blog de roland goeller

12 août 2018

Bonjour facteur !

 

facteurLe cadre de vélo reste jaune, mais tous les accessoires respirent désormais la modernité fonctionnelle et clinquante : rétroviseurs, stabilisateurs, batterie d'alimentation de la propulsion électrique. Combien doit peser cet engin entre les mains du facteur, lesté de plusieurs sacoches règlementaires de courriers et petits colis ? Le facteur le hisse avec peine sur le trottoir dépourvu de bateau à quai, il pourra ainsi longer les boîtes aux lettres sans devoir mettre pied à terre. Et que d'archaïsme dans le geste de soulever les rabats ou d'appuyer sur les volets pour glisser les lettres dans la fente. Les grandes enveloppes n'y entrent que pliées en deux et, malgré cela, elles se déchirent aux bords. Les technocrates qui optimisent les systèmes de distribution postale s'arrachent les cheveux à l'examen des ratios et des coûts unitaires. Combien de temps devra-t-on encore envoyer à travers les villes ces cohortes de facteurs cyclopédiques qui cheminent tels des escargots aux boussoles instables ? Sans parler des zones rurales où les coûts explosent ! A l'heure de la messagerie virtuelle et des boîtes aux lettres électroniques, cette façon de faire est d'un autre temps, celui des dynosaures. La réalité du facteur reste à la lisière des bureaux paysagers où prospèrent notes de service, powerpoints foliculaires et reportings accélérés, sous l'œil aspetisé de techniciens armés de patience à durée limitée et de procédures mises en qualité. Ces derniers manipulent des leviers dont ils ne voient pas les aboutissants et s'étonnent que, parfois, les individus accrochés à leurs extrémités manifestent quelques mouvements d'humeur. « Bonjour facteur ! » dit une octogénaire chenue qui a guetté son passage. Elle prend la carte postale qu'il lui remet. « Il n'y a que cela aujourd'hui – C'est déjà beaucoup », songe-t-elle. La carte vient de Bangkok et représente un de ces temples khmers à la dentelle de pierre. Elle a passé de main en main, de rikshaw en soute d'aéronef, de trieuse en sacoche. Elle est affranchie avec un timbre extravagant qui vaut à peine deux euros, mais l'octogénaire la hume. Elle la tourne et la retourne comme si, au-delà des quelques mots griffonés dessus, la carte avait d'invraisemblables secrets à livrer. « Mes petits-enfants ! », dit-elle, la prunelle soudain remplie d'une lumière qui mourra avec la lenteur d'une braise tenace. Le facteur la salue d'un geste de la main, demain peut-être n'en aura-t-il plus l'autorisation.

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10 août 2018

Découper l'ail

 

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Les tiges sont tressées trois par trois, suspendues en hauteur, en un endroit sec, les bulbes en bas. Quelques mois plus tard, les tiges se fanent, les principes se concentrent dans les bulbes dont les enveloppes se dessèchent elles aussi. Les peaux se détachent d'une simple pression des doigts. La dernière résiste un peu plus longtemps, elle ne cède qu'à l'insistance d'un petit couteau effilé qui aura servi, au préalable, à l'ablation des tiges. Les gousses émergent dans leur blancheur acide telles des fèves où la moindre entaille libère d'entêtantes odeurs captives. Il y avait un point d'honneur à dégager les gousses de leurs gaines de peaux sans les meurtrir. L'entaille ne vient qu'au dernier instant afin de garder à l'allicine toute sa fraîcheur. Ma mère tenait les gousses entre trois doigts de la main gauche et s'appliquait, de l'autre, à pratiquer de haut en bas des entailles parallèles, en deux séries perpendiculaires. Les dernières entailles étaient souvent aléatoires, mais lorsque tout s'ajustait, patience, acuité du regard, dextérité, inclinaison du couteau, pression des doigts, la lame sectionnait les lamelles telle une faulx des épis de blés et la gousse tombait en une pluie de minuscules dés collés les uns aux autres. L'allicine ruisselait et déposait sur les doigts une odeur tenace. Je regardais ma mère découper les gouses au-dessus des salades ou des rôtis, fasciné par l'inimitable mouvement de doigts. Comment faisait-elle ? Je renonçais à comprendre, je la regardais réduire les gousses sans même y penser, parfois en gardant les yeux sur autre chose. Adulte à mon tour, je me mis à découper l'ail comme faisait ma mère et comme elle fait toujours. Mon savoir-faire, très imparfait à l'origine, s'est amélioré avec le temps. Désormais, je regarde moi aussi ailleurs, tandis que tombent les petits dés et que l'allicine se répand. Je ne découpe l'ail qu'ainsi. D'autres se servent de hachoirs semi-circulaires qu'ils font osciller sur une planche en bois. D'autres encore introduisent les gousses dans des hachoirs électriques d'où ils ressortent en bouillie souvent mélangée à du persil. Je ne saurais m'y résoudre, ce serait trahir ma mère, ma grand-mère, la mère de ma grand-mère et ainsi de suite. L'accomplissement de ce petit rituel, bien plus qu'une prière ou une offrande, vaut comme un hommage secret.

