blog de roland goeller

15 juin 2017

La revue L'AMPOULE publie la nouvelle LES PETITS CARNETS dans son numéro 23

Ampoule-n-23

Les éditions de l'Abat-jour, sises à Bordeaux, publient une revue littéraire, trimestrielle et numérique dont le titre est l'AMPOULE. Le numéro 23 de la revue est consacré à la dichotomie ABSENCE & DISPARITION. La revue a retenu ma nouvelle LES PETITS CARNETS, dont le titre initial, la maladie de l'oubli, donne une indication quant au thème exploré. 

En voici un extrait: "Un sursis, s’est exclamé le médecin de famille en levant les bras au ciel. J’ai fini par m’en ouvrir à lui et il m’a dit que la maladie évolue par paliers, comme la marée montante quand, sur la plage, elle défait la forteresse de sable érigée par des enfants. Les vagues déferlent et meurent dans un dernier souffle, elles grignotent les festons par petites bouchées, puis soudain une vague plus hardie s’avance et renverse ce qu’il reste de digue. Il faut consolider les festons. Consolider et mettre l’esprit sous tension, lire, beaucoup d’activités physiques ou domestiques ! Il n’y a donc rien à faire, lui ai-je dit avec un geste de colère, quoique je susse qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, je l’avais lu et relu. Le médecin a déposé devant moi toute l’impuissance de ses mains ouvertes. Le combat, c’était à moi de le mener désormais, tenir les festons.

 

lien sur le site des éditions: http://www.editionsdelabatjour.com/

 

lien sur le numéro 23: (pour la nouvelle, Les Petits Carnets, se rendre à la page 97)

http://fr.calameo.com/read/000676683ffb3d348ae2f?bkcode=000676683ffb3d348ae2f

 

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14 juin 2017

Le TGV arrive à Bordeaux, et après?

TGV Bx

Nous sommes à quelques semaines, que dis-je, quelques jours de la mise en service de la ligne nouvelle TGV Tours-Bordeaux, et déjà Bordeaux-Métropole et SNCF pavoisent. Un jour nouveau point à l'horizon, une ère nouvelle s'annonce, Paris n'est plus qu'à deux heures de Bordeaux, sonnez trompettes et buccins. L'Aquitaine sort enfin d'une sorte de Moyen-âge et entre dans la modernité des cités connectées par la grande vitesse, en dehors delaquelle point de salut! Nous entendons d'ici, diffusés aux heures de grande écoute, les interviews de Girondins ayant fait en une journée l'aller-retour à Paris pour visiter quelqu'exposition ou musée!


Par cette ironie liminaire, nous voulons cependant prendre quelques distances avec cette euphorie obligatoire et, si nous sommes transportés, nous le sommes de perplexité tant le tableau d'ensemble nous semble, globalement, s'assombrir! Nous parlons de tableau à dessein, car il n'y a pas que le train, la grande vitesse, les TGV flambants neufs et la marquise de la gare St-Jean repeinte à grands frais. Il y a aussi l'évolution des territoires, de la métropole, des zones rurales, de l'emploi et tant d'autres choses dont nous renonçons à dresser la liste. La mobilité et ses vecteurs constituent un élément parmi d'autres d'un système, d'un ensemble territorial, au sein duquel les paramètres ne bougent pas indépendamment les uns des autres. Ainsi veut-on nous convaincre que les progrès annoncés dans la mobilité préfigurent d'autres progrès dans d'innombrables domaines et que la lumière qui s'allume dans un coin du tableau est appelée à se répandre. Pourtant nous pressentons qu'il n'en est rien, bien au contraire, nous croyons que les progrès ici sont contrebalancés par des regressions là-bas, à la manière de vases communicants qui compensent leurs fluides, et nous croyons même que les signes en sont déjà perceptibles, du moins aux yeux de ceux qui consentent à voir ce qu'ils voient, comme disait le regretté Péguy!


Sans doute, parmi toutes les choses qui méritent d'être vues, certaines sautent-elles plus volontiers aux yeux que d'autres. D'année en année, la houle grignotte un peu plus le rivage, lentement, insensiblement mais obstinément, et nul ne prendrait conscience de la montée des eaux si, ici une plage ne disparaissait, là un immeuble ne s'effondrait. A l'inverse, un gain de temps d'une heure sur un trajet qui en compte trois est une chose immédiatement et intensément perceptible. Les perspectives (apparentes) qu'ouvre ce saut de vitesse le sont aussi, mais le prix à payer l'est beaucoup moins. Aussi voulons-nous parler de ce prix et, en le mesurant aux gains et aux progrès qui sont annoncés, établir ce que notre intuition nous indique depuis longtemps, à savoir que tout cela est bien chèrement payé!


Certes la prouesse technique est considérable, à la fois en maîtrise du matériel ferroviaire, en tracé de ligne et en ouvrages d'art. Les ingénieurs, cheminots et techniciens ont fait de la belle ouvrage, mais les bâtisseurs du Concorde, en leur temps, l'avaient fait eux aussi! On sait ce qu'il advint de ce dernier, nous ne voudrions pas que, victime de son succès, il advienne la même chose à l'autre. Cependant, nous voulons nous pencher quelque instants sur le paradigme de la prouesse technique. Le Moyen âge avait les siennes, chaque cathédrale est un chef d'oeuvre à la fois d'art et de technique. Elles étaient faites pour durer, elles durent encore et les fidèles qui les désertent laissent la place aux touristes qui les admirent! Notre siècle qui ne croit en rien croit au moins au progrès et veut aller de plus en plus vite comme si l'ubiquité avait remplacé l'enracinement, comme si la globalité avait remplacé la localité. Everywhere au lieu de somewhere, sans que quiconque ne songe à cet adage, qui trop embrasse mal étreint! Diable, était-il si important de joindre Paris et Bordeaux en deux heures? Seuls les mondialistes répondent à cette question!


