blog de roland goeller

19 octobre 2018

Glottophobie...

Harcelé par la presse, l'intrépide Jean-Luc Mélenchon perd pied et se moque de l'accent toulousain d'une journaliste... et déjà une députée LREM s'empresse de réclamer une loi contre la "glottophobie". Dans le "pays des libertés", fort curieusement, les susceptibilités augmentent proportionnellement avec les libertés et droits octroyés. Et, bientôt, les libertés seront assorties de tant d' interdictions que leur usage ne sera plus que théorique...

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07 octobre 2018

Les impensés de l'intelligence artificielle

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Dans moins de vingt ans, les technologies nécessaires à la circulation de voitures sans chauffeur seront maîtrisées, et peu à peu…, s’exclament les start-upers et autres jeunes gens, brillants au demeurant, ravis d’entrevoir un seuil technologique et de rêver aux béatitudes qu’il est censé nous ouvrir. Ailleurs, d’autres start-upers mettent au point des robots domestiques destinés à prêter main-forte (si je puis dire) lors de la corvée de l’aspirateur ou préparer une vinaigrette dans les règles de l’art. Leurs concepteurs ne tarissent pas d’exclamations sur les progrès accomplis ces quelques dernières décennies et leurs visages s’illuminent à l’évocation des avenirs radieux qui nous attendent, même s’ils confessent que leurs créatures ne possèdent pas une once de cette empathie qui permet aux enfants d’apprendre par le seul mimétisme !

            Le fait que, pour la plupart, les verbes qui sous-tendent ces discours soient conjugués au futur n’est pas le moindre des petits signes censés nous mettre la puce à l’oreille. Car, assurément, sauf à prendre les choses au premier degré et les vessies pour des lanternes, le saut technologique de l’I.A., l’intelligence artificielle, pose autant de questions qu’il n’ouvre de perspectives. 

            Les sociétés équipées de voitures sans chauffeur verront leur taux d’accident baisser de 80%, prétendent les start-upers. Si l’argument est sans doute irréfutable, il est bien maigre et, surtout, il laisse dans l’ombre, dans l’impensé, toute une série d’autres questions dont la persistance devient cruciale. Ainsi de la mobilité ! La première question est en effet celle de ce besoin de mobilité auquel on a tant sacrifié qu’il semble devenu consubstantiel à nos existences. Si, en effet, il est nécessaire, indispensable, vital, de tant nous déplacer en voiture, urbi et orbi, sept jours sur sept, alors oui, la voiture sans chauffeur répond… mais si le besoin n’était pas aussi indispensable ? Si l’organisation des cités, des territoires, des lieux de pouvoir et de délégation, si la partition des territoires en espaces locaux pourvus d’autonomie et susceptibles d’être parcourus à cheval (vous avez dit, cheval !), si les besoins résiduels de déplacement relevaient des seuls vélos et transports en commun, si…, alors les voitures sans chauffeur prendront place parmi les gadgets onéreux, inutiles, et illustreront le fait que, de tous temps, on aura cherché à suppléer à un défaut d’organisation par un surcroît de technologie. L’I.A. au secours de l’intelligence humaine, paresseuse, incapable de saisir une globalité que l’I.A. ne saisira pas plus, dans une fuite en avant sans fin, gourmande consommatrice de ressources… 

            Ces questions, nous aurions aimé les entendre dans la bouche des concepteurs ou, pour le moins, dans celles des mentors censés tracer le chemin, questionner le sens, mettre en garde contre les excès, les dangers, les emportements. Mais de ceux-là, nulle trace, ils n’ont plus voix au chapitre. L’avenir appartient à des jeunes gens dépourvus de guide et d’héritages, qui, en apprentis-sorciers, ouvrent les unes après les autres les boîtes de pandore d’où s’échappent des calamités qu’ils combattront avec d’autres boîtes de Pandore, et ainsi de suite… Ainsi va le monde, à la fin une suprême I.A. clora le chapitre en prononçant un Requiem atonal, ci-git l’espère humaine dévorée par son hybris. 

 

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02 octobre 2018

St-Médard-de-Guizieres

Je serai présent à la manifestation AUTOUR DU LIVRE, le 13 octobre prochain

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27 septembre 2018

Rap, entre haine et complaisance

Un jeune rappeur, noir, publie une chanson dans laquelle il s'en prend aux blans en des termes d'une rare violence...