 

 

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09 août 2018

Cultiver son jardin

 

 

jardin

Le vieil homme sort aux premières heures à cause de la canicule, la tête en toutes circonstances coiffé d'un chapeau de paille dont le ruban noir cache mal les auréoles laissées par des années de sueur. Portes et fenêtres sont grandes ouvertes pour laisser entrer la fraîcheur de matin. Elles seront refermées à dix heures passées, la maison gardera jusqu'au soir le souvenir de la fraîcheur nocturne, du moins au côté nord. L'homme trimbale son arrosoir le long des massifs de lauriers et d'un carré où poussent quelques pieds de tomates et de courges. La ligne de haricots donnera peu, les pieds ont souffert de la chaleur. Le récupérateur d'eau de pluie est presque vide, il faudra prélever sur le réseau désormais. L'immeuble en face se monte à la vitesse d'une fusée. A peine la dalle a-t-elle eu le temps de sécher quarante-huit heures et déjà une cohorte de maçons, éjectés d'une camionnette à l'immatriculation bizarre, s'active à monter les murs. Trois étages, se dit l'homme, cela aurait pu être pire, quelques fenêtres auront vue sur son jardin, il s'est fait à l'idée. Par deux fois déjà, des promoteurs sont venus sonner à sa porte, les modifications du PLU ont aiguisé les apétits. Les montants proposés n'avaient rien de dérisoire, mais il a décliné, que ferait-il d'un pactole ? A son âge !
Partout dans le quartier s'érigent des immeubles, des résidences, des logements pour primo-accédants et d'autres, sociaux, répartis sur les parcelles selon des critères de planche à dessin. Des quadrilatères végétalisés se déployent entre les bâtiments, tels des pièces de puzzle faites pour remplir les creux. Qui en assure l'entretien ? Des prestataires en jardinerie urbaine mandatés par le syndic de copropriété. Les ouvriers, rarement les mêmes, viennent en escouade, armés de tailles-haies, de sécateurs et de remorques pour déchets végétaux. Entre deux interventions cependant, nul ne se baisse pour ramasser la mauvaise herbe, le sachet plastique négligeamment jeté, la seringue ou le préservatif usagé. Les quadrilatères végétaux n'appartiennent à personne. Personne n'en est responsable, n'en prend soin. Les habitants se réfugient dans leurs appartements et apportent aux jardinières déployés sur le balcon les soins attentifs dont ils privent les espaces communs. Puis ils allument la télévision qui leur montre combien sont belles les contrées rurales ou balnéaires que les bataillons de propriétaires-jardiniers entretiennent et embellissent. La télévision entretient l'illusion d'un ailleurs, exotique, à portée de voiture et de congés payés, pour rendre supportable un ici et maintenant, métropolitain, mutualisé, organisé en système de consommation de nourriture, d'octets, de bière, de publicité et de clips, de kWh et de climatisation, de services publics, de culture et de sexe. Comment ne pas rêver d'ailleur(s) lorsque nul carré de terre ne vous appartient.
La télévision tourne aussi dans la maison du vieil homme mais jamais il ne s'assied devant elle. C'est pour avoir de la compagnie, dit-il. Sa femme est décédée l'an passé et les enfants travaillent dans d'autres métropoles, ils élèvent leurs propres enfants et n'ont plus guère de temps pour lui. Le vieil homme est né dans un monde où il n'y avait ni Smartphone, ni télé, ni voiture, ni frigo et où on faisait ses besoins dans des gogues au fond du jardin. Le lait quotidien provenait de chez le fermier voisin, encore chaud de la traite, transporté en un récipient en fer-blanc, nul emballage ne remplissait la poubelle et les discours des écologistes. Le monde était petit alors, de la dimension d'un cercle dont le rayon correspondait à la distance d'une journée de vélo. Il s'est considérablement agrandi depuis. Le tusnami de Fukushima a été vécu en direct comme si c'était à côté. Le vieil homme a vérifié sur une carte. Fukushima, c'est à l'autre bout du monde, et la vague n'est pas prête de venir dans son jardin. Vieil égoïste, entend-il parfois. Il laisse dire. Lorsque nul carré de terre ne l'enracine, l'âme flotte en apesanteur et s'attache aux premières rumeurs qui l'assaillent. Il se passe toujours quelque chose sur cette bonne vieille planète et le direct permet aux âmes de se porter partout, sauf là où elles devraient être. Elles pestent en trébuchant sur les poubelles que des voisins indélicats ont eu la flemme de porter au conteneur et se dépêchent de mettre les infos. La télévision leur offre une succession de feuilletons qui alimentent les conversations du lendemain, malheur à ceux qui ne sont pas à jour. Le vieil homme n'écoute que d'une oreille distraite, il profite de la fraîcheur du soir pour traiter le pommier avec une eau de savon noir. Par deux fois aujourd'hui, il fut sollicité par des installateurs de climatisation. Il tente d'objecter mais le vendeur ne lui en laisse pas le temps et il finit par raccrocher. Quel besoin de climatiseur ! Il cherche refuge sous ses arbres dont l'épais épais donne une ombre fraîche. Le climatiseur, c'est bon pour les immeubles qui ont chassé les arbres. Et pour les EHPAD ! Bientôt viendra son tour, il le sait, il a fait une liste des choses qu'il aimerait emporter, peut-être pourra-t-il installer dans sa chambre une petite jardinière avec des aromatiques. Mais qui s'occupera du jardin ?