Car, deux heures de Paris à Bordeaux, qui cela intéresse-t-il? Combien de navetteurs quotidiens résidant à Bordeaux et travaillant à Paris, et quand bien même, à l'ère de la parcimonie environnementale et du télétravail, est-il raisonnable de consommer tant d'énergies et de deniers pour permettre à quelques centaines de cadres supérieurs d'habiter à 600 kms de leur lieu de travail quotidien? Les cadres aquitains pourront être à Paris pour une réunion à 9h du matin, nous dit-on. Certes, mais ils en avaient déjà la possibilité en empruntant l'avion. Les touristes chinois en visite à Paris pourront plus aisément faire un crochet en Aquitaine, nous dit-on encore. Certes, mais ils n'en seront pas plus nombreux et le chiffre d'affaires supplémentaire constaté en Aquitaine le sera au détriment de l'Ile de France. Quant aux touristes autres que chinois, notre petit doigt nous dit que peu leur importe d'arriver vite à destination!


Ce qu'on ne nous dit pas en revanche, c'est que cinq voyageurs ferroviaires sur six empruntent un TER. Ce qu'on ne dit pas non plus, c'est que les voyageurs entre Paris et Bordeaux trouvent toujours ou un TGV ou un avion, tandis que quatre voyageurs régionaux sur cinq empruntent une voiture par défaut d'offre TER adéquate. Ces chiffres seront utilement affinés par les transporteurs et les services de l'Etat mais les ordres de grandeur donnent une idée des enjeux: le besoin de progrès en matière de transport ferroviaire se trouve plus volontiers du côté du voyageur qui, tous les jours, se paye Bordeaux-Langon aller-retour, plutôt que du côté du voyageur qui, occasionnellement, se paye Paris-Bordeaux. En d'autres termes, le TER plutôt que le TGV! Last but not least, ce qu'on ne nous dit pas, c'est la majoration tarifaire du billet comme conséquence d'un bail léonin accordé à un concessionnaire, majoration qui poussera nombre de voyageurs à se rabattre sur l'offre low cost ou sur les bus Macron! Et nous nous refusons à ce stade d'envisager l'hypothèse que le personnel politique acquitain ait été motivé par le souci de rejoindre au plus vite les bancs de l'Assemblée Nationale afin d'améliorer les ratios de présence!


Nous ne voulons absolument pas contester le fait qu'un gain de temps d'une heure (sur un trajet Paris-Bordeaux qui en compte trois) soit un progrès, nous voulons en revanche non seulement souligner qu'il s'agit d'un progrès anecdotique qui intéresse un petit nombre d'individus (des CSP certes!), mais encore dénoncer que ce progrès accompli pour quelques privilégiés fut fait au détriment du grand nombre qui reste avec les moyens de transport d'un autre siècle, et ce ne sont pas les quelques Regiolis et Regio2N à la fiabilité incertaine qui changent fondamentalement la donne. Car les deniers publics sont comptés et ceux qui furent consacrés à la ligne nouvelle Tours-Bordeaux (quelques huit milliards nous dit-on, avant suppléments et ajustements) font cruellement défaut à la modernisation du réseau TER à propos duquel nous voulons dire qu'il prend désormais une place stratégique au sein de ces zones périurbaines en lesquelles nos métropoles s'étendent.


Ces zones, nouvelles, se sont constituées au cours des trente ou quarante dernières années. La ville a grignoté les zones vertes et les terres arables alentours en un mouvement qualifié par l'administration de mitage, mouvement que les politiques d'urbanisme depuis une quinzaine d'années cherchent à contenir. Les métropoles, françaises notamment, ne cessent de grossir et concentrent les populations à la manière dont les trous noirs concentrent la matière céleste. Les zones rurales en sont désertées, faute d'emplois certes, mais aussi faute de transports en communs à la hauteur des attentes, et les deux fautes, les deux manques sont imputables, notamment, à la même cause, à savoir la fiscalité (considérée au sens large, impôts et charges comprises).


La fiscalité en notre pays est (quasi) homogène dans les prélèvements mais inégalitaire dans les affectations. Pour un euro alloué en zone rurale, deux le sont en zone urbaine! Cette fiscalité de surcroît est parmi les plus élevées en Europe et, même s'il n'y a pas consensus sur ce point, il n'est pas inutile de rappeler que les charges élevées qui pèsent sur le coût du travail handicapent la compétitivité de ce dernier, que l'indispensable compétitivité est dès lors obtenue par des économies d'échelle et donc des concentrations d'activités, c'est à dire la concentration dans les zones périurbaines d'activités qui auparavant, disséminées, donnaient vie à nos petites villes et zones rurales. Cette fiscalité, élevée, alimente des dépenses de l'Etat jugées excessives par tout économiste sérieux (quelques 56% du budget de l'Etat est consacré au fonctionnement de l'Etat, soit 10% au-dessus de la moyenne européenne) ainsi que des projets d'aménagement du territoire dont le bénéfice pour le bien public reste contestable (et contesté). Il s'en suit qu'il y a un rapport, indirect mais non moins patent, entre une ligne nouvelle de TGV, coûteuse, et la désertification alentours. Le suréquipement d'un côté se paye toujours par le sous-équipement de l'autre!


