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Les escaliers sont des endroits éminemment dangereux, empruntés par des personnes éminemment distraites ou imprudentes. Raison pour laquelle ces dernières sont sévèrement rappelées à l’ordre par l’affiche ci-contre, apparue voici deux semaines, et pour la première fois, dans une cage d’escalier pourtant vieille d’un demi-siècle où ne furent déplorés que des salutations oubliées ou négligées. Peut-être est-il envisagé d’installer une caméra afin de garder trace des agissements des éventuels contrevenants. L’affiche quant à elle ne précise pas à quelles sanctions ces derniers s’exposent, des sanctions à l’évidence plus lourdes que celles qui frappent des jeunes femmes s’exposant aux balcons de grands hôtels parisiens, seins nus et le bras levé en un salut nazi. Par ailleurs, l’escalier ne comporte une rampe que d’un seul côté, ce qui expose  « montants » et « descendants »  à des conflits d’usage. Il n’est dès lors pas inutile de préciser qui doit le céder à l’autre. La politesse, la courtoisie ou encore le gentlemen agreement, (trois termes menacés d’exclusion de la langue française, surtout le dernier), recommandent au « descendant »  de le céder au « montant », sauf si le « descendant » est une personne âgée ou une femme enceinte. Les choses se compliquent si le « montant » est lui aussi une personne âgée ou une femme enceinte. Peut-être le degré du handicap ou l’avancement de la grossesse de la femme enceinte peuvent-ils constituer des critères pour trancher les dits conflits d’usage. Une complication supplémentaire intervient pour ceux des escaliers dépourvus d’affiche : les usagers y sont livrés à eux-mêmes dans une totale absence d’indication qui transforme ce lieu public en jungle. Soit ils négligent de se tenir aux rampes et sont dès lors menacés de vertige ascensionnel, soit encore ils pourraient en venir aux mains en cas de forte affluence.

 

Evidemment, les choses seraient beaucoup plus simples si on continuait d’apprendre le civisme et la politesse dans la petite école, mais ces vertus d’un autre âge sont si éloignées de la prodigieuse spontanéité de nos minots que l’on s’en voudrait de songer encore à les leur inculquer (pardon, enseigner). L’Education Nationale du reste n’y songe absolument plus !