... et peut-être en d'autres contrées aussi).


Plusieurs mois d'attente avant d'obtenir un rendez-vous chez un spécialiste. Des retraités en zones rurales (campagne) ne sachant plus à quel saint (médecin) se vouer. Des médecins de famille qui peinent, à l'approche de la retraite, à trouver un jeune confrère auquel transmettre leur patientèle. De jeunes carabins plus attirés par les spécialités rémunératrices en milieu urbain que par la médecine générale laquelle, curé et instituteur désacralisés, constitue le dernier sacerdoce en vigueur. Des EHPAD sous-équipés et chers. La médecine est en crise. La santé est en crise. Les besoins ne cessent de croître, à cause de l'allongement de la durée de vie mais aussi de la démographie, et les moyens ne cessent d'être réduits, mesurés, rationnés. Serions-nous entrés dans un cercle vicieux et, si oui, lequel ?

medecin campagne

Réduction du nombre de lits, fermeture des structures hospitalières éparpillées, regroupement en grosses structures urbaines éloignées des territoires, personnels soignants au compte-goutte, équipements calculés au plus juste, déremboursement de médicaments de plus en plus nombreux, augmentation du coût des mutuelles... la liste est longue et les gestionnaires ont mis la main sur la santé. La puissance publique leur a donné mission de résoudre la quadrature du cercle : l'équilibre entre des besoins en croissance et des budgets en baisse. Cette quadrature implique soit une moindre prise en compte des besoins (ce dont personne ne veut), soit une augmentation des impôts (ce dont personne ne veut non plus).


Alors l'opinion publique cherche (et trouve) des coupables. A l'indignation des usagers et des patients s'ajoute celle du corps médical. Les chaînes télévisées d'information en continu tendent les micros à tout va, elles s'insinuent dans les services d'urgence médicale qui sont débordés, elles distillent une petite musique qui désigne les boucs émissaires : ce sont les gestionnaires sans âme, les Américains sans vergogne, les profits indécents du CAC40, les évasions fiscales... Les griefs qui leur sont adressés ne sont pas dénués de fondement mais tous ces reporters-chasseurs de pokémon (émotion) vont-ils jusqu'au bout de leurs analyses ? Livrent-ils assez d'éléments pour que l'opinion publique puisse se faire une idée juste des raisons de la crise de leur système de santé ?


En début d'année parut le rapport Spinetta, du nom du haut fonctionnaire à qui fut demandé un diagnostic du système ferroviaire... lui aussi en crise. Il n'y a pas de rapport d'objet entre le système de santé et le système ferroviaire mais il y a un rapport de destination : l'un et l'autre sont des postes (importants) de dépenses publiques ! Cela ne préjuge pas de la nécessité des services rendus. Seulement un Etat qui a pris des engagements d'équilibre budgétaire (Europe, critères de Maastricht...) se voit dans l'obligation de les tenir... et demande à ses gestionnaires de « rabotter » là où il faut (là où il peut). Ainsi donc va-on réduire les structures hospitalières éparpillées dans les campagnes... et, de même, M. Spinetta recommande la fermeture des petites lignes ferroviaires de campagne, soi-disant peu rentables. Lui et son alter-ego de la santé auraient pu recommander de laisser les choses en l'état, voire d'augmenter leur périmètre, et, en contrepartie, de suggérer une augmentation conséquente des impôts, ou de la CSG... A l'évidence, cette option ne figurait dans leurs lettres de mission.


Peut-être conviendrait-il de sortir de l'Europe ? Non, protestent d'aucuns, cela nous isolerait, nous rendrait vulnérable et le retour au Franc nous ruinerait. La santé et les TER en souffriraient d'autant plus... Peut-être faut-il augmenter les impôts de façon significative ? Non, protestent d'aucuns autres, cela baisserait l'attractivité du pays, découragerait l'investissement, ralentirait l'activité économique... La santé et les TER n'en souffriraient pas moins. Mais, soufflent d'aucuns autres autres, l'impôt collecté est considérable, les recettes de l'Etat sont gigantesques. A quelles dépenses sont-elles donc affectées ? N'y en a-t-il pas qui soient inutiles, redondantes, pharaoniques ?


Il vaut peut-être mieux avoir un ou deux EHPAD de plus plutôt qu'un franchissement (synonyme de pont fluvial) de la Garonne large de 42 mètres, dont la moitié est consacrée à la promenade citadine. Il vaut peut-être mieux entretenir les petites lignes plutôt que d'étendre à grands frais un réseau TGV. (Il est peut-être temps de se poser quelques bonnes questions.)