Attardons-nous encore quelques instants sur cette dynamique de trou noir qui caractérise une métropole (française). La desserte ferroviaire à grands frais d'une métropole de 750 000 habitants (Bordeaux) présente un équilibre économique insuffisant, il était donc nécessaire de faire grossir cette dernière. Ainsi est né le paradigme de la métropole millionaire Bordeaux 2030 (+250 000 habitants, + 75 000 emplois, + 50 000 logements). Ses défenseurs soutiendront mordicus que l'attractivité territoriale de l'Aquitaine est telle que la population y croît plus vite qu'ailleurs et qu'il était impensable de laisser ces apports s'installer de façon anarchique. Le besoin d'ordre est louable mais les choix qui ont été faits n'ont pas consisté à renforcer le tissu de villes moyennes autour de Bordeaux (Libourne, Langon, Lesparre ...) mais à densifier le territoire métropolitain par des quartiers nouveaux surgis presque sui generis, avec d'innombrables malfaçons du bati, avec un déficit d'écoles, de crèches et de services publics, d'arbres, d'espaces verts et d'oiseaux pour les rendre vivants, avec un déficit de perspectives et d'espacement, avec un déficit de KWh, d'octets et d'eau courante, avec un déficit de silence et de sérénité, avec un déficit de places de parkings et un réseau viaire qui est ce qu'il est (c'est à dire sursaturé en voitures), et des réseaux de transports en commun (TER, tram et Transgironde) qui auraient nécessité des investissements d'un autre ordre. Il s'en suit que la ligne nouvelle Tours-Bordeaux sera mise en service au sein d'une métropole en pleine mutation, où certes les abords de la gare St-Jean ont été modernisés, mais où le tissu périrubain croît à marche forcée, sous l'impulsion d'une technocracie qui croit pouvoir cordonner l'évolution de tous les paramètres et qui n'en reste pas moins sourde aux lacunes et aux problèmes dont nous découvrirons l'ampleur au fil du temps et à mesure que s'éteindront les bulles de ce Champagne qui coulera à flot pour en fêter l'avènement.


Aussi, à quelques semaines de l'inauguration de la ligne nouvelle et de l'arrivée du TGV en grandes pompes à Bordeaux, prenons-nous quelques distances avec l'euphorie qui prévaut urbi et orbi et voulons-nous partager quelques prémonitions inquiètes (d'autant plus que l'amélioration de la ligne historique, à peu de frais, eût généré un gain de temps suffisant!) même si nous n'ignorons nullement que les Cassandre ne sont jamais écouté(e)s.

 

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04 juin 2017

La revue LE TRAVERSIER publie la nouvelle: Deux pressions

Le Traversier 22

Dans sa livraison numéro 22, de mai 2017, la revue littéraire LE TRAVERSIER, sise à St-Germain-en-Laye, publie ma nouvelle Deux Pressions.

De passage à la Gare du Nord, le narrateur croise la route d'une femme qu'il a connue et perdue de vue. Ils disposent l'un et l'autre de quelques instants pour échanger des nouvelles et peut-être reprendre contact. "Deux pressions!" disent-ils au serveur du bistrot où ils prennent place, en souvenir d'un rituel qui leur était cher.

Dans cette nouvelle l'auteur explore les méandres d'une conversation tenue d'emprunter des chemins détournés, entre des personnages trop impliqués dans une histoire ancienne pour ne pas prendre d'infinies précautions.

 

 

Un extrait: "Antoine entre dans le kiosque presque désert. Il prend deux magazines et avance la monnaie. A peine la caissière fait-elle attention à lui, ayant à faire trente-six choses à la fois. Pas encore dehors cependant, il est saisi de stupeur. 

Stupeur n'est pas à vrai dire le terme qui convient, en dehors de la puissance du saisissement. La grande marquise de la Gare du Nord bruisse de voyageurs et de trains qui vont et viennent, et le regard a mille objets à convoiter. Mais celui d'Antoine s'arrête sur une silhouette, une seule, et la stupeur le saisit, mêlée d'impatience et d'effroi. Anna! Le prénom s'échappe de ses lèvres. Anna, sans nul doute. La silhouette se déplace de ce pas décidé qui n'appartient qu'à elle. Est-elle en train de partir? Vêtue de noir, elle ne porte qu’un bagage léger. Sa coiffure la met en valeur, un petit carré avec frange, Antoine ne l’avait pas connue ainsi. Ce détail mesure l’ampleur de l’absence. Anna cependant marche si vite qu’à chaque instant elle risque de se fondre dans la foule. S’il reste les bras croisés, il risque de la perdre de vue."

 

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24 mai 2017

Manchester, l'indignation n'est plus de mise

manchester

Manchester, le 22mai 2017 au soir, à l'issue d'un concert de la chanteuse Ariana Grande, très populaire parmi la jeunesse mais dont le sexagénaire que je suis découvre le nom. Un attentat, feint-on dans un premier temps de s'étonner, comme si l'hypothèse d'un accident, imputable à quelques adolescents ayant oublié un lot de pétards mouillés ou à la rupture accidentelle d'une conduite de gaz, était plausible! Les premiers commentaires dissimulent mal le regret que ce ne fût pas un accident, tant les commentateurs savent déjà, en leur for intérieur, de quoi il s'agit réellement. Les mimiques et les non-dits en disent bien plus longs que les propos faussement lénifiants. Lorsque la terrible réalité ne peut plus être dissimulée, lorsqu'il est manifeste qu'un individu chargé d'explosifs s'est fait sauter parmi la foule, Theresa May, premier ministre, livre son indignation protocolaire, elle "n'arrive pas à comprendre comment quelqu'un peut s'en prendre à des enfants". Pour Angela Merkel, il est de même "incompréhensible que quelqu'un puisse se servir d'un concert pop pour tuer et blesser". L'une et l'autre pourtant savent ce qui, dans un passé récent, s'est produit à Paris, Bruxelles, Berlin et Londres, elles savent aussi que des attentats de cette nature ne sont pas le fait d'extrémistes catholiques en mal de chant grégorien ou de bouddhistes ayant égaré leur moulin à prières, elles savent même très bien à qui sont imputables ces attentats qui ne sont pas signés et elles s'abritent derrière les lenteurs de l'enquête pour ne pas avoir à les nommer. Elles ont l'intelligence nécessaire pour faire des liens entre des faits qui présentent tant de similitudes, mais elles feignent d'en découvrir l'existence. Et si "si mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde" (Albert Camus), on frémit en pensant à ce qui arrive lorsqu'on ne les nomme pas du tout, lorsque par peur par lâcheté ou par confort on se refuse à les nommer. En attendant les résultats de cette enquête qui nous révélera ce que nous savons déjà, Anne Hidalgo prévoit l'extinction protocolaire de la Tour Eiffel, pour laquelle il conviendrait dans l'avenir d'envisager un éclairage clignotant, mais se refuse à l'annulation des concerts programmés dans la capitale, car "ils n'auront pas notre haine" et continuer à faire la fête est la meilleure façon de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas gagné. En attendant, encore, quelques centaines de familles supplémentaires sont marquées par le deuil ou les blessures de l'un de ses membres, et les faire-parts de compassion et de condoléance qui affluent de partout leur deviennent insupportables tant ils puent la mauvaise foi de ceux qui ne sont pas touchés dans leur chair. Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui se disent, combien de temps encore allons-nous nous faire tirer comme des lapins? Combien de temps encore considérerons-nous que ce n'est qu'un problème de police et de sécurité civile? Je termine ce billet en songeant que la chape de plomb qui pèse sur les esprits est si forte que moi non plus, par crainte peut-être des moteurs de recherche indexés sur certains mots, je n'ai pas réussi à nommer les auteurs de ce nouvel attentat. Et je me dis, est-ce qu'ils n'ont pas déjà gagné? 

