A la faveur de la prochaine échéance présidentielle, à la faveur devrais-je dire des mesures de compétitivité que le gouvernement est en train de prendre pour dynamiser l’industrie, l’épineuse question des « 35 heures » revient sur le devant de la scène. Les mesures envisagées, dites « pacte de compétitivité », concernent certes des allègements de charges patronales sur des tranches de salaire progressives. Il n’en est pas moins vrai que, selon le gouvernement, ces mesures entendent compenser toutes celles qui à ses yeux ont « déqualifié » l’industrie, notamment les fameuses «35 heures ». Offusquée, l’opposition s’indigne et affirme que, au contraire, les 35 heures ont été créatrices d’emploi,  que la non-compétitivité de l’industrie tient peu au coût du travail, et que le « pacte de compétitivité » du président Sarkozy se résume à un tour de passe-passe consistant à faire peser la politique familiale sur la consommation et non sur les entreprises.

Qui a tort et qui a raison ? Qui croire dans cette cacophonie ? Et tout d’abord, les « 35 heures », une bonne ou une mauvaise chose ?

Les uns et les autres n’hésitent pas à citer à foison le modèle allemand. La productivité allemande est plus faible. Les allemands travaillent plus. Les allemands ont un tissu de PME, etc …

Dans tout ce qu’on dit des allemands, une chose est indiscutable : les allemands eux, exportent, leur modèle fonctionne, tandis que nous importons et que notre modèle semble à bout de souffle.

Deux chiffres pour étayer ce constat : d’une part, la balance commerciale allemande est excédentaire de 160 milliards, tandis que la nôtre est déficitaire de 60 milliards. D’autre part le poids de l’industrie a progressé dans le PIB allemand tandis que le poids de notre industrie a régressé de 10 points. Aux arrondis près, ces deux séries de chiffres sont établies et vérifiables.

Alors que s’est-il passé ?

La compétitivité est une chose complexe, elle résulte d’une multiplicité de facteurs et non d’un seul : innovation, savoir-faire, habilité commerciale, coûts de production, opportunisme, etc … De ce seul constat découle une évidence : les « 35 heures » ne constituent ni une bonne ni une mauvaise chose en elles-mêmes.

Dans cette même Allemagne si souvent citée en référence, il n’a pas manqué d’entreprises qui ont passé aux 35, voire aux 32 heures, ponctuellement, lorsque bien entendu le contexte le permettait. Il faut se dépêcher d’ajouter que la décision relevait non pas de la sphère gouvernementale mais de la politique contractuelle au sein de l’entreprise, d’un consensus entre direction et partenaires sociaux, au vu des données concrètes et partagées, que de surcroît cette décision était réversible, en fonction du contexte.

On devine là une ligne de fracture : alors que l’opposition se situe sur une conception jacobine et centralisatrice, une conception consistant à légiférer, la droite se situerait plutôt sur un modèle contractuel, lequel donne liberté aux entreprises et à leurs représentants de décider de l’opportunité et des modalités. En effet, il n’est pas interdit de penser que le marché de la métallurgie ne fonctionne pas comme celui du luxe, que les coûts de production peuvent être excessifs dans le premier et très acceptables dans le second, que l’application unilatérale ex-cathedra d’une loi uniforme pourrait avoir des effets désastreux dans un cas, neutres ou positifs dans l’autre.

La ligne de fracture se situe à cet endroit : il y a un profond fossé entre ceux qui « décrètent » et ceux qui « évaluent », entre ceux qui "admonestent" et ceux qui "gèrent". Mettre en place les 35 heures (en 2001) parce que, par définition, le partage du travail générerait de l’emploi, avoir fait une telle chose relève d’une vision étriquée et dogmatique. Cela consiste à affirmer dans l’absolu quelque chose qui est fondamentalement conjoncturel. La gauche l’a fait. Elle continue d’en être fière. Elle est prête à renchérir. Elle est inquiétante en cela.

La droite ne dit pas que le partage du travail ne crée pas d’emploi. Elle se contente de dire que l’application à grande échelle d’une loi de partage du travail, dans un contexte peu propice, est hautement contreproductive. La réalité malheureusement lui a donné raison et la persistance de la gauche à ne pas vouloir le reconnaître constitue précisément l’un des problèmes de gouvernance de ce pays.

 

La gouvernance est plus une question de bon sens que de principes et de dogmes.