Ce qui est (très) choquant (édifiant ?) ce n'est tant le rap haineux que le silence (complaisant, lâche) des bienpensants qui préfèrent ne pas entendre ce qu'ils entendent (ne pas voir ce qu'ils voient)

La propension à déceler chez Zemmour des propos un peu... (c'est vrai qu'ils le sont parfois) n'a d'égale que la complaisance à ignorer ceux de certains rappeurs un peu... , ce qui, soit dit en passant, ne manque pas de condescendance à leur égard. Serions-nous dans une société civile régie par deux poids et deux mesures ?

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25 septembre 2018

Asymétrique réciprocité

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Les femmes mettent des petites robes, parce qu’il fait beau, qu’elles ont envie de laisser le soleil lécher leurs jambes, du moins celles qui les ont jolies, envie de récolter ces petits hommages, des regards, des attentions, parfois un mot gentil, qui leur prouvent qu’elles plaisent, qu’elles plaisent encore, que leur pouvoir de plaire est intact, et, si fantaisie leur prenait de l’exercer… Les hommes ne manquent pas de remarquer les femmes qui montrent leurs jambes, du moins celles qui les ont jolies. Oh comme la vie est mal faite, certaines femmes ont de jolies jambes, d’autres, non. Certaines femmes ne sont jamais regardées. La réciproque est vraie, aussi. Le regard de certains hommes plait aux femmes, le regard d’autres, non ! Aux femmes qu’ils en estiment dignes, les hommes accordent des regards, des attentions, ils s’effacent à leur passage, ils s’empressent d’offrir la meilleure place à table, ils disent parfois un mot gentil. La vie est mal faite, certains hommes savent que leurs attentions seront reçues avec bienveillance, ceux-là ne s’offusquent pas d’un refus. Mais d’autres qui ont le malheur d’insister, les sots, ils ne voient pas que leur seule présence indispose ! En revanche, les femmes qu’attentions et sollicitations flattent acceptent de prendre un verre, en tout honneur, elles prêtent une attention parfois feinte mais soutenue, elles remettent leur numéro de téléphone, au cas où. Elles ne draguent pas, est-ce de leur faute s’il fait beau, qu’elles ont de jolies jambes et que le soleil invite à mettre une petite robe ? Ce sont les hommes qui draguent, ils ne peuvent pas s’en empêcher. Dans la partie de poker qui se joue, les hommes abattent leur carte en premier, les femmes se contentent de prendre place à table et de surenchérir. En quoi sont-elles responsables de la propension des hommes à abattre des cartes ? Et si des cartes sont abattues avec trop d’insistance, elles en appellent à la jurisprudence du harcèlement. Ces quelques nuances mises à part (ainsi que la nécessité, désormais, de mettre tous les verbes à l’imparfait), la réciprocité est respectée. 

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24 septembre 2018

carnet de voyage_2009_Le Belem à Bordeaux

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22 septembre 2018

carnet de voyage-Cadaujac-Chateau Bardins-2009

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21 septembre 2018

Voir ce que l'on voit...

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… n’est pas aussi simple qu’il y parait. Il faut avoir vu ce qu’on ne voit plus. Il faut se rappeler des choses du passé soi-disant visibles mais qui n’ont pas eu d’existence. Cela suppose de la mémoire, une mémoire d’éléphant et un brin de caractère qui confine à la mauvaise humeur. Cela suppose ne pas prendre les choses pour argent comptant, ni la communication de BFMTV pour une chronique des temps. Cela suppose la présence, dans la cité, d’anciens, de vénérables, chargés de garder cette mémoire et de la transmettre. A contrario, l’enjeu prochain de la manipulation des masses consiste à effacer des mémoires ce qui n’aurait pas dû être vu et y installer des séquences qui sont sans réalité mais que l’on (qui ?) aurait aimé qu’elles fussent vues. La rigueur de Péguy et les visions de Philippe K. Dick (Total recall…) nous sauveront-elles du désastre ? 

