euro allemand

A peine le gouvernement de JM Ayrault vient-il de restituer les ors de la république que celui de Manuel Valls en prend possession, quoiqu’il soit plus juste de dire : le deuxième gouvernement de François Hollande. On prend les mêmes et on recommence. Le président reste en toutes choses le maître du temps politique : il jette un remaniement en pâture à la meute de journalistes, lesquels s’empressent de compulser leurs petites fiches, d’agiter leurs petits indics et de préparer leurs petites ficelles. Le retour de Ségolène Royal fait chauffer les rotatives encore tièdes de l’encre qui servit à traîner Valérie Trierweiler dans la boue et Julie Gayet dans l’infamie. Les journalistes répéteront à l’envi qu’ils n’assouvissent nullement la soif de scandale mais se contentent d’informer. Le fait que Cécile Duflot emporte un petit chromo accroché dans son ex-bureau de ministre est une information capitale. Et pendant qu’on parle du remaniement, des rodomontades montebourgeoises envers l’Europe et Bruxelles, de l’incapacité d’un Sapin à circonvenir mieux la dette que la courbe du chômage, on ne parle déjà plus de la déculottée électorale administrée par les électeurs, dimanche dernier, à un pouvoir qu’ils avaient pourtant mis en place en mai 2012. Les admonestations et véhémentes mises en garde d’un JF Copé ne sont plus qu’un lointain écho sur le cristallin sonore de la conscience française.

Le Président Hollande s’est adressé aux français et, en moins de huit minutes chrono, leur a expliqué qu’il les avait compris, qu’il nommait Valls à la place de Ayrault, que le cap choisi était le bon et qu’il demanderait à Bruxelles une rallonge de délai pour les objectifs de maîtrise du déficit. La composition du gouvernement montre à l’évidence qu’il n’a rien compris, car la force du message adressé par les électeurs commandait au minimum une dissolution de l’Assemblée. Mais il faut une grande force de caractère pour reconnaître ses erreurs. Il en faudra une autre pour expliquer aux français les efforts que suppose le « pacte de responsabilité » et son train d’économie de 50 milliards. Ce pacte sera présenté à Bruxelles le 15avril prochain : il aurait fallu du courage et de l’honnêteté pour en révéler aux français le contenu qui est très certainement défini depuis au moins deux mois déjà. Dissimuler une information de cette ampleur relève du mensonge politique, mais le président a été bonne école auprès d’une Christine Taubira laquelle, il y a quelques jours seulement, brandissait devant les caméras un document de son ministère dont elle prétendait ignorer le contenu.

armistice

A défaut de courage et de force de caractère, la mendicité fera l’affaire : Bruxelles est sommé s’assouplir ses exigences vis-à-vis d’engagements que la France avait elle-même pris. Ces engagements auraient-ils déjà été des promesses de gascons ? Qu’importe! Ces technocrates qu’un Montebourg en verve décrivait comme  atteints de brucellose devront se plier aux exigences de Paris, incapable depuis presque trente ans de tenir parole. Et derrière Bruxelles, il y a l’Allemagne et Merkel, la « bonne élève » dont l’inénarrable Montebourg se gaussait déjà. Lors du traité de Versailles, à la suite d’un conflit tragique commencé en 1914, le France, déjà, criait : « l’Allemagne paiera !». Cent ans plus tard, forte de son bon droit et de sa mission évangélisatrice européenne, la France crie encore : « l’Allemagne paiera ! ».

Et si l’Allemagne ne voulait plus payer !