 

 

 

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08 août 2018

Germanophone

Le fait qu'en Alsace il se trouve de moins en moins de locuteurs germanophones (dont une partie trouverait à s'employer dans le Baden-Württemberg voisin) est un dégât collatéral parfaitement assumé par l'Etat jacobin. 

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26 juillet 2018

Hôte des Nocturnes Littéraires en Morbihan

 

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Dans le parc du château et à la librairie Ste-Hortense, à Rochefort-en-Terre... 

Le Département du Morbihan et la Ville de Rochefort-en-Terre vous proposent, avec le concours de la Librairie Sainte-Hortense : les Nocturnes Littéraires. Pour la première fois à Rochefort-en-Terre, une cinquantaine d’auteurs viendront dédicacer leurs œuvres et échanger avec leurs lecteurs.Parmi les auteurs présents : Richard BOHRINGER, Nicolas REY, Jakuta ALIKAVAZOVIC, Serge JONCOUR, Akli TADJER, Marina DEDEYAN, Bernard RIO, Roland GOELLER, Inès de KERTANGUY, Jean-Paul DIDIERLAURENT, Gilles LAPORTE, Ian MANOOK, Clotilde BERNOS, CALOUAN, Emmanuelle COSSO, Sophie (de) BAERE, Nathalie (de) BROC… et beaucoup d’autres ! Dès 16 h à la librairie Sainte-Hortense, et à partir de 17 h dans le parc du Château.