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18 septembre 2018

Carnet de voyage_Bordeaux_2011_Grand Théâtre

Bx_grandtheatre

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14 septembre 2018

Carnet de voyage_Bordeaux_2010_Fontaine des Girondins

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13 septembre 2018

Du déni_2

Le déni ne s'attaque qu'aux réalités complexes que l'esprit - l'esprit moyen des masses, en dépit de mon aversion pour les moyennes et les statistiques, et même le terme de masses - ne parvient pas à cerner,  par manque de temps, d'attention, de clés de lecture, de recul. Les réalités complexes ne se donnent jamais en elles-mêmes, elles se révèlent par fragments, à la manière de puzzles dont il manquerait toujours une pièce. D'elles, il est possible de penser tout et son contraire. Les éléments pour décider font défaut. Ainsi de la question climatique ! Sa complexité est telle qu'il est très difficile de dire si la dégradation climatique provient des excès d'activité humaine, de pollution, ou, au contraire, si elle est la conséquence d'un cycle tellurique que l'activité humaine ne perturberait qu'à la marge. La décision, lorsqu'elle se prend, se prend elle aussi à la marge. Les gens fondent leur opinion non sur une conception globale mais sur quelques détails qui les ont frappés, quelques pièces de puzzle à leurs yeux significatives. La chose serait sans conséquence si, lorsque la dégradation s'accentue, les esprits qui ont décidé ne s'installaient pas dans un déni, dans le confort du déni. Ils s'accrochent à leurs convictions, leurs pièces de puzzle, comme les bernacles à leur rocher. Changer de conviction consisterait en un effondrement, un état névrotique insupportable. 

Pour que le déni fonctionne, cependant, il faut des menteurs.  Il y a toujours un petit nombre d'individus, experts, instruits, qui ont sur la question une vue plus complète. Libres d'esprit et de parole, ils s'expriment en sincérité mais ne sont que peu ou pas entendus, n'ayant pas accès aux médias. D'autres, moins libres de paroles et d'esprit, mais mieux rémunérés, se chargent des éléments de constat - les éléments de langage - compatibles avec les choix idéologiques des organes de communication qui les emploient. Ils mentent par omission. Ce qu'ils disent n'est jamais faux, ils s'emploient simplement à ne pas tout dire, à se limiter aux éléments de langage validés. Les masses, indécises car manquant d'éléments d'appréciation, s'en remettent aux experts par cooptation et sympathie. Ils reçoivent leur parole non pour la qualité de ses arguments, mais pour la sympathie et la confiance qu'ils ont pu leur accorder en d'autres circonstances. 

Le déni ne s'attaque qu'aux réalités complexes voire globalisées, des réalités qui concernent des millions - des milliards -d'individus, une masse d'individus indécis, pourtant sommés par les mécanismes démocratiques de donner une opinion ou une orientation majoritaire sur une question complexe dont les menteurs lui donnent une représentation schématique, biaisée, orientée à priori. La masse se scinde en blocs de convictions opposées, antinomiques, souvent polémiques. 

Dans le cas des réalités complexes, globalisées, il est très difficile de voir ce que l'on voit, de voir ce qu'on ne voit qu'en partie, de voir ce qu'on croit voir, de voir ce qu'on croit ne pas voir, et les menteurs ne nous y aident pas. 

 

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12 septembre 2018

Dichtung

Poésie, densité, épaisseur ! La langue allemande propose le même mot : Dichtung. En conséquence, le poète est celui qui densifie les choses, qui colmate le langage pour qu'il retrouve son épaisseur et ne se perde pas dans les approximations et les débordements d'émotions... 

« ... und wozu Dichter in dürftiger Zeit ? » (Hölderllin, élégie Brot und Wein)

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10 septembre 2018

De Notre-Dame de Strasbourg à l'abbatiale de Niederhaslach

 

