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Une série d'attentats coordonnés a frappé la ville de Paris. Des hommes lourdement armés ont, sans sommations, ouvert le feu sur des civils désarmés et sans défense, laissant quelques 130 victimes et 350 blessés. L'horreur, telle une trainée de poudre, s'est aussitôt répandue dans les esprits et l'espace médiatique. Elle a rendu dérisoire la rencontre sportive qui eut lieu au Stade de France voisin.

Chacun aussitôt a pensé à ses proches et ses amis, notamment ceux qui sont à Paris. Chacun a recensé la proximité des menaces et poussé des soupirs de soulagement à mesure qu'arrivèrent les nouvelles rassurantes. Cependant, il est des hommes et des femmes dont l'espérance restera déçue car lorsque la mort frappe ainsi, elle prend ses victimes à l'aveuglette. Tous, désormais, nous avons un ami, une connaissance, frappés par un deuil lequel dès lors nous touche aussi.

L'effroi et l'atterrement sont entiers. Nulle raison, nul motif, nul prétexte ne sont recevables pour justifier ce carnage, qui est l'oeuvre d'assassins dépourvus de raison et de mesure. Des assassins que l'appropriation sommaire et falacieuse de slogans religieux éloigne du sacré lequel, en quelque religion qu'il s'exprime, commande pourtant très clairement : « Tu ne tueras point.» 

Les assassins hélas ont tué. Que cela fût au sacrifice de leurs propres vies n'atténue pas le crime. Et ceux qui ont armé leur bras n'ont que la haine à présenter pour leur défense. Ils s'excluent de la communauté des hommes de bonne volonté. La brutalité et l'imprévisibilité (jusqu'à quel point?) des attaques, le nombre des victimes, la proximité des précédants attentats des 7 et 11 janvier, celui du Thalys, nous projettent désormais dans une situation de danger permanent et de peur sourde (que nous ne devons pas ignorer sans pour autant lui céder).

La puissance publique sera amenée à prendre des mesures conservatoires forcément restrictives des libertés. Fasse le ciel cependant qu'elle parvienne à « bien nommer les choses » (selon le mot d'Albert Camus qui, lui aussi, avait été pris dans la tourmente de la guerre civile en Algérie) et à désigner cet ennemi qui ne se montre pas. Une violence de cette nature ne relève ni du banditisme, ni de la délinquance, ni du malaise des banlieues ou d'un quelconque syndrome post-colonial. De même, nul ne peut désormais ignorer les profondes déchirures qui affectent le tissu national et pousse des hommes censés en faire partie s'en prendre à leurs concitoyens. 

La lucidité, la clair-voyance et le sang-froid sont nécessaires face à tant de déraison déterminée et fanatisée. Le souvenir de ceux que le fanatisme aura fauchés au cours de cette nuit obscure est imprescriptible.

écrit nuit du 13 au 14 novembre

crédit photo France-bleu