de la France mais c’est de la Belgique qu’il nous parle, inlassablement. Le propos est faussement enjoué, grinçant, voire féroce, car Nicolas Ancion ne nous emmène pas dans les quartiers chics et consensuels de l’Europe, mais dans les arrière-cours, les zones voire les bas-fonds. Ses personnages sont les laissés-pour-compte, les petits vieux, les immigrés, les sales gosses, les assassins glauques. Sans doute leur obsédante présence fait-elle tache à côté des technocrates aux imperméables impeccables mais c’est parmi eux qu’il se passe quelque chose.

Quelque chose que Nicolas Ancion nous invite à entendre dans ces petits textes qui se dégustent comme autant de pintes de bière dans une brasserie bruissante.

Un regard juste et sans concession, un propos burlesque et laconique, un verbe généreux.

Nulle surprise de trouver Nicolas Ancion au stand de la librairie Espace Livres de Gradignan, (Salon du livre de Poche de Gradignan, début octobre) tenu par Mme Caradec, une libraire ostinato rigore, qui fait partie de ces vigies sans le travail de qui la littérature se serait déjà noyée dans le main stream sur facebook.