… madame la marquise. Ces paroles d’une chanson de Paul Misraki accompagnèrent un film de René Clément sorti en 1935. Elles sont restées comme la parfaite illustration de l’état d’esprit qui régnait lors des années d’avant-guerre et je les pose en introduction de cette chronique comme des amulettes aux extrémités du pentagramme au centre duquel notre douce France (ah Charles Trenet) flotte dans une non moins douce insouciance.

Car tout va très bien, les français reviennent de la partie nocturne de la journée du patrimoine, persuadés de l’inaltérable richesse de celui-ci et l’invulnérabilité de la nation qui en est à l’origine. Aurélie Filipetti et Jack Lang assurent la couverture institutionnelle de la techno-pride. A peine auront-ils évoqué les tombes saccagées d’un cimetière catholique de Gennevilliers. Après tout, Jésus n’a-t-il pas dit de tendre l’autre joue ?

Tout va très bien car la haute assemblée de Karlsruhe n’a pas censuré, mardi dernier, le plan d’intervention de la chancelière Angela Merkel, lequel consistait rien moins qu'à sauver une nouvelle fois l’euro. Un non-événement dont la presse nationale s’est à peine fait l’écho. Après tout, les allemands sont riches, ils n’ont qu’à payer. Ils sont comme Bernard Arnaud et ils sont déjà à l’étranger. Et puis il y avait des événements beaucoup plus importants dont il convenait de rendre compte : la nomination par JM Ayrault de commissions pour régler les questions de banditisme à Marseille, ainsi que le voyage de notre bon président à Tulle, son fief bien-aimé, où il fut accueilli par des cris de joie et de reconnaissance. Pas comme madame Valaud-Belkacem, huée à la fête de l’huma pour avoir confondu celle-ci avec une succursale du Medef.

Tout va très bien car les processus de désignation du Goncourt et du Renaudot sont en marche. Même si Olivier Adam et Christine Angot ne sont pas pressentis, la nation des arts de des lettres, phare de l’humanité, a produit sa moisson de six-cent livres parmi lesquels les jurés, gavés de petits fours et d’amicales pressions, auront bien du mal à distinguer le bon grain de l’ivraie.   

Tout va très bien car la crise c’est maintenant, l’information en est parvenue à l’Elysée en début de mois, et le changement c’est dans deux ans. Les mesures de Sarkozy sont abolies l’une après l’autre, comme autant d’éclats de verre sur le visage immaculé de Marianne. Les forces vives de la nation produiront des emplois à la pelle, dopées par l’épithète de « riche con » et sommées par un patriotisme de dette. Après tout, elles (les forces vives) se sont pendant tant d’années enrichies sur le dos des travailleurs, tandis que les classes moyennes sont ravies de contribuer à l’équilibre budgétaire par un surcroît d’impôt, c’est si gentiment demandé et, juré craché, on a gelé les dépenses, on a même opposé un refus catégorique, catégorique vous dis-je, à ceux qui voulaient doubler les effectifs des collectivités territoriales.

Si.  

Tout va très bien, la banque d’investissement pour les PME jaillit tel le phénix des cendres d’OSEO, même si Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici s’en disputent la non-paternité. Les rumeurs qui courent autour de madame Pulvar et des Inrocks ne sont que pures calomnies alimentées par une presse à scandale.   

Tout va très bien, même si quelques ambassades américaines furent la cible de violentes émeutes et que des morts furent à déplorer, notamment en Lybie, pourtant récemment restituée aux forces démocratiques. Que ces émeutes aient éclatées aux alentours d’un 11 septembre est un pur hasard, du reste pas un éditorial de la presse libre et progressiste n’a fait le rapprochement. Elle s’est en revanche employée à dénoncer ce film iconoclaste par lequel le scandale est arrivé. De même que la crème des écrivains de la douce France s’est employée à régler son compte à ce Millet, qui avait besoin de faire le malin avec son éloge de Breivijk, dont l’affaire était réglée, il n’y avait plus à y revenir.

Tout va très bien, vous dis-je.

Quoi ?

Qu’est-ce qu’il y a encore ?