J'y présenterai mon dernier livre :

PUIS-JE M'ASSEOIR A COTE DE VOUS ? 

Editions Les Terres du Couchant

 

https://www.sortir-en-bretagne.fr/122800/rochefort-en-terre/nocturnes-litteraires.html

 

nocturnes+littéraires+rochefort-en-terre+2018


De multiples chemins dépourvus de perspective

imbroglio

La pulsation remplace l'intensité, laquelle est synonyme de constance, de fidélité, de persévérance. La pulsation va si bien avec les nouvelles technologies. Les mains qui savaient tailler la pierre, calligraphier les phrases, caresser les courbes ou encore pincer des cordes de guitare, se consolent de la péremption de leurs talents par la frénésie des index en appui sur des souris ou des curseurs sur des tables de mixage. Passer, en un clic, du droit civil à la botanique en passant par des recettes de cuisine exotique... n'est-ce pas proprement tentant ? Et la vie lentement prend le rythme de l'éphémère et du renouvelable, consultant un jour, apiculteur ou éleveur de chèvres le lendemain en passant comme il se doit par développeur en start-up. Jour après jour, de multiples chemins s'ouvrent et proposent leur tentation mais nulle n'offre assez de temps pour acquérir la connaissance qu'a le laboureur de la terre, laquelle dit quand semer, quand herser, comment interpréter le vol des corbeaux et les couleurs du soir annonciateurs des premières gelées. De multiples chemins s'ouvrent et les applications téléchargeables se proposent de nous assister dans nos incompétences. Connaître un monde, un territoire, un domaine, un champ, comme cela paraît étriqué désormais. ll faut connaître tous les mondes, tous les territoires, tous les domaines, tous les champs. Je est un autre, perpétuellement. Qu'il ne subsiste rien à quoi nous n'ayons touché, que nous n'ayons effleuré, et à quoi nous nous promettions de revenir, plus tard, quand nous en aurons le temps...

 

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21 juillet 2018

Le retour des vainqueurs de la Coupe du Monde

foot

La minette s'est ébrouée de très bonne heure, elle grimpe alors sur le rebord de la fenêtre que je laisse entrebaîllée. Elle reste assise jusqu'à mon lever, à pivoter la tête de droite et de gauche, lorsque passe une voiture, un cycliste ou un piéton. Parfois, je parviens à me lever sans bruit et je reste alors à l'observer, perchée trois étages au-dessus de la rue, à l'extrême bord, impassible, comme si l'âme des chats était d'une qualité plus aérienne, moins apesantie, que la nôtre. Ses oreilles frémissent, elle m'a entendue et se précipite vers la gamelle, furieuse à mon égard, je n'ai pas anticipé ses apétits. Tandis que les croquettes se rompent sous ses mandibules, je hasarde un oeil par la fenêtre, les trottoirs sont jonchés de détritus, quelques poubelles ont été renversées, les fêtes ne se terminent jamais sans que le domaine public n'en porte les stigmates. Les fêtards sont passés jusque vers quatre heures du matin, je ne dormais pas, ils étaient en groupes, avinés, et ils chantaient. Que chantaient-ils ? On a gagné, on a gagné... Ils beuglaient de leurs voix voilées par l'excès de cris. Combien étaient-ils ? Mes voisins, aussi, chantaient dans la cage d'escalier. Presque tous mes vosins. Les télévisions ronflaient pendant la diffusion de la rencontre et, de temps à autre, s'élevait une explosion de joie ponctuée de cris, comme un soulagement à une trop longue attente. Je n'avais pas besoin de demander dans quel sens évoluait le score. Je regardais moi aussi, d'un oeil distrait, il fallait bien que je regarde ce qui semblait d'une nécessité vitale pour tant de personnes. On a gagné !