 

 

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22 mai 2017

Déconstruction des esprits

 

déconstruction

Est-il seulement possible de reconstruire des esprits déconstruits, et tout d'abord qu'est-ce que la déconstruction. Evitons le piège qui consisterait à faire allégeance aux Derrida, Foucault, Bourdieu, etc, dont les énoncés invitent à se perdre sur des chemins sans issue, en des contrées où l'esprit ne trouve pas grand chose à se mettre sous la dent. La déconstruction consiste en un prétendu mouvement d'émancipation des moeurs lesquelles sont présentées comme autant de carcans et vieilleries inutiles (des moeurs qui pourtant ne sont que des formes chargées de maintenir cohérence et cohésion, même si elles supposent une certaine contrainte). Les esprits en apparence émancipés jouissent toujours d'une certaine liberté retrouvée, du goût très rousseauiste du paradis perdu. Les désordres qui tôt ou tard résultent de l'abandon des formes (celles qui "préservent de la barbarie", Benjamin Constant) apparaissent à leurs yeux comme les conséquences de facteurs extérieurs (le climat, le pouvoir de l'argent, la corruption des élites ...). Mais jamais ils ne consentent à admettre que le désordre suprême résulte de la déconstruction (celle de l'école, soi-diant reproductrice des inégalités, celle de la famille, soi-disant responsable des atavismes, celle de la culture, soi-disant stigmatisante, celle de la religion, soi-disant "opium des peuples", etc).

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20 mai 2017

Menace sur la littérature

 

La question qui se pose aux écrivains contemporains (en dehors des poids lourds qui sont adossés à une renommée médiatique soigneusement entretenue) est celle de la raréfaction de leur lectorat. Non que la qualité de leurs écrits se soit détériorée, mais les lecteurs qui, il y a quarante ans, ne rataient pas une émission d'Apostrophes et se donnaient rendez-vous dans les bibliothèques, se réfugient désormais sur les réseaux sociaux et s'abîment les yeux sur les séries B. Cette défection est aggravée par un phénomène plus inquiétant encore. Il entre désormais en ligne de compte un public qui non seulement ignore leurs écrits mais les tient pour impies, inconformes à une soi-disant vérité révélée dont il se proclame le témoin. Aussi, le défi qui se pose aux écrivains est celui du refus grandissant, non de leurs écrits, mais de la littérature même comme discipline d'émancipation et d'Aufklärung. Mais au lieu de questionner cette question, beaucoup d'écrivains se livrent à une gymnastique incantatoire pour éviter de les aborder, tant est pesante la chape de plomb qui interdit de questionner la compatibilité des religions avec l'art de vivre occidental.

salman rushdie

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19 mai 2017

L'évangile selon Saint-Barnabé

Les preuves fatiguent la vérité (César, sculpteur)

 

St-Barnabe

Il y a quelques temps de cela, j'ai suivi deux documentaires diffusés par la chaîne RMC. Le premier est consacré à un évangile apocryphe (non reconnu par le canon catholique et romain), à savoir l'évangile de St-Barnabé. Le texte est présenté comme étant d'inspiration islamique, parce que, suppose l'auteur du documentaire, il remet en cause la réalité de la mort et de la résurrection de Jésus, c'est à dire rien moins que le dogme de la Trinité sur lequel la chrétienté romaine prétend reposer. Le second est consacré à un fragment de papyrus copte qui rapporte(rait) des propos où le Jésus de la chrétienté romaine (un Jésus nimbé d'un céleste célibat) ferait allusion à une femme qui aurait été la sienne.

Dans chaque cas, le Vatican réfute l'authenticité (il ne peut  faire moins) des documents présentés tandis que les chercheurs, quant à eux, multiplient les expertises pour en attester la recevabilité. Et les auteurs des documentaires livrent à tout bout de champ des commentaires faussement ingénus qui laissent entendre que, si les preuves étaient avérées, c'est tout l'édifice de la chrétienté qui vacillerait!

Ni experts, ni scientifiques ni commentateurs n'en viennent cependant à douter de leur propre incongruïté. Car il n'est pas illégitime de se poser la question: quand bien même les documents seraient authentiques, cela menacerait-il la chrétienté? En d'autres termes, la chrétienté, deux mille ans de chrétienté, reposeraient-ils seulement sur des faits historiques que des expertises et des recherches pourraient remettre en cause à l'aide de pièces archéaologiques?

Définir la consistance d'une religion en terme de preuves révèle peut-être une profonde méconnaissance de ce qu'est le fait religieux et, pourquoi pas, une certaine arrogance. Dans le Christianisme, il n'est écrit nulle part que le Christ soit resuscité. Il est écrit en revanche (cf les évangiles, canoniques et apocryphes) que des témoins se sont approchés du tombeau qu'ils ont trouvé vide, la pierre déplacée. Les évangélistes en ont conclu que les témoins ont cru et, à ce point précis du texte, nous quittons le récit historique pour entrer dans celui de la prière et de la foi.

