belem_bordeaux_2015

 

Vendredi 22 mai, au soir, une foule immense avait envahi le Port de la Demi-Lune pour accueillir et acclamer le BELEM escorté d'une quarantaine de skippers engagés dans la course du FIGARO. Les quais étaient noirs de monde tandis qu'éclataient de somptueux feux d'artifice, presqu'autant que le 11 janvier dernier, lorsque nos concitoyens (pas tous hélas) descendirent dans la rue pour exprimer la profonde consternation inspirée par les attentats du 7 janvier. Deux événements, deux rassemblements!  Le BELEM est un splendide trois-mâts qui continue de nourrir l'imaginaire, avec ses drisses, palans, haubans, bastingage et ponts décorés de balustres. Le voilier construit en 1896 dans les chantiers de Nantes connut diverses fortunes avant d'être restauré et de présenter la livrée qu'on lui connaît. Qu'ont cherché les milliers de badauds qui se sont pressés sur son embarcadère? La perfection de ses éléments et assemblages, confectionnés par des artisans qui surent faire preuve du savoir des bâtisseurs de cathédrale. L'élégance de la quille, élancée à la poupe, ronde à la proue, sous la vigilance des mâts érigés en sentinelles. Le voilier déjà centenaire est au mouillage sur des milliers de pages FB, hante les réseaux sociaux tel un vaisseau fantôme dont les badauds ont seulement pressenti le mystère, vestige d'un temps où les choses défiaient le temps. Que s'est-il passé pour que nous ayons perdu ce savoir-faire, semblent dire les milliers de mains qui caressent les balustres, les compas et les rampes de palissandre? Mais les enfants tirent les parents vers les attractions qu'ils rêvent d'investir, les camelots vendent leurs T-shirts griffés et les vigiles se promènent deux par deux à l'affût des débordements. La fête bat son plein et parfois une silhouette hésitante semble en interroger le sens. Pendant quelques heures, la fête chasse cette sourde inquitude née quelques mois plus tôt, un certain 11 janvier, une inquiétude si grande qu'elle ne trouva nul verbe pour en rendre compte, une inquiétude que des apprentis-sorciers voulurent depuis détourner à leur compte. Il faut bien une fête aussi étourdissante pour faire oublier l'emballement des événements. Panem et circenses!