"Le chapeau", nouvelle au sommaire de la revue L'Ampoule, hors-série n°18
Le nouvelle, burlesque et historique,
LE CHAPEAU,
publiée dans la revue L'Ampoule, hors-série n°18,
avec un extrait
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Le nouvelle, burlesque et historique,
LE CHAPEAU,
publiée dans la revue L'Ampoule, hors-série n°18,
avec un extrait
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Le 1er accessit a été décerné à la nouvelle présentée au concours 2025 de la Lampe de Chevet.
En voici un extrait
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La femme que de faux dieux ont créée dans un remake clinquant s’en est allée le 30 décembre dernier, là où sont les vrais dieux. BB a tiré sa révérence et aussitôt les passions se déchainent. L’excès des propos, dans un sens comme dans l’autre, est à la mesure du scandale que BB aura provoqué dans le cours de sa vie. Était-elle homophobe ou raciste comme d’aucuns le prétendent ? Elle était entourée d’homosexuels auxquels elle reconnaissait une sensibilité moins grossière. Quant à être raciste, je crois qu’elle se contentait de dénoncer l’immigration incontrôlée et cela a suffi à d’aucuns pour l’excommunier. Je ne m’associe pas non plus aux éloges dithyrambiques. Femme indépendante et libre, BB a été le symbole d’une époque dont on a voulu voir que l’avers, la liberté sans entraves, etc. L’hédonisme pourtant est amer. BB crevait l’écran. Je ne connais pas vraiment sa filmographie. Sa nudité et son ingénuité ont sauvé le film Le mépris de l’insignifiance, il vaut mieux lire Moravia. J’ai vu la fin du film La vérité. BB incarnait l’héroïne en étant elle-même, avec toute la vérité de son être, en proie à une passion qui tout entière la dévore et ne rencontre aucun surmoi. BB, c’est cela aussi, la figure de proue d’une époque qui longtemps a voulu ignorer le revers de la médaille. BB elle-même n’a jamais accepté l’enfant auquel elle a donné naissance contre son gré, ce seul événement constitue une oblitération. Puisse-t-elle avoir trouvé la force de la réconciliation avant de partir ! Je le crois volontiers. J’avais décidé de ne pas allumer la télé pour écouter les vœux présidentiels, je les ai écoutés le lendemain, en différé, ils ont amplifié ma gueule de bois. À les écouter, nous sommes proches du plein emploi, les paramètres économiques sont parmi les meilleurs en Europe et la Russie est à la vielle de nous faire la guerre. Quand je regarde autour de moi, je ne vois que chômage, fins de mois difficiles et taxes en métastases. Quant à l’insécurité qui règne, je ne crois pas qu’elle soit le fait de la Russie. Il suffit de regarder la dégradation de l’indicateur des voitures calcinées pendant la nuit de la St-Sylvestre. J’ai entendu un homme préoccupé par les élections de 2027 auxquelles il ne concourra pas mais, ai-je compris, il ne s’interdit pas de mettre sous tutelle en cas d’ingérence, peut-être de sondages défavorables à son camp. J’ai surtout compris qu’en 2026, il ne se passera rien, les responsables en charge des affaires du pays reconduisent le statu quo qui assure privilèges et prébendes à la nomenklatura tandis que les paysans seront sacrifiés sur l’autel du Mercosur et que la dette du pays s’alourdira de 150 milliards supplémentaires. J’espérai trouver un peu de baume auditif avec le concert viennois du Nouvel an. La musique allègre de Strauss m’a soudain agacée, elle avait des airs d’Au revoir entonnés sur le Titanic, et tous ces notables en frac et robes de soirée qui se battent pour être vus et attendent avec impatience les applaudissements du Beau Danube Bleu… A vrai dire, j’aurais préféré la cinquième de Mahler ou le Crépuscule des Dieux de Wagner, c’était plus de circonstance. J’étais parti pour présenter des vœux, c’est raté, je vous en souhaite quand même, du fond du cœur. Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve, disait Hölderlin.