Dans une religion, celle-ci est implicite, c'est peut-être d'elle dont il est le moins question, au détriment des articles de foi, lesquels servent à définir des hiérarchies, des territoires de pouvoir temporel. Une religion a besoin de théologiens peut-être et plus encore que de mystiques (lesquels ont la vertu et le défaut de faire des expériences ineffables, impropres aux articles de foi).

Une religion ne dépérit nullement parce que des scientifiques ont mis à jour des éléments historiques qui entrent en contradiction avec ses articles de foi. La foi chrétienne ne sera en rien ébranlée par les révélations d'un évangile apocryphe ou d'un fragment copte. Une religion en revanche entre en déclin lorsque ses fidèles se croient suffisamment éclairés pour se dispenser de croire!   

 

 

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10 mai 2017

Autoproclamés souverains

 

babel

Une société d'hommes autoproclamés souverains n'est plus une société mais une population d'individus soucieux de leur bien-être et de leurs intérêts particuliers. Les inégalités (naturelles), dont il ne serait pas venu à l'idée de leurs aïeux de demander des comptes au Seigneur, ces inégalités sont désormais portées en place publique, sur l'agora, pour exiger réparation de la communauté des hommes. Ainsi sont nés les droits des minorités et, plus Dieu s'éloigne, plus les minorités revendiquent avec force. Le tissu social perd sa cohésion et sa texture, il finit par ressembler à un patchwotk dont le stade ultime est ce monde qui a entrepris la construction de la Tour de Babel. Péché d'hybris que les Dieux ont puni de Némésis: la construction s'arrête car les hommes en ont perdu le sens. La Tour est l'illusion de la reconquête du sens perdu. Les Tours de Babel contemporaines s'appellent recherche génétique, numérique, hybridation, intelligence artificielle, robotique  ... 

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06 mai 2017

D'après August Macke

Né le 3 janvier 1887, en Rhénanie du Nord, August Macke fréquente l'Ecole des Beaux-Arts de Düsseldorf avant de découvir l'impressionnisme français et plus particulièrement Cézanne. En 1911, son itinéraire artistique s'infléchit au contact des expressionistes du Blau Reiter, notamment Kandinski et Franz Marc. Il participe du reste à une exposition à Munich en 1912, mais finit par prendre ses distances. Il déménage en Suisse et effectue, avec le peintre Paul Klee, un voyage en Tunisie où il réalise d'innombrables aquarelles.(dont sont inspirées les interprétations ci-dessous)

Il est mobilisé en août 1914 et tué sur le champ de bataille, en Champagne, le 26 septembre 1914, à l'âge de 27 ans.

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macke2

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05 mai 2017

CHRISTA WOLF: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud (Ville des Anges)

 

christa_wolf

"TOMBER DES NUES, ce fut l'expression qui me vint à l'esprit lorsque j'ai atterri à L.A.", ainsi débute le livre Ville des Anges (en allemand: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud) paru en 2010 aux éditions Suhrkamp, Berlin, sous la plume de la romancière allemande Christa WOLF. Au fonctionnaire des douanes qui, dubitatif, examine son passeport, elle répond: "Yes, East Germany!" Nous sommes au début des années 90, le Mur de Berlin est tombé, l'ancienne RDA d'où la romancière est originaire est réunie à l'autre Allemagne. "Are you sure this country does exist?", insiste le fonctionnaire, et la romancière de répondre: "Yes, I am", "même si le réponse correcte eût été no, et moi, pendant la longue attente de mes bagages, je ne pus m'empêcher de me demander si cela valait vraiment la peine de me rendre aux Etats-Unis avec ce passeport encore valide d'un pays qui n'existait plus, à seule fin de déconcerter un jeune fonctionnaire des douanes aux cheveux roux."

Que vient faire à L.A la romancière allemande? Au fil des pages, le lecteur apprend qu'elle a bénéficié d'une bourse de recherche et le livre se présente en quelque sorte comme le journal de bord des rencontres qu'elle y fait, notamment au sein de la diaspora allemande. Il est question aussi des échanges épistolaires avec une mystérieuse L. émigrée aux Etats-Unis, à une époque où le destin des deux Allemagnes était scellé. "Qu'aurait donc été la vraie vie dans la bonne si, à la fin de la guerre, nous étions encore parvenus, avec notre convoi de réfugiés, à franchir l'Elbe, vers laquelle nous nous dirigions avec les dernières forces de nos chevaux de trait? Est-ce que, dans d'autres conditions, les vraies, je serai devenue quelqu'un d'autre? Plus intelligente, meilleure, sans culpabilité? Mais pourquoi ne puis-je toujours pas vouloir souhaiter échanger ma vie contre cette autre, plus facile meilleure?", n'a de cesse de s'interroger la narratrice qui tente de faire le bilan de ces années de plomb. "Tu serais continuellement et impitoyablement questionnée sur ce qu'avait bien pu représenter ce pays déglingué pour qu'on verse une seule larme sur lui. A part des machines bonnes pour la casse et des rapports d'espions, que pouvait-il donc apporter à la grande, riche et libre Allemagne?" , tout en gardant à l'ex-RDA une fidélité de coeur: "A un moment donné, cette phrase a pris forme: Nous avons aimé ce pays. une phrase impossible, qui n'eût mérité que railleries si tu l'avais prononcée."

Peu à peu cependant émerge la raison de ce long séjour californien qui, en dépit des apparences n'a nullement pour objet de produire une chronique américaine. Peu après le TOURNANT (die Wendung?), la chute du Mur de Berlin et la réunification, apparaît toute l'ampleur de la pieuvre STASI. Rappelons-nous, la STASI, service de renseignement et de police de l'état dont nul ne connaissait les ramifications. La STASI possédait un dossier sur chaque citoyen de l'Allemagne de l'Est. Chacun tenait, chacun était tenu par la barbichette, tous à la merci des fonctionnaires de l'état et des petits services qu'il avaient à leur demander. Tous les petits travers des uns et des autres étaient soigneusement notés et exploités (addictions au jeu, à la drogue, au luxe, à la luxure ...) Chacun était devenu l'espion de son voisin, de son cousin, de son conjoint. Mais le TOURNANT a subitement mis en lumière toute cette activité souterraine. Les dossiers de la STASI sont mis à la disposition des citoyens, un décret permet à chacun de consulter les monceaux de documents dilatoires accumulés sur son compte. Christa Wolf prend connaissance de ceux qui la concernent et sans doute, prend-elle alors conscience de quelque chose. "Je me suis trompée en pensant que l'état où je vivais, la RDA, en dépit de ses défauts manifestes, que j'observais intensément et que j'éprouvais personnellement, était réformable et pourrait durer", confie-t-elle au cour d'une interview accordée au Nouvel Observateur en 2006.