A la télévision passaient en boucle des séquences de supporters qui proféraient la même chose, on a gagné. Des centaines de millers, des millions. Les Champs Elysées plus encombrés que le jour de la Libération, lorsque De Gaulle marchait en tête. Qu'ont-ils gagné ? Pendant quelques brèves heures, ils sont, ils ont été, ces quelques joueurs qui sont allés gagner là-bas, contre une équipe croate qui n'a pas démérité, nul ne le conteste, avec un score hypertrophié, comme si le fait de gagner ne se pouvait concevoir sans cette hypertrophie. Peut-être s'agissait-il d'un moment de grâce que les médias, même sans consigne, s'employaient à prolonger le plus longtemps possible. Quelle est la cruauté du manque dont souffrent tant d'hommes et de femmes pour s'accrocher avec autant d'énergie à ces quelques heures de grâce qu'ils savent, en leur for intérieur, éphémères et fabriquées de toute pièce ? A quel Ciel adressent-ils la prière tonitruante de leurs hurlements ? Mais le Ciel est vide d'un Dieu congédié et la prière ne charrie que vaine espérance.


Sur les réseaux sociaux circule la photo du président Macron dans les tribunes moscovites, succombant à une explosion de joie lors d'un but français, à côté de son homolgue croate moins emportée. Les traits de son visage portent les stigmates des supporters trop longtemps confinés dans l'attente et l'angoisse, tandis que ses vêtements lui donnent la semblance d'un golden-boy qui vient de toucher le jack-pot. L'homme qui a succédé à François Hollande, accusé d'excès de normalité et d'insuffisance d'onction pésidentielle, est pris à son tour la main dans le sac de la normalité, comme si lui aussi attendait ces instants de grâce et de communion pour minimiser deux semestres de morosité nationale. Les commentaires hésitent entre le blâme et l'empathie. Sans doute le jeune président, de l'âge des supporters qui exultent, a-t-il vécu toutes ces années de plomb avec la même consternation, depuis ce mois d'octobre au Bataclan, lorsque des individus fanatisés ont exécuté des innocents en prétendant livrer une guerre sainte, années de plomb que l'on feint de croire révolues avec des contrôles renforcés, des fichiers S et d'innombrables sentinelles déployées sur le pays. Et sans doute, en ce pays où les uns refusent tout amalgame tandis que les autres ne cessent de dénoncer l'entrisme religieux, la victoire de l'équipe nationale (le football est le dernier où le concept de nation est toléré), multiculturelle (comme raccourci de pensée pour éviter de parler d'origines...), résonne comme une preuve par l'absurde qui ouvre le champ des possibles : si ça marche dans le football, ça marche ailleurs aussi.


Sans doute convient-il de lire toute cette liesse institutionnelle et populaire à l'aune de ce profond désarroi dont le pays, pour ne pas avoir voulu le diagnostiquer dans les termes qui conviennent, n'est pas remis. Aussi est-il de la plus grande importance que l'effet se prolonge longtemps, même lorsque la cause aura cessé, même les joueurs revenus. L'événement est sanctifié, certains journalistes en appellent déjà aux livres d'histoire. Les joueurs font l'objet d'un triomphe sur les Champs-Elysées, un triomphe égal, mutatis mutandis, à celui d'un consul romain vainqueur des barbares. La légion d'honneur est généreusement décernée, à l'égal du colonnel Beltram, lequel avait fait don de sa vie pour sauver un otage. (Rendons justice au joueur Giroud qui proteste) Les joueurs sont reçus sur le perron de l'Elysée où ils entonent la Marseillaise, l'exploit est historique, il est le point d'orgue de ce début de quiquennat et le moment attendu de la renaissance. Il fallait que le péril soit bien grand pour qu'un événement sportif, au demeurant très ordinaire, soit autant exploité dans sa perspective symbolique et mythique.


La minette en a terminé avec ses croquettes et, repue, retourne à son poste d'observation. Elle reste placide face aux détritus qui jonchent la rue, elle n'en dira rien, elle ressemble en cela aux caméras de télévision qui évitent de filmer les trottoirs, les poubelles renversées, les voitures brûlées, les vitrines caillassées, les places jonchées de petits drapeaux tricolores one-shot. Ce ne sont que débordements anecdotiques qui ne doivent pas gâcher la fête parce que, on est les meilleurs, on a gagné, que jamais le rêve ne cesse...

