porte hélicoptère

Début aout, l'Elysée publie un communiqué de presse selon lequel l'affaire dite des deux porte-hélicoptères trouve une fin heureuse. Le président de la République lui-même se félicite de cette soi disant victoire diplomatique et la presse, telle un seul homme, s'empresse de répandre la soi disant bonne nouvelle, avec une insistance qui ressemble à un satisfecit. Souvenons-nous. Au cours de la décennie précédente, la Russie, sans doute à court de porte-hélicoptères, en commande deux exemplaires et la France remporte l'appel d'offres. C'est une double victoire pour la construction navale française ainsi que pour l'industrie française de l'armement. L'emploi revient dans les chantiers navals mis à mal par une décennie d'atonie. Les français ne boudent pas leur plaisir à la vue des reportages qui témoignent de l'effervescence portuaire. Des guinguettes réouvrent, fermées depuis belle lurette. Toute une région retrouve des couleurs comme un asphyxié dont l'oxygène irriguerait les poumons. Las, tant de bonheur ne pouvait pas durer!

 

L'Ukraine est secouée par une crise politique majeure et en son sein deux camps en viennent aux mains: d'un côté les indépendentistes, de l'autre les pro-russes. N'oublions pas en effet que la Russie garde un oeil jaloux sur cette provicne ukrainienne qu'est la Crimée, à la fois base militaire stratégique et ouverture sur le Mer Noire et, partant, la Méditerranée. Dans ce conflit, les Russes jouent un jeu trouble, leurs diplomates promettent mais les cesser-le-feu restent éphémères. La France, patrie des droits de l'homme, se fâche: puisque c'est ainsi, les deux porte-hélicoptères ne seront pas livrés. Nul ne sait comment fut reçue cette remontrance. Peut-être l'Etat Major russe en a-t-il informé Poutine. La Russie cependant ne fera pas la guerre à la France pour deux (malheureux) porte-hélicoptères, sa diplomatie s'active et obtient le remboursement des acomptes versés, ainsi que le paiement des formations engagées. C'est cet accord que la France présente comme une victoire. Une victoire à la Pyrrhus, car ne doutons pas que la Russie a déjà passé une nouvelle commande auprès d'un autre fournisseur, moins regardant dirions-nous, plus fiable dirait-elle.

 

Avec une hypocrise consommée, la France construit des porte-hélicoptères qu'elle vend à des puissances dont elle feint de penser qu'elles ne s'en serviront pas. Il serait beaucoup plus simple que la France renonce purement et simplement à construire des porte-hélicoptères, elle serait ainsi en phase avec le discours qu'elle tient. Quitte à laisser mourir ses chantiers navals et fermer ses goguettes. C'est du reste ce qu'il va se passer : quel acheteur, faux pacifiste ou vrai belligérant, voudra encore commercer avec un pays qui tient si peu ses engagements? La France a ses discours, ses valeurs et sa vertu, mais il lui reste deux porte-hélicoptères sur les bras.