Au Parlement se livre une bataille digne des grandes heures de la République. La gauche, éprise de justice, de droits et d’égalité, représentante patentée de la veuve et de l’orphelin, entend démanteler l’une des mesures phares de la mandature précédente, laquelle a laissé le pays sans l’état de délabrement que l’on sait (je ne sais pas si ce sont les termes exacts de la rhétorique en vogue, les puristes rectifieront) : à savoir la défiscalisation des heures supplémentaires (qu’il s’agit dès lors d’abroger, tout le monde aura compris).

Car cette mesure inique et scandaleuse aurait détruit entre 200 000 et 300 000 emplois, avance-t-on dans les rangs de la majorité normalement exemplaire. Interrogés, les entrepreneurs et industriels affirment qu’il est hors de question pour eux de créer des emplois équivalents (ce n'est pas qu'ils ne veulent pas: leur compétitivité ne le permet pas, l'activité des marchés non plus). C’est donc la productivité qui fera l’ajustement. Ainsi, les salariés grugés de leurs heures supp feront le même travail en gagnant moins, un moins que le fisc récupère pour équilibrer les comptes publics. Ils apprécieront cette mansuétude venant de la part d’un gouvernement qui, juté craché, ne prend qu’aux riches, dans  les rangs desquels ils ignoraient figurer.

Sans doute avait-on omis d’expliquer à nos gouvernants (lesquels chaque jour « découvrent » une partie de la complexité économique qu’ils avaient si brillamment théorisée) qu’au-delà des mots, la défiscalisation des heures supp était tout simplement un allègement de charges sociales pour nos entreprises, déjà lourdement handicapées dans le jeu de la concurrence internationale. On avait cru que la gauche enfin normale avait fait son aggiornamento de la théorie du partage du travail (laquelle avait accouché des désormais fameuses 35h, que la terre entière, goguenarde, nous envie pour la situation d’in-compétitivité dans laquelle elles nous mettent), mais non, la gauche est restée normalement gauche, elle rechute, elle croit rétablir la justice mais en réalité va priver peut-être un million de salariés des quelques centaines d’euros annuels que les heures supp défiscalisées leur avait accordées, et elle ne créera pas un emploi de plus. Bravo, le redressement productif (et pragmatique) est en marche, à grandes enjambées même !