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C’est avec quelques jours de retard que je salue la continuité de la monarchie espagnole. Le 2 juin dernier, le roi Juan-Carlos 1er abdique en faveur de son fils Felipe. Il est vrai que cela n'affectera en rien la soi-disant politique de « rigueur » conduite par le gouvernement Rajoy, cependant la continuité monarchique garantit au premier ministre une stabilité institutionnelle et nationale semblable à une forme élevée d’espérance.

En effet, autant que la langue, la présence et la permanence du Roi ne sont-elles pas le garant de l’unité et de l’intangibilité de la nation ? Quelles que fussent les turpitudes dont on accuse Juan Carlos à la fin de son règne, il aura par trois fois au moins sauvé l’Espagne d’un naufrage. Rappelons-nous : à l’issue de la guerre civile, l’Espagne franquiste sera restée sans Constitution de 1936 à 1978. Sans pouvoirs, le Roi aura « figuré » aux côtés de Franco dans l’espoir de jours meilleurs. Sa « fidélité » lui voudra d’être désigné par le dictateur comme chef d’état par intérim. A la mort de Franco, le Roi « remet le pouvoir au peuple » et, le 15 juin 1977, organise des élections législatives. Il sauvera encore le régime lors de la tentative de coup d’état militaire de février 1981, recueillant les hommages jusque dans les rangs de ses adversaires : le communiste Santiago Carillo qui l’avait auparavant affublé du sobriquet « Juan Carlos le Bref », dira alors de lui : « Que Dieu protège le Roi ! ».

Sans doute l’unité intemporelle garantie par la monarchie aura-t-elle freiné les velléités sécessionnistes de la Catalogne et du Pays Basque, et, si celles-ci devaient aboutir, la monarchie sauvera au moins la « fédéralité » de la nation, à l’instar de ce qui s’est produit dans la Belgique restée plus d’un an sans gouvernement. La France gauloise s’enorgueillit à l’excès de sa république et les Mélenchon qui réclament l’abrogation de la monarchie parlent sans savoir. Il y a sans doute plus de démocratie dans la monarchie constitutionnelle qui régente l’Espagne que dans la république française dont le président, à la fois chef de l’état et chef du gouvernement, doit avoir les épaules bien larges pour ne pas sombrer dans la démagogie et le clanisme. Tout le monde n’est pas de Gaulle !