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Nous sommes en Égypte, en octobre 1956, lorsqu’éclatent les événements de Suez, les puissances coloniales ne se montrent pas sous leur meilleur jour. Les parents des fillettes Houda et Hilena trouvent la mort pendant les combats. Nougma la mère pressent son destin et a confié au docteur Yacoub le soin de sa fille cadette. Elle est une héroïne de la Nadah, cette renaissance égyptienne qui lutte pour la liberté de la femme et l’abolition de cette coutume ancestrale et mutilante qu’est l’excision. Houda a été excisée, Hilena ne le sera pas, elle connaîtra l’exil, le prix de son intégrité physique. George Fayad confie à deux protagonistes contemporains, Warda et Youssef, lors d’allers-retours heureux entre 1956 et 1986, le soin du récit qui finira par livrer les liens des uns et des autres. Le récit tout en nuances dresse un tableau de l’Égypte de Nasser en pleine évolution, le conflit entre la tradition et la modernité, l’excision étant la clé d’une appartenance à la tradition à laquelle il est difficile de renoncer tant les résistances sont fortes. Un récit d’une certaine manière oriental, avec des personnages pétris de prévenances et de circonvolutions, le dilemme du docteur Yacoub engagé par la parole donnée : soustraire Hilena à la tradition mais la condamner à l’exil. « Il est frappant là de constater, qu’entre l’importance attribuée à la santé et à la vie, et celle attribuée à l’excision et ses ravages, la tradition se perd dans une confusion défiant le pouvoir cognitif. Pourquoi s’acharne-t-elle à encourager ces mutilations malgré son souci manifeste relatif à la santé et malgré sa foi en la médecine et ses vénérés praticiens. À ses yeux, la sexualité féminine serait-elle un délit pour être ainsi entravée ? Serait-elle capable de soutenir d’autres postulats aussi hasardeux tels que suturer les paupières pour ne pas voir ou crever les tympans pour ne pas entendre ? » L’auteur aime ses origines, il comprend mais ne s’insurge pas moins. Il est d’origine libanaise, installé à proximité de Libourne où il a exercé le métier de chirurgien-dentiste. J’ai lu un de ses précédents romans, Quand tournent les rotors, l’odyssée de deux captifs pendant la guerre de 40. Je le rencontre chaque année, en octobre, au même salon du livre. L’exilé du Liban et l’exilé d’Alsace parlent de tout et de rien, surtout du pays d’accueil qu’ils aiment et qui se défait. Ils le déplorent, plus forts des amitiés qui se construisent en silence.
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Ce 5 novembre 2025, à 11h27, sur X, Laurent Nunez, Ministre de l’intérieur, publie ce communiqué : « Ce matin, un automobiliste a percuté sur son trajet plusieurs piétons et cyclistes à Saint Pierre d'Oléron et Dolus d'Oléron. Deux victimes sont en urgence absolue et 3 autres personnes blessées. Le mis en cause a été interpellé par les gendarmes. Une enquête est ouverte. A la demande du Premier ministre, je me rends sur place. » Les mots ont leur importance, surtout ceux qui sont omis. Les faits ont eu lieu un peu après 8 heures du matin. Les témoins et les personnes qui ont suivi l’actualité savent ce qu’il en a été, et ils n’en parleraient pas en ces termes. Le « mis en cause », au moment de son arrestation, a proféré un cri désormais récurrent, un cri glaçant qui a lui seul qualifie l’acte. Le Ministre de l’intérieur en a certainement été informé, c’est sans doute la première chose qu’on lui aura dit. Encore un, aura-t-il sifflé entre ses dents, combien de morts, combien de blessés, préparez-moi un communiqué. Comme d’habitude, Monsieur le Ministre ? Comme d’habitude, et réservez-moi un vol pour avant tout de suite… Le communiqué dit que « l’automobiliste a percuté », sans autre précision. Les témoins en revanche savent que le « périple » a duré trente-cinq minutes, trente-cinq longues minutes, à bord d’une bagnole pourrie bourrée d’explosifs. Non, pas la moindre intention de nuire ? L’enquête le dira, nous dit-on. Un procureur est dépêché sur place, tout une palanquée d’officiels, ministre en tête, qui feront une tête d’enterrement, auront des mots de compassion pour les victimes et leurs familles et multiplieront les communiqués de fermeté. En parallèle, le mécanisme médiatique se met en place. C’est l’acte d’un fou, d’un déséquilibré, cela relève de la psychiatrie, c’est un fait divers, vous dit-on. Rares sont les canaux d’information qui avancent une