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Acta fabula est, sont les mots qui viennent à l'esprit en ce 13 juillet lorsque, après un référendum improbable et un suspens insoutenable, toutes les rédactions titrent: Eurogroupe, un accord est intervenu sur le dossier grec.  Acta fabula est, la fable fut longue mais elle est livrée, le rideau désormais est tiré. Avant de s'en retourner chez eux, les acteurs, les uns après les autres, font un détour devant les micros et, le front encore nimbé de la sueur de l'effort, livrent trois mots de satisfaction. François Hollande se félicite que la france ait activement oeuvré à un "accord historique" et au renvoi définitif du "Grexit" (aux calendes grecques). Alexis Tsipras sourit d'avoir obtenu un rééchelonnement de sa dette, un "reprofilage" selon d'autres sources. Angela Merkel sauve l'euro en engageant ses partenaires du nord dans un troisième plan de sauvetage grec en échange d'un train de mesures qui a la semblance d'un abandon de souveraineté grecque.

 

Que va-t-il se passer désormais? Après avoir entretenu ses électeurs dans le sentiment de pouvoir fléchir l'Europe, après avoir obtenu, lors du référendum de la semaine précédente, un plébiscite sans discussion, Alexis Tsipras va désormais présenter devant l'Assemblée grecque un accord aux conditions plus léonines encore que les propositions rejetées lors du référendum. En moins d'une semaine chrono, Zeus lui-même refermera la boîte de Pandore et versera sur les têtes hellènes quelques gouttes de cette raison qui leur permettra de saisir tout l'intérêt de cet accord. Après de bien compréhensibles errements et quelques sursauts d'indignation, le peuple hellène courbera sagement l'échine et accueillera, le sourire aux lèvres, la Troïka chargée de vérifer la mise en oeuvre des réformes tout en abrogeant un souveraineté déjà chancelante. L'Europe débloquera le pactole de 85 milliards et l'économie grecque se mettra sur des rails à nouveau parallèles. Angela Merkel poussera un grand soupir de soulagement et François Hollande posera tel le phénix des hôtes de ce bois. Cependant ..., auribus tenere lupum, ne manqueront pas de s'écrier quelques voix discordantes !

 

Et si le peuple grec, fier jusqu'à l'orgueil - un orgueil que d'habiles manipulateurs auront flatté jusqu'à l'excès, encouragés par les satrapes de la pensée progressiste - et si le peuple grec, fidèle à son choix du 26 janvier et au référendum, rejetait cet accord soi disant providentiel ? Pas d'accord, pas de pactole. Pas de pactole, pas de banques en état de marche. Pas de banque, pas de trésorerie. Pas de trésorerie, pas de rebond économique ... Quant au "Grexit", officiellement remisé, il reviendra sur le devant de la scène. Exit la Grèce. Angela Merkel aura été jusqu'à l'extrême limite de sa marge de manoeuvre, que pouvait-elle donner de plus? Quelle que soit l'option prise, elle apparaîtra comme l'empêcheuse de tourner en rond. L'Allemagne paiera, tel est le leitmotiv des progressistes depuis un peu plus d'un demi-siècle, lesquels ont pris le peuple grec en otage de leurs mantras, Tsipras, Mélenchon et Podemos en tête. Mais l'Allemagne peut-elle éternellement payer pour l'incurie des autres, et les porteurs de faux serments peuvent-ils éternellement s'abriter derrière l'Allemagne pour ne pas tenir leurs engagements?

 

Auribus tenere lupumLorsqu'on croit tenir un loup par les oreilles, il ne faut pas s'étonner qu'il vous morde!

 

PS: Le 14 juillet au soir, Alexis Tsipras aurait déclaré "ne pas croire à cet accord" qu'il aurait signé pour "éviter le pire". Acta non fabula est?