Elle évoque les documents et les secrets que chacun s'efforçait de dissimuler le plus longtemps possible, "tous ces petits paquets qui étaient cachés pendant des années dans un coffre, ..., des sacs de voyage remplis de ... manuscrits, de journaux intimes qui ne devaient pas tomber entre leurs mains, et quand ces petits paquets reposaient là dans leur cachette bien précaire, c'était le signe que tu pensais ne courir aucun risque". Espoir bien fragile car, à la moindre alerte, "Il fallait déménager les documents, ... des amis devaient être prêts à les accueillir chez eux sans poser de questions sur leur contenu, ... et l'on se trouvait dans l'obligation de convenir de mots de codes que l'on prononcerait au téléphone au cas où, et qui devaient déclencher des actions de sauvegarde."

Les certitudes d'une vie sont ébranlées et, comme une prémisse annonciatrice, Christa Wolf est terrassée par une crise cardiaque 4 jours avant la chute du mur, elle se trouve alors sur Alexanderplatz, dans une manifestation pacifique à propos de laquelle, dans la même interview, elle racontera que "de jeunes officiers de l'Armée populaire ... avaient collecté les munitions de leurs soldats quand les gens ont convergé en masse vers le Mur, là où ils étaient de service: pour que rien n'arrive." Car le Mur s'effondre et la boîte de Pandore s'ouvre, la fonctionnaire qui donne accès aux archives de la Stasi révèle aussi les comptes rendus ... faits par Christa Wolf elle-même sur le compte de tiers de sa connaissance, trente ans plus tôt, une activité que sa mémoire avait occultée. Ils sont rendus publics et la romancière en est éclaboussée, controversée, poussée par ses amis à prendre un peu de recul. Christa Wolf qui pourtant avait pris ses distances dès 76 avec le régime de la RDA apparaît en complice de la chape de plomb qu'elle a dénoncée.

"TOMBER DES NUES", dit-elle en incipit, et sans doute tombe-t-elle des nues à tous les sens du terme. Ville des Anges est présenté comme un roman, il est en réalité le journal, le diary, d'une romancière qui tente de remettre un peu d'ordre dans sa vie et ses représentations du monde, chahutées et mises à mal, et qui n'y parvient pas vraiment. L'invocation de l'overcoat of Dr Freud fonctionne comme un paratonnerre mal raccordé ou comme une peau de chagrin. Au cours de son séjour californien, elle invoque de célèbres exilés, Thomas Mann et Bertholt Brecht notamment, elle croise d'innombrables personnages, exilés ou descendants d'exilés ayant fui le nazisme sans que jamais pourtant les anecdotes qui fourmillent à leur propos ne se tissent en récit. A Los Angeles, Christa Wolf n'est pas disponible, tels un Jim Harrison ou un Richard Ford, elle est hantée par les décombres de sa foi en un pays (l'ex-RDA) qu'elle avait vu comme absolution de l'Allemagne hitlérienne et espoir d'un monde meilleur. "C'est seulement lorsqu'une vieille camarade, juive, qui avait longtemps vécu en émigration, vous a reproché d'une voix tremblante ... de vouloir à nouveau des camps de concentration, que vous vous êtes tus, il n'y avait rien à dire, et tu as compris que l'affaire était désespérée."

Christa Wolf n'en est pas moins une plume somptueuse et le livre regorge de pages lumineuses. La citation qui suit est à la fois révélatrice des réflexions de la romancière sur l'art du récit et, sans peut-être qu'elle s'en soit rendue compte, de la Némésis (à propos de l'épisode de la collaboration) à laquelle elle a consenti et sans laquelle son oeuvre n'aurait pas vu le jour de la même façon. "Il y a plusieurs fils de la mémoire. La mémoire du sentiment est la plus durable et la plus fiable. Pourquoi en est-il ainsi? En a-t-on un besoin particulièrement pressant pour survivre?  Dans l'envie de raconter il y certainement aussi celle de détruire, qui me rappelle l'envie de détruire en physique, à propos de laquelle j'ai lu un article dans la presse sous le titre Téléportage pour non-débutants. Des chercheurs en physique quantique sont donc parvenus à ce que les atomes séparés par une grande distance se chuchotent quelque chose, transposent l'état originel d'interférence de l'atome A à l'atome B, quoi que cela puisse signifier. Mais ce qui me fascine le plus, c'est d'apprendre que le physicien, en effectuant la mesure, détruit l'état originel. Cela soulage presque ma conscience car le narrateur, lui aussi, détruit inévitablement un état originel en se contentant d'observer les êtres humains et en transposant sur le papier insensible ce qui semble se dérouler entre eux. Mais cette envie de détruire, me dis-je, est contrebalancée par l'envie de créer, qui fait surgir du néant de nouveaux personnages, de nouvelles relations. Et ce qui précédait a été effacé."

Je n'en reste pas moins un inconditionnel de titres tels "August", "Kassandra", "Ce qui reste" ou encore, "Un jour dans l'année, 1960-2000" pour ne pas nourrir la même attente vis à vis de "Ville des Anges". Je referme cependant le livre avec un sentiment d'inachèvement.