autre hypothèse, mais ce sont les médias « d’extrême-droit qui propagent des messages de haine ». Le commun des mortels n’écoute pas Cnews, Valeurs… Il reste sur la version du fait divers et de la psychiatrie. Dans l’entrée de chaque maison, il y a une boîte à fouillis où on pose ce qui n’a pas encore trouvé sa place. La boîte s’alourdit de jour en jour. Dans le cas de la maison France, la boîte se nomme « faits divers » et « psychiatrie ». Y sont posés les événements qu’on ne sait — veut ? — pas analyser. Les événements s’accumulent, ils se ressemblent tous mais la machine médiatique veille à ce qu’ils restent dans la boîte, elle cloue au pilori ceux qui s’aventurent à les appeler par leur vrai nom. Bien plus que le ciel ne lui tombe sur la tête, le commun des mortels craint d’être cloué au pilori, aussi en reste-t-il au discours officiel, au besoin il clouera lui-même au pilori ceux de ses amis qui oseraient le contester. Lorsque la vérité hurle, il faut serrer les rangs et se boucher les oreilles. À Oléron, cinq personnes ont été percutées, « sans qu’on ne sache pourquoi » et deux sont en pronostic vital engagé. Oléron se croyait un havre de paix, c’est terminé, c’est partout à présent. Les « faits divers » se répandent à une vitesse affolante. Mais peut-être se répandent-ils autant parce que nombreux sont les communs des mortels, ceux qui ferment les yeux et se bouchent les oreilles. C’est à eux que le ministre s’adresse, il leur dit de continuer à penser ainsi, il fera autant de voyages qu’il faut, serrera des mains et lira des communiqués de fermeté… jusqu’à ce que le commun des mortels se dise, comme Horatio dans Hamlet, « il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark. »
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Ils rentrent, marqués par l’épreuve de cette longue détention. D’autres otages ne rentrent pas, leurs corps sont restitués aux familles. Dans l’accord de cessez-le feu, plus de mille prisonniers palestiniens retrouvent leur liberté, ils sont en bonne santé et on prie pour que leur rage d’en découdre ait trouvé de l’apaisement. LFI et sa sphère n’en continuent pas moins de militer pour la libération de la Palestine, sans doute les actions avaient-elles planifiées six mois à l’avance… Cette confrontation, cette guerre, aura été asymétrique jusqu’au bout. Nous devons la paix des armes à un homme, un président américain, Donald Trump que les médias occidentaux continuent de présenter comme un individu infréquentable. L’Occident suffisant, par le biais de son officine Nobel, lui a refusé le prix de la Paix, lui qui a trouvé une résolution pour six conflits et, en aurait-il résolu un septième, il n’en aurait pas été plus récipiendaire. Les médias occidentaux de la bonne pensée ne cessent de traquer la petite bête pour justifier une telle éviction, eux qui n’avaient pas assez d’éloges pour Obama pourtant moins méritoire. Le Prix a été décerné à une opposante vénézuélienne, Maria Corina Machado, une femme dont j’ignorais le nom et dont l’engagement ne manque pas de panache. Cela n’a pas empêché l’Huma de la présenter comme une représentante de l’extrême droite mais il est vrai qu’une certaine presse en notre pays n’en est plus à une ignominie près…
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À la fin du jour, peut-être, nous apprendrons cette réjouissante nouvelle. Elle sera l’œuvre d’un homme que les médias occidentaux — au mépris de toute déontologie, donnant pour vrai ce que leurs aversions leur dictent — ne cessent de vilipender depuis son accession à la présidence. Il est possible aussi que nous soyons déçus et que le silence des armes n’intervienne que plus tard, les médias ne manqueront pas de se gausser une fois de plus. De jour en jour, l’infamie du Hamas ne cesse d’être manifeste. Le Hamas ne veut pas la fin de la guerre, il veut des victimes à mettre en scène pour émouvoir les opinions publiques occidentales, ces « âmes sensibles » qui ne jurent que par les droits de l’homme, au mépris de toute perspective historique. Le Hamas mène cette guerre sur deux fronts. À Gaza, où il lui suffirait de relâcher les otages pour que cessent les combats dans l’heure qui suit. En Occident où, depuis le 7 octobre, il alimente l’opération d’antisémitisme la plus vaste depuis la seconde guerre mondiale. Le Hamas, me direz-vous, fait son propre jeu et cela le concerne mais ce qui nous concerne nous, c’est de voir clair et de ne pas prendre les