burkini_2_2016 (2)

Dans cette affaire, il ne faut pas tenir pour négligeable que le traumatisme des attentats est encore présent à tous les esprits. Ces attentats sont imputables à un certain islamisme politique, certes, mais, d'une façon ou d'une autre, la visibilité des burqas ou des burkinis rappelle la persistance des menaces et la réalité du traumatisme (leur recrudescence dans l'espace public retarde le travail réparateur de la mémoire). On ne peut pas empêcher les gens de faire des rapprochements, même infondés, même si les femmes en burqas ou burkinis, dans leur grande majorité, ne songent nullement à commettre un attentat. Il n'y a pas de rapport causal, contractuel ou juridique, direct entre le port de la burqa ou du burkini et une quelconque responsabilité dans les attentats. Il n'en est pas moins vrai que l'opinion publique reste traumatisée et que la tentation est grande, pour les responsables politiques, d'interdire légalement ce qui rappelle le traumatisme. Cette volonté se heurte hélas non seulement au droit constitutionnel actuel (sauf à la changer) mais aussi au principe d'efficacité. D'une part, il n'est pas juridiquement fondé de faire un procès d'intention d'attentat (ou de trouble à l'ordre public) à une femme portant le burkini. D'autre part, ce n'est pas en escamotant un symbole que la menace disparait pour autant. L'attitude est quelque peu trissotine (Cachez ce burkini que je ne saurais voir!) Elle n'a cependant rien à envier à son pendant, à savoir la crainte de l'islamophobie, la crainte qu'on ne mette tous les mulsumans dans le même sac. Cette crainte suppose que les Français, dans leur grande majorité, commettent délibérément des amalgames que seuls des gardiens éclairés pourraient contenir. Elle conduit maint intellectuel à prendre paradoxalement la défense du burkini, de la liberté pour les femmes d'apparaître autrement qu'en burkini. Il y a cependant une dose de mauvaise foi dans ces postures et cela pour deux raisons. En premier lieu, au nom de la liberté les défenseurs du burkini militent pour quelque chose qui va dans le sens de la restriction des libertés (mais, après tout, ils sont libres de cette prise de position). En second lieu, ces postures souvent théâtralisées ignorent la réalité du traumatisme lié aux attentats et feignent d'ignorer qu'elles jettent de l'huile sur le feu. Il est étonnant que ni les burkineuses ostentatoires, ni les gardiens en islamophobie ne prennent cela en considération. Le port de certaines tenues vestimentaires, en ces temps de menace, peut être considéré comme une provocation. A tort ou à raison, il est vu comme une provocation par nombre de personnes que les attentats ont traumatisées. Aussi témoigne-t-il, de la part de ceux qui s'y livrent, d'une curieuse conception de ce fameux "vivre ensemble" que les  progressistes donnent comme acquis, et les explications avancées ne convainquent pas grand monde. Car le "vivre ensemble" ne va pas de soi. Il se construit à force de retenues, de concessions réciproques, de discrétions et non de provocations. Il est étonnant que les gardiens en islampophobie, si prompts sur d'autres sujets, fassent preuve vis à vis du burkini d'autant de cécité et de mutisme, voire de complaisance. Il est étonnant aussi que, par prétendue solidarité, des femmes occidentales se baignent en burkini sur les plages bretonnes et que les jeunes militantes du PS défilent pour sa défense dans les rues de Paris. Rappelons que les mères de ces femmes militaient pour le droit de vote des femmes. Jean-Luc Mélenchon déclare fort à propos: "Nous sommes face à une offensive de l'islamisme politique et nous n'en sommes pas dupes". Nous n'en sommes pas dupes, mais en sommes-nous si sûrs? Apparemment, les baigneuses bretonnes et les militantes du PS veulent ou feignent l'être! A moins qu'elles ne le soient réellement !