C’est le titre d’une exposition produite au musée de la création franche de Bègles. L’affiche (très belle) invite à la visite, s’il n’est pas trop tard. Pourquoi « dissidentes » me suis-je demandé par la suite. Une création n’est-elle pas, intrinsèquement, dissidente ? De même, une vision ? Une vision est dissidente par le seul fait de proposer une cohérence entre des éléments et des concepts a priori dépourvus de cohérence. Car toute cohérence est une ré-organisation du réel.

En Europe centrale et orientale, avant la chute du mur de Berlin, les artistes et les écrivains entraient en dissidence, contre un pouvoir qui à force d’obstination avait fini par laisser l’incohérence se glisser dans toutes ses visions. C’est de cohérence et d’ordre dont rêvaient les dissidents du communisme.

Mais alors, pourquoi dans la France du XXIème siècle, parler de visions dissidentes ? Les créations et visions, « ordinaires » seraient-elles à ce point convenues qu’il soit nécessaire d’accoler la « dissidence » à celles dont on voudrait qu’elles ne le fussent point ?

Les mots ont un sens et un contenu. Les faire dériver vers le superlatif témoigne d’un détournement de sens ordinaire. Le malheur est que nous nous habituons à ce genre de détournement. Qu’adviendra-t-il lorsque, à leur tour, les créations dissidentes seront convenues ? Que dirons-nous : « créations de la dissidence autre » ? Ou alors : « créations de la vraie dissidence » ?