 

 

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20 juillet 2018

Rendre l'âme !

Encore un abus de langage ! Rendre quelque chose, c'est supposer que cette chose nous appartienne et que nous mettons un terme à sa possession. Mais possédons-nous une âme ? Ou plutôt, sommes-nous propriétaires de cette âme que nous prétendons posséder ? Cette question bien sûr ne s'adresse ni à Faust ni aux démons. Possèdons-nous notre âme ou l'âme nous possède-t-elle ? Ainsi formulées, ces questions semblent insolubles, à moins qu'elles ne soient toutes les deux admissibles. Reste à définir ce qu'on entend par nous, ou je, ou moi. En première apparence, il s'agit de celui ou ceux qui posent les questions. La propriété de je, nous, ou moi, est de poser le genre de questions qui se rapportent à ce qui ne leur est pas circonscrit. L'âme est-elle à l'extérieur du je qu'elle englobe ? Dans ce cas, c'est l'âme qui restitue, rend le corps. L'âme rend le corps mais la formulation nous offense car il nous est impossible d'entrer dans le domaine où se situe cette chose qui restitue. C'est comme si l'âme agissait à distance en nous, hors de portée de nos mains et de notre raison. L'âme nous anime comme une ombre de lumière mais elle ne nous appartient pas. Aussi longtemps que le corps lui est attaché, nous nous en sortons avec nos je, nous, moi, mais après ? Dire en revanche que nous rendons l'âme, c'est comme faire preuve d'un peu de morgue envers Dieu, lequel se situe de l'autre côté, là où sont les âmes, mais pas le je, ni le nous, ni le moi. Ah, dans le langage, le blasphème n'est jamais loin !

Anima capax Dei (St-Augustin)

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19 juillet 2018

Opinions et convictions

La plupart du temps, les opinions ne sont qu'un consentement à l'esprit du temps. Et les mêmes qui professent une chose un jour, professent la chose contraire le lendemain, l'esprit du temps est versatile et les modes se succèdent. S'occuper de ses affaires, ne considérer que ses propres intérêts, laisser aux idéalistes le soin de lutter contre les moulins à vent..., tels sont les propos des gens d'opinion. Les convictions, à l'inverse, s'élaborent souvent dans la durée et l'affrontement, contre l'opinion commune, elles trouvent leur résonnance et leur enracinement dans l'âme de ceux qui les portent et, parfois, transforment leurs vies en destins. Il y a cependant des tendances qui épousent ce que l'esprit du temps a d'indéracinable, des opinions dures comme fer, elles se prennent pour des convictions mais ne sont que préjugés qui conduisent à l'aveuglement.

L'humanité a l'oreille ainsi faite qu'elle continue à dormir quand le bruit retentit et ne se réveille qu'avec l'écho.(Arthur Schnitzler)

Celui qui enfonce des portes ouvertes n'a pas à craindre qu'on ne ne les lui ferme au nez; (Karl Kraus)

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18 juillet 2018

Freud et Schnitzler

Assis, en retrait, dans un fauteuil confortable, le premier recevait de ses patient(e)s le récit de leurs névroses et combats dans l'obscurité. Le second avait lui-même traversé l'obscurité et en ramenait des récits qu'il invitait les patient(e)s du premier à lire, ils y trouveraient peut-être des réponses aux questions qui ne leur avaient pas été posées. L'un et l'autre habitaient la Vienne de la Belle Epoque et connurent l'effondrement de l'Empire dont elle était la capitale et le pivot. Ils fréquentaient les mêmes cafés, les mêmes cercles d'amis, et, parfois, se croisant le long des allées du Prater ou dans une ruelle proche de la Hofburg, ils se saluaient d'un discret signe de tête.

« Ce n'est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n'était pas l'Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb. La psychanalyse a toujours existé: tous les médecins, tous les poètes, tous les hommes d'Etat, tous ceux qui avaient une connaissance de l'homme, devaient obligatoirement la pratiquer, de façon inconsciente ou automatique. » (Arthur Schnitzler)

On ne présente pas Freud. Arthur Schnitzler est peut-être moins connu : médecin viennois (1862-1931) il laisse une oeuvre littéraire de premier ordre (Liebelei, la Ronde, Mlle Else, Vienne au crépuscule...). D'aucuns le comparent à Maupassant. 