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Chronique alsacienne, 2

Le bâtiment impérial de la gare de Strasbourg disparait sous une carapace de verre telle une statue grecque sous un voile de pudeur. A peine distingue-t-on encore les inscriptions 1905-1906, dates de son édification. Quant aux vitraux à la gloire des Hohenzollern, ils ont été démontés, escamotés, relégués... La chancellerie préparait alors la constitution du futur Land Elsass-Lothringen (les actuels départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle) qui vit le jour en 1911 (sous la présidence, éphémère et unique, d'Eugène Ricklin, maire de Dannemarie, Dämmerkirch à l'époque) mais dont la guerre de Quatorze réduisit à néant les promesses d'autonomie. Sur la place de la gare cependant, les immeubles présentent des linteaux et montants de cette pierre grenat ou bistre, que les Alsaciens continuent d'appeler Sandstein (pierre de sable ou grès). De cette pierre a surgi la façade gothique de Notre-Dame de Strasbourg, das Münster ou s'Meenster, mais aussi la surprenante collégiale St-Florent à Niederhaslach ou encore l'édifice roman de Rosheim, tandis qu'en Beauce, Bourgogne, mais aussi en Saintonge, les tailleurs de pierre ciselaient les veines calcaires et y inscrivaient les témoignages de leur ferveur. C'était le temps, béni, aujourd'hui vilipendé, des cathédrales.
As-tu fait bon voyage, s'inquiète ma mère à qui je rends visite. Elle se dépêche de servir un café et de présenter la palanquée de Kugelhoff, Streuselkueche, Schwartzwälder et autres biscuits à l'anis sans lequels elle ne songerait pas à accueillir son fils. Je sais qu'elle a passé la matinée, mais aussi la veille et l'avant-veille, à mesurer les boisseaux de farine, beurrer les moules et pétrir les pâtes en y incoporant des épices dont la seule liste relève du péché de gourmandise. A la vérité, ma mère s'est exclamée, hesch guet gereist ? Elle persiste à faire usage de cette variété locale d'allemand qu'est l'alsacien, dialecte selon les uns, langue régionale selon les autres, Mundart dont l'administration parisienne persiste à ne pas reconnaître le caractère rhénan jusqu'à faire disparaître le nom d'Alsace, Elsass, s'Elsàss, sous une vague indication géographique, Grand Est, en laquelle ne trouvent place nulle histoire et nulle tradition.
Les feuilles des marronniers jaunissent tandis que les pêchers se drapent de rouge. L'automne avance avec la lenteur et l'obstination des automates de l'horloge astronomique de Notre-Dame. Les matinées fraîchissent, parfois les collines alentours disparaissent sous un épais brouillard qui renonce aux heures de midi. Lorsqu'enfin émergent les côteaux, la vigne désormais ocre et rouille chante dans la lumière vive. Les vendanges sont faites, la fermentation commence au fond des cuves telle une gestation tellurique. L'autobus avance vers le Piémont des Vosges, la métropole s'éloigne, tapis tourmenté répandu autour des cent-quarante quatre mètres de la flèche de Notre-Dame. Dans la métropole les saisons n'ont que des assises éphémères, elle vit à d'autre rythmes. Les rituels eux-aussi sont congédiés, ils ne subsistent qu'en quelques lieux retirés. Préparer la flambée dans le poêle, guetter le journal, aérer la chambre pour le sommeil du soir, ne pas laisser se perdre l'eau, arracher quelques mauvaises herbes, faire l'inventaire des aliments à cuisiner, à entreposer, à jeter. Réglée comme les automates, ma mère rythme ses heures et ses jours avec la répétition de gestes précis, mesurés, économes, en lesquels réside une forme de poésie qui se dispense des mots. La tradition se perpétue, même si les robots-cuiseurs ont chassé les anciens ustensiles relégués, conservés cependant au cas où l'électricité ferait défaut. La tradition est amie de la poésie, laquelle, dans les métropoles, se fait aussi rare que les bosquets d'arbres. En ces temps de détresse urbaine, il est fait devoir aux poètes de compenser la rareté des arbres par un surcroît de poésie.
A chaque visite, je ne manque jamais de revenir vers la cathédrale Notre-Dame. La nef est plongée dans la pénombre des vitraux mais une voix affable s'exclame régulièrement : « Mesdames et messieurs, meine Damen und Herren, chut ! » A peine les innombrables promeneurs suspendent-ils leurs bavardages et cliquetis de perches à selfies. Mises bout à bout, les petites phrases extraites de leurs conversations tissent un babil qui n'est pas sans rappeler celui qui empêcha l'achèvement de la Tour de Babel. De rares offices sont encore célébrés, mais les badauds se précipitent vers l'horloge astronomique repérée par trois étoiles dans leurs guides touristiques. Conçus au XVIème siècle par le mathématicien Konrad Rauchfuss, restauré au XIXème siècle par le génial autodidacte Schwilgué, l'horloge et son bâti enclenchent, tous les quarts d'heure, le défilé d'automates qui représentent les quatre âges de la vie, enfant, jeune homme, adulte, vieillard, tandis qu'un ange sonne une cloche et qu'un autre retourne un sablier. Les mouvements sont chargés d'une symbolique sur laquelle ne se penchent plus que de rares érudits, l'espace civil règne désormais en maître jusque dans l'abside de l'horloge, par les vertus de la loi de 1905 qui a dissocié l'Etat de l'Eglise (catholique) dont elle a implicitement prononcé la condamnation. Peut-être l'exercice de la poésie est-il aussi indissociable des rythmes naturels que de la vivacité des rituels religieux.
Le lendemain, je me rends au petit bourg de Niederhaslach après avoir traversé la forêt somptueuse de Wangenbourg et de Haslach. Il y a là une abbatiale consacrée à Saint-Florent, érigée au centre de ce qui est resté un hameau, aussi surprenante que la basilique d'Uzeste où repose la dépouille du pape Clément V. Pour quelles raisons l'ermite Florent s'est-il retiré à l'orée de la forêt de Haslach? L'empire romain venait de s'effondrer. Depuis un siècle déjà, Rome avait été mise à sac par les hordes d'Attila. Un siècle plus tôt, l'édit de Théssalonique avait institué un christianisme d'état sur les décombres d'un paganisme moribond et pléthorique, moribond parce que pléthorique. Il y eut alors quelques siècles, avant que les Mérovingiens ne tentent de reprendre les choses en main, où la foi grandissait dans le secret des âmes et des lieux de culte retirés, tandis que milices et pillards rançonnaient les provinces privées de la main de l'état. Un homme comme Florent, érudit, clerc, risquait sa vie à la croisée des chemins. Il trouva refuge dans cette forêt aux futaies majestueuses, au sein desquelles bruissait la cascade du Nideck, qu'au XIXème un Chamisso chanta en un poème  célèbre. Il fallait bien que cette forêt fut, d'une manière ou d'une autre, enchantée, inspirée, propice à la paix des âmes - elle l'est toujours, plus que jamais peut-être, en comparaison de l'effervescence de la métropole -, pour qu'au Xème siècle un seigneur aux allures de géant y édifiât un château dont les seules ruines laissent songeur. La fermeté d'âme de Florent força l'admiration du roi mérovingien Dagobert II, établi dans la petite cité proche de Kirchheim, et permit la fondation d'un monastère où se regroupèrent les ermites qui avaient essaimé aux alentours. On attribue maints prodiges à Florent, canonisé par l'Eglise. Au XIVème siècle, peut-être à la suite d'une pénitence, Gerlach von Steinbach fut investi de la maîtrîse d'oeuvre de l'abbatiale. Il en fit une nef à l'architecture sobre, élégante, dont la flèche s'élève en contrepoint aux arbres majestueux en surplomb. Gerlach fut le fils d'Erwin von Steinbach, l'un des maîtres d'oeuvre de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Il trouva la mort à la fin des travaux, tombé d'un échafaudage, et je veux croire qu'en dépit de l'avertissement du contremaître il se hissa à la hauteur de la voûte pour, une dernière fois, contempler le sourire énigmatique d'un angelot inscrit pour l'éternité dans le Sandstein d'un chapiteau.

