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A force de ne pas appeler chat un chat, on finit par prendre les carpes pour des lapins, et les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Ce matin donc (4 janvier), entre deux tartines silencieuces, je mets France Culture, histoire de rafraîchir mes tablettes. On en était aux "Matins" (de FC), et la parole appartenait à une sociologue qui commentait le piètre score PISA de l'école de la République. Celle-ci (l'école) vient une nouvelle fois de regresser. En dépit des réformes, du déploiement de 50 000 postes et de l'implication personnelle de la ministre NVB, en dépit de la volonté de notre président Normal d'en finir avec "un système élitiste", l'école française vient encore de regresser. La tartine suspendue, je dressai l'oreille. Dans un chassé croisé complice avec le journaliste, la sachante sociologue expliquait que, oui "l'accès aux ordinateurs est moindre que dans le reste de l'Europe", oui "les enseignants ne sont pas assez formés aux nouvelles méthodes pédagogiques", oui "le paradoxe français tient dans ce coût élevé des études et la faiblesse des résultats", oui "l'objectif de mixité sociale" n'est pas atteint, et tutti quanti.

Hébété, je ne sus que penser. La sociologue sachant de sacherie venait de m'embrouiller grave (variante: l'experte me semblait tenir des propos abscons, destinés non à m'éclairer mais à me dérouter). J'en conçus un doute quant à l'octroi de mes impôts à une chaîne radio censée me donner de l'information défrichée et, histoire de mouiller ma glotte, je trempais ma tartine dans le café. Diable, me dis-je, tant le tableau me semblait bancal. Selon nos bavards, la faute en serait au système, encore "trop éliste, inégalitaire, reproducteur des inégalités sociales", etc. Je me souvins de ma propre scolarité - c'était il y a un demi-siècle certes - il n'y avait alors  ni ordi, ni méthodes progressistes, ni sociologues, ni PISA, il y avait en revanche des maîtres devant lesquels les élèves se taisaient, religeusement, sous peine d'être collés. La sociologue quant à elle mentionnait, comme un fait anecdotique, qu'il y a des classes, "en milieux défavorisés, où un bon quart d'heure est nécessaire pour imposer le silence". Oho! Existerait-il des élèves peu réceptifs voire hostiles à l'enseignement, lequel pourtant est gratuit? Le corpus de cet enseignement heurterait-il des sensibilités, des convictions? Notre sociologue sachante et capée se garda bien d'oser de telles questions. A ses yeux, la messe était dite: c'est le système qui déconne grave, et de partir à la recherche de la petite bête de l'insuffisance de mixité, d'excès de discrimination, de sous-équipement informatique ... (comme s'il fallait une tablette pour apprendre à lire, écrire et compter).

La société française est traversée (nul pourtant n'en ignore) par des communautarismes (un en particulier) lesquels induisent fractures sociétales, ghettos culturels et cultuels, remises en cause de l'égalité hommes-femmes, du fameux "vivre-ensemble", des corpus historiques et philosophiques, etc. Cependant, ces communautarismes n'entrent pas dans le diagnostic de nos experts, lesquels, à l'unisson des apparatchiks qui président aux destinées de l'éducation nationale, se bornent à toujours vouloir réformer le système, à introduire des méthodes sans cesse plus compliquées, à forcer une mixité scolaire qui rabote les lieux d'excellence sans pour autant rehausser les lieux de déserrance. Non, il n'est pas arrivé aux oreilles de nos experts pédagologues que des parents vindicatifs s'en prennent à des enseignants, des jeunes filles téléguidées testent la laïcité scolaire et que des enfants brandissent des versets dont ils proclament l'infaillibilité. Bien d'autres choses encore ont dû échapper à nos talking heads, au point que j'ai mangé ma tartine tombée en lambeaux en me disant qu'à force de ne pas appeler chat un chat, les enfants du Bon Dieu finiraient vraiment par ressembler à des canards sauvages que s'amuseront à canarder les fanatiques de tous poils.