ailleurs

Nous nous habituons. Je suis ailleurs. Tu es ailleurs. Il est ailleurs. Les gens sont ailleurs. Les gens disent, je suis ailleurs. Les personnes à leurs côtés leur parlent, ils n'entendent pas, qu'est-ce que tu dis, ils sont penchés sur leur smartphone et saisissent des bouts de phrase qui n'en ont pas l'air. Du sabir condensé. Je suis ailleurs. Comment peut-on être ailleurs? Comment diable? Il y a de l'implicite dans le fait d'être. Quand on est, on est ici, ou on n'est pas. On ne peut pas être à la fois ici et ailleurs, l'ubiquité n'existe pas. Pourquoi ne pas le dire simplement, on ne peut pas être ailleurs. On ne peut pas. Hic et nunc! Maintenant. Nunc. Les sages en viennent à insister, soyez présents au moment présent. Mais qui écoute les sages? Faut-il vous le dire, le seul moment donné à vivre est le moment présent. On ne peut pas vivre un moment passé ou futur, ou un moment ailleurs. Le présent est le temps de la vie. Le lieu où je suis est le lieu de la vie, même s'il s'agit des quatre murs d'une prison. Implicitement et explicitement. Dire, je revis un moment passé, est une métaphore. On ne revit pas ce moment, on s'en souvient. Vivre est un acte charnel pas exclusivement mémoriel ou virtuel. Froid, chaud, venteux, lumineux ou que sais-je d'autre. Ailleurs ne peut que laisser indifférent. Carpe diem. Lorsque le jour est réduit à la fenêtre d'un smartphone, alors on est vraiment ailleurs, mais certainement pas là où on croit être. Ailleurs, on est absent!