09 septembre 2018

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Le déni est un état d'esprit qui empêche ceux qui sont sous son emprise de reconnaître une réalité qui les dérange, qui vient à l'encontre de leur représentation du monde, dont la reconnaissance entraînerait la remise en cause de cette représentation. Eppur si muove, s'écriait Galilée, et pourtant elle tourne ! Cette réalité astronomique, aujourd'hui reconnue, sapait les fondements de la théologie de la chrétienté occidentale du Bas Moyen-âge et cette dernière s'est longtemps cantonnée dans le déni, au point de vouer Girodano Bruno aux gémonies des flammes et Galilée au reniement. Le déni agit de surcroît de façon collective, les uns entretenant les autres dans l'im-perception d'une réalité qui pourtant les concerne. Les médias et les technologies de la communication ne mettent nullement à l'abri du déni, au contraire, ils en amplifient et accélèrent le phénomène. Ils instaurent une sorte de tribunal permanent, siégeant partout et nulle part, où chaque membre devient un inquisiteur en charge des paroles déviantes, car l'état d'esprit de déni ne supporte nulle critique, nulle remise en cause. Il somme chacun d'ânonner (fredonner ?) les antiennes admises tels des mantras. Nous assistons, probablement, à une forme de déni quant au dérèglement climatique. Chacun pris à part, tel Galilée, reconnaît la réalité du dérèglement. Collectivement cependant, tous agissent à la manière de l'Eglise, en faisant comme s'il n'existait pas. D'autres dénis, plus indidieux, ont étendu leur empire sur les esprits, mais le réel finit toujours par secouer ceux qu'une trop longue cécité maintient dans l'im-perception. Il faut apprendre à voir ce que l'on voit, disait Péguy.

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05 septembre 2018

Carnet de voyage_2009_Paray-le-Monial-3

Paray_3

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