image_largeIl court une rumeur sur la toile: des universitaires seraient en train de traduire des papyrus égyptiens qui révèleraient que Jésus aurait eu une femme, une certaine Marie-Madelaine. On imagine l’émotion que cette nouvelle provoqua parmi les docteurs de la loi. Quoi, notre Seigneur, avec une pécheresse !  Cela contredit radicalement le dogme qui veut que Jésus soit né selon un processus tout à fait singulier appelé Immaculée Conception. On imagine encore l’affrontement des experts de tous bords. Les uns prétendant que le papyrus est un faux, les autres, une nouvelle parole d’Evangile. D’aucuns se voient déjà en démiurges : tout le christianisme ne serait qu’une imposture depuis le début. Ayant pris femme, Dieu n’aurait été qu’un homme comme un autre, un peu moins mauvais ! 

La belle histoire ! Renvoyons dos à dos les découvreurs de papyrus et les destructeurs de preuves. Importe-t-il tant que Jésus ait pris femme, qu’il ne fût pas tout à fait le fils de Dieu que l’on prétend?? Importe-t-il tant que le papyrus dise vrai ou qu’il s’agisse d’une contrefaçon d’un faussaire qui se prend pour Don Brown. Peut-être Jésus n’était-il que Jésus, « découvert » par un certain Paul, un peu comme un metteur en scène qui découvre la prochaine « révélation ».  Peut-être Paul le trouva-t-il un peu provincial, un peu marié, un peu oriental. Aussi fit-il de lui le Christ et raconta-t-il l’histoire qui allait avec. Dans un casting d’enfer, il dépoussiéra Jésus pour en faire ce Christ attendu par le monde païen las de ses idoles et des sacrifices qui leur étaient consentis. En fin marketeur, St-Paul rapprocha une icône de son public et cela fonctionna à merveille.

Faut-il vraiment s’étonner que de temps à autre apparaisse un fragment archéologique qui témoigne des petits arrangements avec la vérité historique ?  Cela change-t-il le fond des choses et le contenu de la foi ? Jésus s’exprimait par le truchement de paraboles et sans doute, à son exemple, convient-il d’aborder les questions d’en haut à la manière de paraboles, indépendamment de preuves ou d’historicité. Le christianisme a propagé un message d’une rare force, il aura fallu à ses apôtres et prêtes un brin de rituel et un corpus doctrinaire nécessaire pour aborder ces questions difficiles : la foi apparait au-delà du corpus et indépendamment de lui. Aussi les petites approximations qu’il contient ne sont pas de nature à remettre en cause le contenu et la légitimité du message.

Dès lors, que de dollars et de vanités dépensés pour chercher une chose là où on ne la trouvera jamais. Autant peut-être que dans la recherche des particules élémentaires dans des anneaux de Genève ou du Barp. Ceux qui croient avec un bout de papyrus déboulonner vingt siècles de foi chrétienne sont déjà en dehors de la foi. Ils ne s’attaquent qu’à la doctrine, trop petits pour atteindre le message, et leur posture un rien blasphématoire n’est pas sans invoquer le jansénisme d'un Blaise Pascal : nul autre que Dieu n'accorde la grâce.