vessies pour des lanternes. Ce qui me désespère, me fait douter qu’on n’apprenne jamais quoi que ce soit de l’histoire, ce qui m’atterre, c’est que les opinions publiques occidentales, nourries par des décennies de « plus jamais ça » et d’aversion pour les « heures les plus sombres », soient tombées aussi facilement dans le miroir aux alouettes, s’autorisant ce nouvel « antisémitisme démocratique » masqué par l’antisionisme. D’innombrables artistes, écrivains, influenceurs, journalistes sont montés comme un seul homme à bord de cette galère — mus par les ressorts fatigués de leurs consciences à géométrie variable et de leurs porte-monnaie lourds de subsides publics —, certains même jusqu’à prendre place à bord des flottilles, en croisade contre les horrrribles « fascistes sionistes colonialistes génocidaires » lesquels, au pire, se contentaient de les arraisonner en leur offrant un sandwich et un billet de retour. Les dirigeants de deux anciennes puissances occidentales sur le déclin — je fais partie de l’une d’elles — se sont crus grandis par une reconnaissance solennelle à l’ONU d’un État de Palestine qui n’existe pas — dont le Hamas, toujours, avait rejeté les propositions — en ignorant délibérément que cette reconnaissance était le jackpot espéré par le Hamas qui s’est empressé de les féliciter. C’est une ironie particulière que le dernier acte de cette tragi-comédie cynique et cruelle soit écrit par un homme que les dirigeants occidentaux et leurs cortèges d’obligés décrivent comme un plouc texan mal dégrossi et infréquentable…
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Tout bloquer ! Tel était le dessein du collectif national, informel, intergénérationnel et interclasse, polymorphe et polyphonique qui a voulu faire de la journée du 10 septembre un événement emblématique. Qui avance sous ce collectif lequel n’a d’autre nom que son intention ? Des enseignants, des infirmiers, des artisans, des diplômés… La France qui travaille, en d’autres termes. Que veulent-ils ? Chacun le dit à sa manière, avec ses mots derrière lesquels on devine une colère qui a grandi tout au long des années Macron et peut-être même avant… Bloquons tout ! Ils ne voulaient casser ni vitrines, ni mobilier urbain, ils ne voulaient brûler ni poubelles ni bagnoles… Ils ne font pas de politique. Ils voulaient faire comprendre que sans eux le pays ne tournait pas. Ils furent nombreux à s’inscrire. Ils ont préparé la journée avec soin et en grande confidentialité. Ils ont pris des précautions, voulaient ne pas nuire à leurs concitoyens, ne pas être impopulaires. Ils proposaient par exemple de faire une ristourne de 10% pour tout paiement en liquide. Un informaticien confie au micro d’un journaliste : « ce (projet de) budget prend aux ouvriers l’argent pour en faire cadeau aux grandes entreprises. Il faut prendre l’argent là où il est… » On reconnait dans ce propos la posture consistant à dénoncer les soi-disant « 211 milliards de cadeaux fiscaux ». En premier lieu, il ne s’agit pas cadeaux mais de non-perçus. En second lieu, concurrence oblige, sans ces non-perçus nombre d’entreprises auraient déjà mis la clé sous le paillasson. Du reste, les faillites n’ont jamais été aussi nombreuses qu’en 2025. La colère de l’informaticien et de toutes les personnes qui se sont mobilisées ce 10 septembre n’en est pas moins légitime, quelque chose ne va pas dans ce pays. Mais la colère n’est pas dirigée dans la bonne direction. Les manifestants restent sur les schémas marxistes de lutte des classes et de haine des profits, schémas ânonnés depuis des lustres. Ils ne voient pas que depuis quarante ans s’est installée, à la tête du pays, au nom de ceci ou de cela, une élite qui a multiplié les emplois bureaucratiques (1200 agences…) et fait main basse sur les finances publiques qui, avant tout, alimentent son train de vie. Cette journée du 10 septembre aurait pu être l’occasion d’une mise à plat, d’un vrai dialogue apolitique. Hélas, LFI s’est invité à la fête avec ses schémas réducteurs, ses blacks-blocks, sa jeunesse désorientée et ses drapeaux palestiniens. La présence sympathique d’un Alexandre Jardin en a été éclipsée. Nombre de concitoyens en colère ont préféré s’abstenir. La France qui travaille a été bien discrète. Le pays a besoin d’une prise de conscience de ses faiblesses et de retrouver sa route mais les forces dites de progrès ont décidé de le maintenir dans son obscurité en ajoutant une dose de chaos.
