zvardon alsace haut K et alpes

Le virus porte le nom de Covid19, comme un modèle de voiture mis sur le marché. Quand cela a-t-il commencé ? Il est impossible de dater les événements. Quand tout sera fini, il ne manquera pas de statisticiens et de bavards médiatiques pour caractériser le phénomène, émergence, progression, propagation, contagion et symptômes…, et prodiguer les conseils qu’il aurait fallu suivre. Quand le lion est tué, il ne manque pas de braves pour lui arracher la peau, dit un proverbe turc. En attendant, il convient de faire face avec les quelques outils, en nombre insuffisant, que nous nous sommes constitués (masques, respirateurs artificiels, système de santé où les technocrates ont pris le pas sur les médecins et où le traitement administratif est plus long que la consultation), mais surtout avec notre bon sens et notre intuition. Deux denrées dont la rareté détermine le prix. Mais bon sens et intuition ne sont jamais que la condensation, dans nos esprits, du tropisme en vigueur, c’est-à-dire de la représentation communément admise du monde. L’efficacité de notre bon sens et de notre intuition sera confrontée au réel et il sera possible de mesurer l’écart entre notre représentation du monde et le monde lui-même. Mesurer et entreprendre les corrections nécessaires. Les cartésiens seront mis au pied du mur de leurs certitudes, eux qui prétendent fonder la philosophie sur le doute. Dubito ergo sum, plus que jamais! L’abolition des périmètres, des hiérarchies, des adoubements, des frontières, etc. ne marche qu’un temps. L’entropie n’est que le consentement au désordre. Quand les esprits sont déconstruits (avec l’aide des apprentis sorciers de la déconstruction que l’on voudra bien qualifier pour ce qu’ils sont), il ne reste que l’individu et les hommes, l’un et l’autre saturés de droits et d’exigences, inconscients cependant des devoirs (lesquels ne sont pas abolis) qu’ils ont envers le groupe, la famille, la nation qui ne cessent de les nourrir. C’est peut-être la question sur laquelle nous aurons à nous pencher, lorsque le virus nous laissera un répit. Nous avons organisé la globalisation et l’interdépendance générale. Le virus nous aime pour cela, il se propage dans les soutes de nos aéronefs intercontinentaux. Je reviens de façon récurrente au personnage de Robinson Crusoë, lequel, échoué, seul, non connecté mais autonome, restera imperméable au virus. Il y a encore à apprendre de Jonathan Swift. 

            Les pensées sont en ébullition, en résonnance avec l’inquiétude qui gagne. Et mes premières pensées vont à mes proches, un fils en Autriche, déjà confiné, un autre à Paris, médecin réquisitionnable, parents, beaux-parents et amis aux quatre coins du pays. Je crois que nous sommes les premiers Sapiens à nous gausser du concept, létal, d’extraterritorialité, dont le virus se moque comme de l’an Quarante.  

En illustration, paysages alsaciens de Frantiseck Zvardon, pour ne pas oublier vers quoi revenir, après ! Ci-contre/ Haut-Königsbourg et Alpes