Le talent d’un cancre consiste à toujours se défausser, rejeter la faute sur les autres, accuser l‘instituteur de partialité, le hasard de ne pas avoir fait ressortir la question préparée ou le pollen d’avoir provoqué un rhume des foins.  Le cancre fourbit en permanence une extraordinaire panoplie de prétextes et d’excuses dont la richesse est en contraste avec la banale simplicité des faits : le cancre se fait aligner parce qu’il n’a pas bossé !

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Standard & Poors, c’est un peu l’instituteur qui rend les copies. Sur le bureau de l’Elysée, il a posé zéro sur vingt. Comme il est bien élevé, l’instituteur y a mis les formes. D’un geste dantesque, il a rétrogradé la France de la catégorie AA+, purgatoire dans lequel l’avait placé l’agence Moody’s en janvier 2012 (voir :http://acontrecourant2.canalblog.com/archives/2012/11/20/25625270.html) vers la catégorie AA, dernier cercle avant l’enfer. Les réactions de l’Elysée et de ses affidés déroulèrent aussitôt toutes les gammes de nuances depuis la consternation jusqu’aux plus véhéments démentis.

Consternation ! On le comprend un peu. Après avoir passé une année entière à expliquer que la voie choisie était la bonne, que le déficit reviendrait dans les critères de Maastricht en 2014 au plus tard, que la dette serait conjurée en 2016 au plus tard, que la courbe du chômage s’inverserait en décembre au plus tard, l’Elysée fut tétanisé de consternation avant de se reprendre et de commencer à démentir. D’abord, Standard &Poor’s, qui c’est celui-là ! Un suppôt de la phinance, comme dirait Mélenchon-Ubu. D’autres commencent aussitôt à lister toutes les raisons de ne pas prendre en exemple l’Allemagne, l’ennemi héréditaire susurrent d’aucuns, pourtant soumise au même environnement international.

Dans les rangs même de son camp, des doutes naissent quant à la personne du locataire de l’Elysée. François Hollande est-il l’homme de la situation ? Est-il capable de décision autrement que sous la forme d’une synthèse molle ? L’impuissance qu’il manifeste à contrôler la parole élyséenne et la cohésion de ses ministres ne traduit-elle pas la fadeur et l’inconsistance de cette parole ?  Sa posture perpétuellement fuyante ne cache-t-elle une incapacité viscérale à endosser les responsabilités d’une charge qu’il voulut d’une désopilante « normalité » ? Des commentateurs « autorisés » s’autorisent, dans une totale absence de vergogne, à critiquer ouvertement l’homme qu’ils encensaient il y a quelques mois encore. « Nous étions loin de penser que le costume était trop grand pour lui » disent-ils. Les électeurs qui, forts de leur bon sens, avaient quant à eux refusé d’entendre le bonimenteur du discours anaphorique du 30 avril 2012 au Bourget, le savaient depuis longtemps !  

Tout ceci nous éloigne de Standard & Poors, dont le coup de semonce intervient quelques jours seulement après la mise en garde formulée par le commissaire européen Olli Rehn à Bruxelles: la France dit-il, n’atteindra pas en 2015, à politique constante, l’objectif de réduction du déficit budgétaire en dessous de la barre des 3%. Il infirme en cela les certitudes ânonnées par monsieur Moscovici, lequel vole de conférence en point presse pour colporter ses éléments de langage. Tandis que la cohorte de journalistes, lesquels émargent à Libé, aux Inrocks et au Monde, se complait à commenter les questions que se pose monsieur Rehn quant à l’insolente santé allemande. Le pouvoir aura si bien pris soin de ne laisser en place aucun contre-pouvoir et de rémunérer grassement les officines qui chantent ses louanges, que seuls les propos excessifs du FN font encore recette.

 

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Plutôt que d’écouter les Cassandre qui donnent l’alerte de la catastrophe imminente, plutôt que de remercier Olli Rhen et Standard & Poor’s de prévenir, les journalistes, officines et commentateurs enrôlés continuent d’entretenir l’Elysée dans son aveuglement coupable, tels les conseillers qui, en 1453,  assuraient le dernier empereur de Byzance que la situation était sous contrôle et que jamais les turcs ne renverseraient un empire millénaire. La France, elle, n’est pas assiégée par les turcs mais par des créanciers dont par son incurie elle ne cesse de faire grossir le nombre. On sait ce qu’il advint de Byzance. Aussi sommes-nous fondés à nous demander si la France restera encore longtemps dans sa suicidaire utopie ? 

 

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