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17 juillet 2018

Petites désinvoltures ferroviaires

Désormais, dans la voiture bar des TGV, apparait une affiche, clients prioritaires, devant laquelle, parfois, se présente un jeune homme pressé qui vient emporter sa commande réservée sur smarphone. Pratique, futé, ingénieux, diront d'aucuns. Cependant, dans la vraie vie, celle des jambes lourdes et des gouttes de sueur, ce jeune homme, un brin désinvolte, double une longue file d'autres clients, non prioritaires, dont certains attendent depuis vingt bonnes minutes. Le barman s'incline devant le Sésame et prie les clients non prioritaires, parmis lesquels des personnes âgées, quelque peu médusées, peu adeptes du smartphone et de tous ces services aux téléchargemenst aléatoires, de bien vouloir l'excuser. Quoique désinvolte et parfois un brin hirsute, le client prioritaire a, ni plus ni moins, utilisé un service électronique dont l'usage le rend prioritaire. Les organisations ferroviaires présentent cela comme un plus, un progrès. Cependant, n'en déplaise, toute priorité accordé à quelqu'un s'exerce aux dépens de quelqu'un d'autre. Et consentir au fait que des jeunes gens passent devant des aînés pour éviter une file d'attente, c'est les habituer à brûler les politesses et à commettre, sans vergogne, toutes sortes d'autres inconvenances. Le service du client est parfois un dangereux alibi.

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16 juillet 2018

Bouddhas

Peu à peu, les Bouddhas envahissent les maisons, ils croisent les crucifix et les images vôtives qui en sont chassés. La relégation du Dieu chrétien n'en a pas pour autant abrogé les aspirations spirituelles, lesquelles se nourrissent dès lors aux sources qu'elles trouvent. Les Occidentaux, éclairés (aveuglés ? ) par les Lumières, ont découvert ce qu'il entrait de mystfication dans une religion. Enorgueuillis par ce qu'ils tiennent pour une victoire sur l'obscurantisme, ils en ont perdu jusqu'à l'humilité, laquelle enseigne qu'aucun ordre humain ne saurait survivre sans un Dieu (sans religion).

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15 juillet 2018

Croissez et multipliez-vous...

Les athées et agnostiques ont beau vider les mots de leur substance, l'absence (ou le refus) des religions est encore une religion. Et la performance (au sens très prosaïque, managérial) des religions se mesure, notamment, à l'abnégation de ses fidèles et à leur propension à faire des enfants... 

(Que le Seigneur me pardonne cette paraphrase)

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14 juillet 2018

Millionnaire à 32 ans, retraité à 35...

... ainsi se présente l'horizon indépassable de l'ambition personnelle. Nous plus savoir tout sur tout, tel Pic de la Mirandolle. Explorer les confins de la création musicale, tel Mozart. Eprouver la foi, tel Jean de la Croix. Non, à présent il s'agit de devenir millionnaire à 30 ans et retraité à 35 ! Les ressources se raréfient, Gaïa donne d'indiscutables signes de fatigue et le bon sens voudrait que parcimonie et retenue soient de mise. Mais les martingales qu'autorisent la globalisation et l'opacité des transactions permettent toutes sortes d'accumulation. Cependant, rien de tout cela ne serait déterminant si Dieu n'était pas mort, si l'individu n'était pas devenu le seul horizon de la pensée et ll ne manque pas d'individus, talentueux mais sans destin, suffisamment cyniques pour se soustraire au sort commun par l'accumulation de millions. Il se trouve même de coachs pour en enseigner le chemin et ses pratiques, toute vergogne bue.

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13 juillet 2018

Leurre

- c'est une belle publicité, dit le designer, fier de son affiche.

- non, un beau miroir aux alouettes, lui est-il répondu ! 

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