L’environnement nous interpelle. S’ouvre à Durban un nouveau sommet que l’absence de la plupart des chefs d’état risque de transformer en parodie voir en abysse. Pourtant pas plus tard qu’en février dernier, un séisme d’une puissance rare, mais désormais moins improbable, a provoqué à Fukushima la catastrophe nucléaire que l’on sait. Fukushima a précipité les choses en quelque sorte, a rendu les responsabilités plus tangibles et les fuites en avant plus criminelles. Le nucléaire est dangereux, nous le savions, fallait-il que la nature nous le redise. Plusieurs pays du reste ont déjà programmé son abandon et d’autres s’apprêtent à leur emboîter le pas. Pourtant, à regarder les choses de près, la question ne se pose pas en des termes aussi simples.

Il convient en la matière de distinguer entre les actions qui relèvent de la bonne conscience locale (le sentiment d’apporter sa pierre à l’édifice voire d’en convaincre ses électeurs) et celles qui contribuent de façon indiscutable et globale à la réduction de l’appareil nucléaire de la planète. En effet, décréter la sortie prochaine du nucléaire sans l’assortir d’un programme de production d’énergie alternative, c’est déplacer le problème chez le voisin lequel s’empressera d’exporter son électricité dont on n’est pas certain de l’innocuité de la filière de production. De même, dans une économie mondialisée,  contraindre sa filière industrielle à utiliser une énergie « propre », mais chère, induit des délocalisations vers des pays dont on sait que les coûts de production faibles masquent à la fois la main d’œuvre bon marché et la gabegie d’énergie fossile. Dans les deux cas, le bénéfice pour Gaïa, notre planète, est nul voire négatif.

C’est en cela que la question nucléaire est paradoxale. L’enfer est pavé de bonnes intentions et les apparentes bonnes mesures ne sont souvent que des pis-aller voire des calamités. La question est paradoxale parce que globale, de même que dans un récipient où l’on prélève un volume d’eau, l’eau qui reste vient immédiatement combler le vide. Toute mesure de réduction de l’usage du nucléaire est la bienvenue au niveau de la planète. En revanche, toute mesure de réduction qui n’est pas « auto-limitatrice » ne fera qu’empirer le problème. Fermer une centrale ou une tranche de centrale suppose avoir constitué le parc alternatif correspondant mais surtout (parce que le parc reconstitué ne pourra jamais fournir autant que le nucléaire remplacé) avoir engagé les mesures de réduction des besoins. Des maisons mieux isolées en constituent un exemple. Une réflexion plus globale sur la mobilité et ce qu’elle contient d’inutiles mouvements browniens en constitue une autre. Hélas dans tous les cas, l’effort de développement et d’innovation est immense, en effort qui nécessite d’importants investissements donc des économies vertueuses. Et ce n’est pas là le moindre paradoxe du nucléaire, il reprend de la vigueur lorsque la vertu budgétaire se relâche ! 

Pour finir, je ne résiste pas à citer le mot de Brecht: "progresser, ce n'est pas être progressiste mais faire des progrès"