 

 

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26 avril 2017

Le 23 avril 2017, le navire France a heurté un iceberg

 

 

 

titanic

Mais il n'en sait rien encore. Emmanuel Macron fête son excellent score à la Rotonde et croit en sa victoire. Il affrontera une Marine Le Pen à laquelle le fameux front républicain fera barrage ainsi que le répètent à l'envi journalistes et commentateurs, lesquels voient en elle le seul danger menaçant la République. Avec 20% des voix, l'intrépide et obstiné François Fillon est éliminé de la compétition. Les affaires et les costumes ont révélé une contradiction entre ses attitudes et la vertu républicaine dont il avait fait argument électoral. Il en a été privé des quelques pourcents fatals et a privé son camp d'une victoire que le désastre du quinquennat Hollande donnait pour acquise. Il faut croire que les fins stratèges de l'entourage de l'actuel président savaient où porter la calomnie.

Cependant, et quand bien même François Fillon eût accédé au second tour, le fait remarquable de cette élection me semble être le score particulièrement élevé des candidats dits d'extrême gauche. Madame et messieurs Artaud, Mélenchon, Poutou et Hamon totalisent quelques 28% des suffrages d'une élection où l'absention a été modérée. Pour qui veut bien se souvenir, il s'agit là du score du parti communiste à l'issue de la seconde guerre mondiale. Les lignes communiste et socialiste, brouillées par le Programme Commun de 1981 sont à nouveau distinctes. Le quinquennat de François Hollande aura rendu aux frondeurs et à ses anciens soutiens les marges de manoeuvres qu'ils avaient sacrifiées sur l'autel du pragmatisme mitterrandien.

Il convient du reste de ne pas se contenter de l'étiquette quelque peu flatteuse d'extrême gauche, laquelle est parée de toutes les vertus du progrès et de l'humain d'abord. A la question de savoir quels remèdes apporter au chômage et aux maux qui affectent le navire France, Mélenchon en tête, avec sa verve tribunicienne, recommande avant tout le renforcement de l'Etat-Providence et l'augmentation de la dépense publique. Le quatuor reste en général plus évasif sur les recettes correspondantes. On verra, dit-il, l'emploi public non marchand ayant à ses yeux les mêmes vertus que l'emploi marchand productif. Athée (de façon sélective), progressiste, internationaliste et interventionniste, le quatuor retrouve les accents d'un néo-marxiste qui ne dit pas son nom et omet soigneusement de mentionner les goulags et autres procès de Prague qui  ont toujours accompagné les expériences collectivistes. A croire que les gens n'apprennent rien de l'histoire!

Le navire France quant à lui navigue dans les eaux de la concurrence internationale la plus rude, parmi une flotille européenne soumise à bien des aléas et des tiraillements, sous le commendemant d'une Allemagne qui donne le la et le cap. Or la concurrence implique une obligation de compétitivité. Pour le navire France, cela signifie des réformes courageuses, notamment la libération de l'esprit d'entreprise et la réduction significative des dépenses publiques. Il est à remarquer à cet égard que, non seulement le seul candidat porteur de ces réformes est éliminé au premier tour, mais de surcroît les forces qui s'opposent (vigoureusement) à toute réforme représentent quelques 28% du corps électoral, sans compter celles qui ont rejoint les lignes frontistes.

Face à la crise et au chômage, l'Allemagne - la luthérienne et industrieuse Allemagne de Schröder - s'est imposée des réformes courageuses qui l'ont hissée en tête de la flottille européenne, mais la France - sans-culottes et sans vergogne - oppose un refus catégorique et ne cesse de monter sur la barricade. Les lignes n'ont pas beaucoup bougé depuis soixante dix ans, à croire qu'il faille une conflagration pour que les esprits acceptent les remises en question. Et ce raidissement est sans doute ce que cette élection a révélé de plus inquiétant. Le navire France n'est pas prêt pour changer de voilure, il veut garder sa vieille machinerie et navigue à vue en un océan parcouru de requins aux stratégies à long terme.

Il ne sait pas encore que l'eau s'engouffre par vagues entières par la brèche ouverte dans sa coque fragile et que l'inclinaison de la ligne d'horizon ne procède nullement d'une illusion d'optique mais de la gîte de son bastingage.

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19 avril 2017

Aporie des Lumières

 

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Les Lumières ont voulu nous convaincre que la connaissance progresse au rythme d'une lanterne qui, en s'élevant, ne cesserait d'augmenter son cone de lumière. Mais nous sommes quelques uns désormais à savoir que l'obscurité progresse plus vite encore. L'inconnu s'étend plus vite que le connu et pour une chose que nous croyons arracher à l'obscurité, neuf autres lui resteront définitivement acquises. Il susbiste, dans les zones dites éclairées, de vastes zones d'obscurité de même que la voute céleste offre à nos téléscopes de vastes espaces intergalactiques mais nous en dissimule de plus considérables encore. Les trous noirs, à jamais impénétrables, constituent l'essentiel de l'univers. Il en va de même pour la connaissance. "Croyez, l'intelligence suivra!" s'exclamait St-Augustin, lequel n'avait nul besoin de lunette astronomique.

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18 avril 2017

Hic et nunc!

 

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Ici et maintenant! Ou encore, carpe diem! Est-ce vraiment ainsi que se présente le sommet de notre accomplissement? Parfois je traverse le jardin sous l'oeil attentif de mon chat. Il m'observe comme s'il ne m'avait jamais vu. Aucun de mes mouvements ne lui échappe. Toutes les fibres de son être sont concentrées sur cette unique chose, ma silhouette traversant le jardin. Quelques instants plus tard, il consacrera la même attention à un merle venu sautiller non loin de lui et m'oubliera. Est-il possible d'être plus intensément dans la présence, in der Anwesenheit, qu'un chat? Mais nous ne sommes pas des chats. Notre présence au monde n'abolit jamais notre pensée et la conscience de notre continuité, même si, parfois, nous avons quelque bénéfice à retrouver la qualité de présence au monde d'un chat. 

