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Est-il possible qu'un aussi vaste ouvrage fut installé en une nuit? Le matin, lorsque nous sortîmes, les yeux à peine descillés, au début d'une journée que nous crûmes semblables à toutes les autres, attendus dans nos quadrilatères paysagers qu'une climatisation parfois chuintante balayait de ses courants d'air polaires, nous levâmes nos têtes mises en alerte par l'absence de ciel. Il n'est pas certain du reste que le ciel nous ait été enlevé mais il le fut à notre vue. Nos regards incrédules rebondissaient d'arête en arête, de travée en travée, de tourillon en tourillon. Aussi loin qu'ils portassent, ils glissaient le long des alignements métalliques entrecroisés et enchevêtrés, solidement assujetis les uns aux autres en une structure homogène d'une rare robustesse, manquât-il un barreau ou une liaison que les barreaux et liaisons avoisinants suppléaient à son absence. Mais il n'en manquait aucun. Assurément les ouvriers connaissaient leur ouvrage et les maîtres d'oeuvre le leur, d'avoir engagé un aussi grand nombre d'ouvriers en aussi peu d'heures, et d'avoir organisé leur labeur sans qu'aucun d'entre nous ne fut tiré de son sommeil. Pas un cliquetis, pas un fracas métallique malencontreux, pas même le ronronnement des grues et mécanismes qu'il aura fallu déployer pour assembler autant d'éléments. A croire que le Créateur ne se soit repenti du repos du septième jour et, édifié par tant de crimes et de débordements depuis qu'Eve tendit une pomme à Adam, ait songé à préserver ses créatures de l'attrait des saisons, des ciels et des immensités océaniques, des cimes blanches de leur dents étincelantes et des vallons frais à commettre des péchés et des excès. Telles furent les pensées qui grandirent dans nos crânes médusés, d'autant plus que nul pilier ne soutenait l'édifice, suspendu au-dessus de nos têtes comme en apesanteur, peut-être recourbé sur la surface de la terre dont il épousait la circonférence, telle une coquille sphérique en forme d'écrin, mais cela nos yeux ne le virent pas, quoique les plus hardis d'entre nous songeassent déjà à en faire des relevés topographiques. 

Fugue littéraire avec le motif de l'échafaudage construit sous le grande halle voyageurs de la gare de Bordeaux-St-Jean, échafaudage devant servir aux travaux de régénération de celle-ci.