solweig

La télévision ne tient qu’une place congrue dans mon emploi du temps mais je suis encore abonné à Canal. Cela remonte à des temps plus anciens. Il m’arrive cependant de guetter le JT de 20 heures, de zapper en attendant et de faire un petit tour sur Canal.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=TWfj3dmTnyQ

A cette heure post-vespérale et pré-noctambule, les people, surtout parisien, se donnent rendez-vous chez Michel Denizot et se livrent, souvent au détriment de l’invité placé en situation d’ »accusé », à une surenchère de pitreries, de provocations et d’insolences dans un environnement rendu glamour par une brochette de représentantes du sexe dit faible, choisies parfois pour leur esprit ou leur humour, souvent pour leur côte élevée à l’argus (pas de l’automobile, bien sûr). Enfin Michel Denizot annonce la séquence météo. Le jingle retentit et la caméra effectue un travelling circulaire sur Solweig, deux ex machina, jambes interminables, bottines craquantes, silhouette dessinée sur mesure, cheveux longs et dansants, sourire absolument angélique et des yeux …, Solweig, que les dieux de l’Olympe auront avantage à recruter pour tenir la place d’Aphrodite le jour où cette dernière ira se vouer à d’autres diables.

Solweig donc fait un grand tour avant que de s’asseoir, cela fait partie du spectacle, puis, assise, se livre à un petit numéro avec clins d’œil, âneries, fausses naïvetés et insolences auxquelles son sourire donne la semblance d’une caresse, car Solweig ne manque pas de talent. L’invité, cible de ses (petites moqueries), n’hésite pas une seconde entre indignation et subjugation. Sans doute les neurones disjonctent-ils pour qui se trouve à moins de 3 mètres de Solweig. D’autant plus que Solweig a travaillé sa diction où abondent gloussements, intonations, soupirs, points d’orgue et petits cris qui donnent une petite idée de l’extase. Sans doute ces préfigurations ne sont pas pour rien dans les salves d’applaudissements qui accompagnent le show de Solweig. « Encoooooore » croit-on entendre.  

Et la météo, me direz-vous. Elle arrive. Lorsque tous les esprits sont propulsés dans la zone rouge des vibrations érotiques, Solweig lance, goguenarde : « Arthur, envoie les cartes ». Arthur, c’est le type en coulisse qui prépare les 3 cartes de France avec petites icones de pluie, brouillard, ou soleil. Une carte météo se suffit à elle-même et Solweig sait bien, qui se contente de donner les prévisions pour Brie-Comte-Robert ou Pétaouchnok. Les passionnés de météo iront voir sur la une ou la deux, cela aussi Solweig le sait ainsi que Canal. Les trois cartes commentées, Solweig lance « allez, à tantôt tout le monde », en éclatant de rire et déjà les applaudissements qui fusent tentent de retarder la fin de la séquence.

De quoi fut-il question ? De météo ?

Non !

Il fut question de Solweig.

Cette insolente fraîcheur toutefois n’est pas innocente car  Solweig est instrumentalisée. Solweig est une récréation, un divertissement, un argument de vente, une boîte de Pandore, une invitation aux pensées les plus érotiques. En même temps, Solweig n’est qu’une séquence télévisuelle, offerte en compensation aux consommateurs mâles désespérés dans un univers à la fois sur-érotisé et de plus en plus puritain, où surabondent les silhouettes qu’il n’est question de toucher qu’avec les yeux. Solweig est à la fois le mal et le remède. Solweig, et d’autres comme elle, instillent ce qu’il faut de pigment sans quoi le consommateur privé de désir ne consommerait plus. Mais Solweig est aussi l’évocation de la femme qui ne se montre que pour mieux se dérober, à grande échelle, celle de la masse, baignée dans un iceberg de pornographie dont elle est la partie émergée soft. Solweig est un fusible. Le sait-elle ?