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Je crois que G Flipo est un voyageur et qu’il aime plus particulièrement l’Amérique du Sud et l’Asie d’extrême Orient. Je crois aussi que G Flipo aime raconter des histoires, se raconter des histoires, nous raconter des histoires. Je crois que G Flipo s’intéresse à la façon dont on passe d’une suite en apparence incohérente d’événements, d’une chronologie en somme, à quelque chose qui ressemble à une histoire, à la façon dont les lignes de force, invisibles, ordonnent le foisonnement des événements en cohérence d’histoire. Ce lieu particulier de la « transformation » irrigue ce recueil de nouvelles au point que l’écrivain en quête de cohérence d’histoire se confond avec les personnages, à qui il emprunte des fragments de vie.

Dans « qui comme Ulysse » le narrateur argentin, en exil en France, voudrait raconter des histoires de son pays, mais comment faire sans les saveurs, sans les fruits de la terre qui les nourrissent, alors Ulises se lance dans les empenadas dont la fabrication lui tient lieu d’histoire.

Dans « la partie des petits saints », Zlatko, joueur d’échec renommé, joue une partie extraordinaire avec un obscur cabaretier d’Amazonie, lequel n’a d’autre stratégie que la persévérance de petits saints qu’il invoque à la manière des pieux qui implorent la Vierge.

«Et à l’heure de notre mort» campe un malheureux vicaire espagnol amoureux de tauromachie, «invité» à une corrida d’un style particulier au cours laquelle le toro entravé, symbole des conquistadors, affronte un condor, symbole des précolombiens opprimés, dans un combat à l’issue à la fois drôle et tragique.

Le narrateur de «Rapace» achève un roman (ou un recueil de nouvelles) dont sa relation avec Elena lui fournit les ingrédients, mais au fur et à mesure qu’il s’empare de sa substance la relation semble se vider de la sienne. Celui qui raconte les histoires serait-il aussi un voleur d’âme ?

Les personnages de ces quatorze nouvelles nous parlent de leurs voyages, de leurs épreuves, de leurs impostures et de leurs sacrifices et sans doute de leur plaisir à nous tenir en haleine. Ils y parviennent pour notre plus grand plaisir.