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24 mars 2017

Dieu est un trou noir

 

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Que sait-on exactement de Dieu? Que croit-on savoir ou ignorer en ce qui le concerne? A force d'absence de preuves, les uns capitulent, ils versent dans l'athéisme et les expériences progressistes. D'autres, hélas en plus petit nombre, continuent de croire au fur et à mesure qu'ils avancent sur un chemin personnel qui échappe à tout compte-rendu rationnel,  a fortiori aux reportings statistiques. De grands mystiques tels Blaise Pascal ou Jean de la Croix évoquent une violente expérience, une transfiguration qui laisse penser à la fascination qu'exercent les trous noirs célestes. Ceux-ci sont infiniment denses. On les croit dépourvus de matière mais ils en regorgent et ils ont la propriété d'absorber toute lumière qui s'en approche. Ils sont invisibles. Leur existence n'est révélée que par les distorsions alentours. De surcroît, rien ni personne ne s'en échappe.

Et si Dieu fonctionnait à la manière d'un trou noir céleste? On peut vivre une vie entière en ignorant que la voûte céleste regorge de trous noirs. On peut vivre sans Dieu. On peut s'accommoder de vivre sans Dieu. S'en approcher, en revanche, expose à la brûlure, à la dissolution, à l'anéantissement. Par ailleurs, cette vision infirme la théorie rationnelle qui veut que la connaissance progresse à la manière d'un cone de lumière qui ne cesserait de s'élargir. Il y a un lieu dans le ciel hors de portée de notre connaissance. Dieu reste ontologiquement impénétrable à notre intellect et le mot Dieu n'est que le condensé de notre ignorance. Unbegreiflich, unbegreifbar, dirait-on en allemand!

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10 mars 2017

Topologie d'une élection à haut risque

 

421

Cinq principaux candidats pour le premier tour, deux seulement pour le second et comment lire l'offre électorale? La dichotomie droite-gauche convient-elle encore? L'émergeance d'un centre de synthèse répond-il à un réel déplacement des forces politiques ou s'agit-il d'un artefact destiné à égarer le discernement? Cette élection est atypique à plus d'un titre, notamment par les leurres et faux-fuyants qu'elle fait apparaître. Comment se déterminer sans jouer au "421"?

Et tout d'abord quels sont les défis auxquels la France est confrontée? Ils sont de deux sortes à notre sens. La place de notre pays dans le leadership européen et sa compétitivité, d'une part. Sa propre perception en tant que nation et peuple d'autre part.

Le leadersheap européen suppose une France respectueuse de ses engagements (Maastricht), soucieuse de ses équilibres budgétaires et du recul de sa dette. Ce renouveau économique passe notamment par la compétitivité de son économie et de ses entreprises dans un monde globalisé et concurrentiel et, corollaire, la réduction des dépenses publiques. D'autres cependant n'estiment pas cela prioritaire et envisagent des mesures de protection qui restreignent la liberté d'entreprendre. D'autres encore envisagent de se retirer purement et simplement du projet européen.

Disons des premiers qu'ils sont libéraux (au sens de Tocqueville) et des seconds qu'ils sont dirigistes (ainsi qu'ont pu l'être les planificateurs bolchéviques).    

Quant à la question de la nation et du peuple, les uns pensent que la question appartient au passé et les autres qu'il ne saurait y avoir d'avenir sans passé, c'est-à dire sans restauration de l'idée de peuple et de nation. Appelons progressistes les premiers (en ce qu'ils sont disposés à toutes les expérimentations sociétales) et conservateurs les seconds (en ce qu'ils restent attachés aux structures séculaires, école, famille, état, corps intermédiaires, histoire, religions ...). Les progressistes disent, ouvrons les frontières on verra après. Les conservateurs ne sont pas opposés à l'ouverture des frontières mais disent, réfléchissons. Ces derniers du reste abordent la menace islamiste non comme un trouble à l'ordre public mais comme un danger pour la cohésion de la nation et du peuple. Disons encore que les progressistes n'hésitent pas à changer les choses sans se soucier des conséquences, alors que les conservateurs ne changent les choses qu'après examen des conséquences possibles, ce qui fait qu'ils les changent rarement. Les progressistes traitent alors les conservateurs de réactionnaires et ils ont parfois raison, tandis que les conservateurs traitent les progressistes d'utopistes, ce qu'ils sont bien souvent.

La position des cinq candidats sur une échelle allant de la gauche vers la droite en passant par un centre hypothétique est-elle encore pertinente? Nous observons que les camps, de droite et de gauche, sont eux-mêmes soumis à des forces antagonistes qui les divisent. Ainsi trouvons-nous des progressistes-dirigistes, des progressistes-libéraux des conservateurs-dirigistes et des conservateurs-libéraux.

Comment dès lors se répartissent les uns et les autres sur cette grille à 4 positions?

JLM et Benoît Hamon sont à l'évidence progressistes et dirigistes. La lutte contre les discriminations restent leur vecteur sociétal et l'un et l'autre nourrissent des projets qui induisent un sucroît de dépenses publiques dont les recettes correspondantes restent floues. Etat-providence, droit des minorités et contrôle accru sur les entreprises. Le redressement promis reste cependant très incantatoire!

E Macron formule un programme économique plutôt libéral. Il entend respecter la parole européenne et oeuvrer dans le sens du redressement des finances publiques. Cependant ses prises de position sur la culture et le colonialisme le situent d'emblée parmi les progressistes pour qui: "il n'y a pas de culture française à proprement dite mais de la culture en France", et "le colonialisme est un crime contre l'humanité!". Le globalisme, l'ubérisation et la repentance d'E Macron laissent craindre le pire pour l'idée même de peuple et de nation.  En ralliant Macron, Bayrou quant à lui se positionne en progressiste ce qu'il n'est pas. 

MLP ne cède pas à cette sirène en ce qu'elle porte un discours très "France", trop sans doute. Elle aussi est conservatrice. En économie en revanche elle se montre anti-européenne et isolationniste. Elle n'envisage pas la mondialisation  comme un challenge mais comme un danger contre lequel il faut dresser un mur.  A l'évidence elle est dirigiste et à plus d'un titre rejoint JLM dans ses options.

Quant aux consevateurs libéraux, il leur reste François Fillon.

Seulement François Fillon.