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La petite ville de Moissac est située à la confluence du Tarn et de la Garonne, mais non à celle du progrès et de la prospérité. Déclassée, reléguée, ruralisée, périphérisée peut-être, sa richesse consiste en une abbaye bénédictine millénaire d’une rare splendeur, du moins ce qu’il en reste. La voie ferrée traversant la ville traverse aussi l’abbaye à l’endroit du réfectoire des moines. Ce dernier n’existe plus et, un peu plus apprend-on, le cloître était sacrifié à la modernité en marche faisant fi des vestiges du passé. La fièvre thermidorienne avait laissé dans les esprits une grande confusion, les figures des 76 chapiteaux du cloître ont fait l’objet de profanations méthodiques, commandées. Les chapiteaux n’en restent pas moins somptueux et saisissants. Passer quelques heures dans la pénombre des portiques apporte non seulement fraicheur mais aussi régénération. Un trait de caractère me frappe tandis que je me souviens de l’Isaïe de Souillac. À Moissac aussi, les apôtres et les saints en bas-relief semblent exécuter un pas de danse. Ils ne prennent pas la pose, saisis dans leur mouvement dont le bas-relief esquisse une continuité. Les tailleurs de pierre et sculpteurs ne les ont pas figés dans une attitude immobile. Saints et apôtres participent d’une grande lumière mystique qui leur donne vie, en contrepied de l’attitude hiératique, recueillie voire tétanisée, de la statuaire de Rhénanie ou d’Île de France. Là-bas, pieds et mains joints, l’instant de grâce est soustrait au fil du quotidien, comme si prier exigeait de se retirer. À Moissac, en revanche, peut-être vont-ils d’un pas alerte rejoindre un lieu de culte, à moins qu’ils ne reviennent du jardin où ils ont biné la terre ou ne s’en aillent aux cuisines, assumer l’une des multiples tâches assignées aux bénédictins. Il n’est pas interdit de penser que d’aucuns sortent de la couche réjouissante d’une femme. La prière s’inscrit dans une continuité qui n’oblitère pas les gestes simples et si, pour chanter, on se regroupe sous la voûte, c’est que le chant y sonne mieux qu’en plein air. À Moissac, nous sommes dans le monde d’Oc et ses artistes ont inscrit dans la pierre le témoignage d’un patrimoine qui semble venir de très loin. Un train passe dans la tranchée ferroviaire, répandant dans l’édifice un tremblement de mauvais aloi qui fige le vivant. Je pense à la Civa indoue, dieu dansant dont le panthéon est une vaste fête cosmique et cyclique. Se pourrait-il que, par l’effet d’une sorte de vortex artistique, l’esprit de Civa se soit répandu jusque dans le Pays d’Oc dont il aurait inspiré les artistes ? L’hypothèse est séduisante. Est-il nécessaire de l’instruire ? La question ne fournit-elle pas déjà des réponses ?
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