Co-voiturer, mettre une offre de co-voiturage en ligne, ou alors consulter en lignes les offres de co-voiturage, cela suppose d’être connecté en permanence. Il en va de même avec l’intermodalité : faire sans préparation minutieuse un voyage comportant un trajet en bus, un relais en train et un autre en tram, cela relève de l’aléatoire.

Il faut rester branché, en ligne.

Peu à peu, l’usage efficace et intelligent des transports en commun (TC) ne saurait se concevoir sans l’usage quasi-permanent du smartphone et des technologies de la communication (TIC). Les TIC permettent aux TC d’échapper à l’aléatoire et au confidentiel.

D’une certaine manière, les TC et les TIC transforment lentement les lieux habités. On se déplace pour entrer en relation : c’est la finalité. La voiture permettait des déplacements spontanés, « indolores » en quelque sorte. Plusieurs décennies d’hégémonie de la voiture ont transformé nos villes en muscles cardiaques en phase de thrombose et nos poumons en filtres pour particules. Les transports en commun montent en puissance et sans doute est-ce une bonne chose (au regard de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre). Mais leur usage suppose l’usage associé des TIC, un usage à vrai dire intensif et compulsif. Le smartphone est allumé en permanence, délivrant et recevant, en temps réel, des informations dont la consultation n’a de sens qu’en temps réel. La part du temps passé à entrer en relation finit par rivaliser, en masse critique, avec le temps véritable passé en relation. Du moins cela est-il une tendance.

Peu à peu, pour entrer en relation, les hommes se transmuent en individus soumis aux systèmes d’information. Une fois ensemble, ils succombent à des conversations où les questions de déplacement, de réseaux et de systèmes deviennent prépondérantes. Hansel et Gretel de la fable nordique, semaient derrière eux des petits cailloux blancs pour retrouver leur chemin lorsque leurs parents nécessiteux les emmenaient perdre en forêt. L’homo-mobilis ne se souvient pas toujours des raisons pour lesquelles il veut entrer en relation avec ses contemporains. Il s’entoure de réseaux dans l’entrelacs desquels il finit par se perdre, ne lui reste qu’un chemin qui ne mène nulle part.

Sommes-nous à l’orée d’un futur où l’usage des outils de mise en relation, leur usage en temps réel, l’emporte sur le contenu de la relation ?  Un futur où « l’être ensemble », progressivement et insidieusement, cède la place à un « aller vers », un paradigme de mobilité auquel, parfois, on serait tenté de répondre : et si on réorganisait le local, l’autonomie et l’immobilité ?