Encore un abus de langage ! Rendre quelque chose, c'est supposer que cette chose nous appartienne et que nous mettons un terme à sa possession. Mais possédons-nous une âme ? Ou plutôt, sommes-nous propriétaires de cette âme que nous prétendons posséder ? Cette question bien sûr ne s'adresse ni à Faust ni aux démons. Possèdons-nous notre âme ou l'âme nous possède-t-elle ? Ainsi formulées, ces questions semblent insolubles, à moins qu'elles ne soient toutes les deux admissibles. Reste à définir ce qu'on entend par nous, ou je, ou moi. En première apparence, il s'agit de celui ou ceux qui posent les questions. La propriété de je, nous, ou moi, est de poser le genre de questions qui se rapportent à ce qui ne leur est pas circonscrit. L'âme est-elle à l'extérieur du je qu'elle englobe ? Dans ce cas, c'est l'âme qui restitue, rend le corps. L'âme rend le corps mais la formulation nous offense car il nous est impossible d'entrer dans le domaine où se situe cette chose qui restitue. C'est comme si l'âme agissait à distance en nous, hors de portée de nos mains et de notre raison. L'âme nous anime comme une ombre de lumière mais elle ne nous appartient pas. Aussi longtemps que le corps lui est attaché, nous nous en sortons avec nos je, nous, moi, mais après ? Dire en revanche que nous rendons l'âme, c'est comme faire preuve d'un peu de morgue envers Dieu, lequel se situe de l'autre côté, là où sont les âmes, mais pas le je, ni le nous, ni le moi. Ah, dans le langage, le blasphème n'est jamais loin !

Anima capax Dei (St-Augustin)