A Bordeaux, la Fête du Vin ferme son ban. Plus de 500 000 visiteurs auront sillonné les berges du Port de la Lune, faisant honneur à l’une des signatures de la Région Aquitaine, le vin de Bordeaux. Les amateurs auront dégusté. Les débordements des autres auront été contenus par une présence policière dont certains représentants souriaient. Peut-être avaient-ils lu les dernières recommandations de Manuel Vals.

En Ukraine, l’équipe d’Espagne a brillamment remporté l’Eurofoot 2012 face à une équipe d’Italie, méritante, mais qui jouait à la fois de malchance et d’épuisement. Faisons le vœu que nulle différence de compléments alimentaires n’apparaîtra par la suite. Toujours est-il que les deux équipes ont partagé le même enthousiasme, se sont signalés par le même esprit d’équipe et, osons ce blasphème, un certain sentiment national. Leur exemple doit donner à réfléchir aux « bleus » dans les rangs desquels pourtant ne manquaient pas les forts potentiels. Nos « bleus » auront été loin de constituer ce « tout » qui est supérieur à la somme des parties. Et les 140 000 € empochés, quel que soit le résultat, n’auront pas même réussi à nous préserver d’une sortie honteuse, émaillée de noms d’oiseaux sélectionnés dans le vocabulaire de base. Cependant, tel l’arbre qui cache la forêt, les joueurs discrédités ne cachent-ils pas une responsabilité collective ? Celle-ci n’a pas hésité à mettre en scène des ados sur-doués, sur-payés, sur-exposés et sur-signifiés, lesquels jouent en mercenaires et ne comprennent pas que sur le rectangle vert se joue autre chose que des prouesses techniques et des acrobaties médiatiques.

Pendant que les uns fêtent leur victoire et les autres leurs bobos, ce jour même 2 juillet, le président de la Cour des Comptes présente l’audit des comptes publics. Son verdict est implacable. « Il faut trouver de l’ordre de 33 milliards pour 2013 ! » Rendons justice à Didier Migaut d’avoir présenté un rapport impartial, lequel souligne les efforts budgétaires entrepris dès 2011, précisément par ce gouvernement (Fillon) dont l’actuel ministre des finances continue de dire pis que pendre. Sans doute P Moscovici a-t-il besoin de faire  oublier  la facture salée qui arrive et qu’alourdissent considérablement les premières mesures qu’il présente comme sociales mais que la réalité rend abyssales.

A Bruxelles, la fronde des Pays du sud de l’Europe sera parvenue à repousser la ligne rouge de la chancelière. Les banques espagnoles et la dette italienne bénéficieront ainsi d’un traitement à la marge destiné à ne pas alourdir les dettes souveraines et à tenir la spéculation en respect. Ce ballon d’oxygène constitue assurément une bonne mesure si les bénéficiaires n’en prennent pas prétexte pour relâcher les efforts et s’ils continuent les réformes structurelles nécessaires à l’équilibre de leurs économies.

Quant à la France, elle peut s’enorgueillir de cette avancée, à condition qu’elle ne perde pas de vue l’implacable diagnostic de la Cour des Comptes : nul répit ne la dispense de poursuivre les réformes structurelles (retraite, TVA, coût du travail …) que l’actuel gouvernement a trop longtemps reproché à son prédécesseur d’avoir engagées.

Heureusement le tour de France arrive à point nommé pour couvrir nos écrans du spectacle poignant des héros du jour pédalant le nez dans le guidon et produisant des efforts 100% bio. Après, viendront les vacances, le farniente à la plage, le chassé-croisé des juilletistes et des aoutiens, le festival d’Avignon et ses performances hermétiques … Nul ne songera plus à la dette qui continue de filer, au déficit qui continue de se creuser. Dans leur inconscient collectif, syndicats et fonction publique affutent pour la rentrée leurs revendications (qui ne manquent pas légitimité) : ils ont voté pour un président de gôche de qui ils attendent un juste renvoi d’ascenseur. Sans doute lèveront-ils les bras au ciel en voyant apparaître la Rigueur en personne dès l’ouverture des portes de ce dernier. Et sans doute le ministre des finances maudira-t-il son prédécesseur, non pas d’avoir trop serré les boulons, mais de ne pas les avoir serré assez !