blog de roland goeller

06 janvier 2017

PISA et les sociologues au chevet de l'école de la République

 

ane

A force de ne pas appeler chat un chat, on finit par prendre les carpes pour des lapins, et les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Ce matin donc (4 janvier), entre deux tartines silencieuces, je mets France Culture, histoire de rafraîchir mes tablettes. On en était aux "Matins" (de FC), et la parole appartenait à une sociologue qui commentait le piètre score PISA de l'école de la République. Celle-ci (l'école) vient une nouvelle fois de regresser. En dépit des réformes, du déploiement de 50 000 postes et de l'implication personnelle de la ministre NVB, en dépit de la volonté de notre président Normal d'en finir avec "un système élitiste", l'école française vient encore de regresser. La tartine suspendue, je dressai l'oreille. Dans un chassé croisé complice avec le journaliste, la sachante sociologue expliquait que, oui "l'accès aux ordinateurs est moindre que dans le reste de l'Europe", oui "les enseignants ne sont pas assez formés aux nouvelles méthodes pédagogiques", oui "le paradoxe français tient dans ce coût élevé des études et la faiblesse des résultats", oui "l'objectif de mixité sociale" n'est pas atteint, et tutti quanti.

Hébété, je ne sus que penser. La sociologue sachant de sacherie venait de m'embrouiller grave (variante: l'experte me semblait tenir des propos abscons, destinés non à m'éclairer mais à me dérouter). J'en conçus un doute quant à l'octroi de mes impôts à une chaîne radio censée me donner de l'information défrichée et, histoire de mouiller ma glotte, je trempais ma tartine dans le café. Diable, me dis-je, tant le tableau me semblait bancal. Selon nos bavards, la faute en serait au système, encore "trop éliste, inégalitaire, reproducteur des inégalités sociales", etc. Je me souvins de ma propre scolarité - c'était il y a un demi-siècle certes - il n'y avait alors  ni ordi, ni méthodes progressistes, ni sociologues, ni PISA, il y avait en revanche des maîtres devant lesquels les élèves se taisaient, religeusement, sous peine d'être collés. La sociologue quant à elle mentionnait, comme un fait anecdotique, qu'il y a des classes, "en milieux défavorisés, où un bon quart d'heure est nécessaire pour imposer le silence". Oho! Existerait-il des élèves peu réceptifs voire hostiles à l'enseignement, lequel pourtant est gratuit? Le corpus de cet enseignement heurterait-il des sensibilités, des convictions? Notre sociologue sachante et capée se garda bien d'oser de telles questions. A ses yeux, la messe était dite: c'est le système qui déconne grave, et de partir à la recherche de la petite bête de l'insuffisance de mixité, d'excès de discrimination, de sous-équipement informatique ... (comme s'il fallait une tablette pour apprendre à lire, écrire et compter).

La société française est traversée (nul pourtant n'en ignore) par des communautarismes (un en particulier) lesquels induisent fractures sociétales, ghettos culturels et cultuels, remises en cause de l'égalité hommes-femmes, du fameux "vivre-ensemble", des corpus historiques et philosophiques, etc. Cependant, ces communautarismes n'entrent pas dans le diagnostic de nos experts, lesquels, à l'unisson des apparatchiks qui président aux destinées de l'éducation nationale, se bornent à toujours vouloir réformer le système, à introduire des méthodes sans cesse plus compliquées, à forcer une mixité scolaire qui rabote les lieux d'excellence sans pour autant rehausser les lieux de déserrance. Non, il n'est pas arrivé aux oreilles de nos experts pédagologues que des parents vindicatifs s'en prennent à des enseignants, des jeunes filles téléguidées testent la laïcité scolaire et que des enfants brandissent des versets dont ils proclament l'infaillibilité. Bien d'autres choses encore ont dû échapper à nos talking heads, au point que j'ai mangé ma tartine tombée en lambeaux en me disant qu'à force de ne pas appeler chat un chat, les enfants du Bon Dieu finiraient vraiment par ressembler à des canards sauvages que s'amuseront à canarder les fanatiques de tous poils.

 

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03 janvier 2017

Les moutons de Panurge de l'état-providence

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Dans un monde ouvert et globalisé, dans un monde où les pays sont en concurrence les uns avec les autres, dans ce monde-là l'excès d'état-providence nuit à la compétitivité et à la création de richesses. Il en résulte ce que chacun sait: perte d'emplois et chômage. La sagesse voudrait que l'état-providence soit redimensionné de telle sorte que les écarts de compétitivité soient réduits, que le coût du travail ne soit plus exagérément alourdi par les charges pléthoriques de l'état. La sagesse voudrait ..., cependant, dans notre pays qui souffre d'un défaut de compétitivité et d'un excès de dépenses publiques,  il ne manque pas de substancielles forces politiques pour prôner exactement le contraire. Et une partie non négligeable du peuple (lequel aurait intérêt à la diminution des dépenses publiques pour favoriser la création d'emplois) leur donne ses suffrages, les uns et les autres s'entretenant dans l'illusion de l'extensibilité illimitée de la dette publique, en moutons de Panurge qui galopent gaiement vers un gouffre dont ils n'aperçoivent que le rebord.

Peut-être ces forces auront-elles, un jour ou l'autre, à rendre des comptes sur leur incompétence ou pire, leur cynisme.

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31 décembre 2016

Meilleurs voeux pour 2017

Giotto_AdorationOfTheMagi

L'année s'achève et je voudrais me réjouir. Les savoirs traditionnels et les avancées de la civilisation nous ont appris le profond respect de l'humain entendu comme un miracle divin. Des hommes tels Valéry, Mallarmé, Goethe, Tolstoï, ... nous ont ouvert des voies qu'il nous suffisait de suivre. Hélas, nous en sommes arrivés à un point où de jeunes esprits talentueux nous présentent, avec une candeur glaçante, la mise au point d'un robot bipède ou la synthèse d'un organisme mi-humain, mi-composite comme de nouvelles étapes du progrès radieux. Quelque chose du sens du sacré a été perdu, est en train de se perdre. Verdun, Stalingrad et Auschwitz ont inauguré l'ère des hécatombes technologiques. Des fanatiques entendent imposer leur religion en semant la mort au volant de camions lancés sur des foules. Les technologies de l'information permettent de dissimuler les profanations et les mises à mort derrière des rideaux d'informations anecdotiques.

L'année s'achève et je voudrais, pour l'année qui vient, souhaiter à tous des voeux de bonheur et de prospérité. Je ne peux hélas formuler que des voeux d'espérance. Nombreux sont ceux qui encore tiennent le flambeau, même si parfois ils traversent le désert. Cependant, qu'ils ne cessent de "croire, l'intelligence suivra" (St Augustin). De même: "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" (Hölderlin). Je ne saurai parler de la foi qui est une expérience personnelle et intime, en revanche je voudrais évoquer la très chrétienne fête de l'Epiphanie: révélation du caractère divin du sauveur (en réalité de ce qui advient). Mon espérance tient peut-être en ceci: que le caractère divin, momentanément caché, dissimulé, escamoté, apparaisse à nouveau. Je ne parle pas du retour de quelques rigueurs religieuses que ce soit, mais de la résurgence du sentiment religieux dont les premières manifestations consistent en l'humilité et le respect. 

Enfin, tous autant que nous sommes, nous sommes issus d'une lignée et d'un territoire, dussions-nous vivre à mille lieux d'eux. Mon territoire s'appelle Elsass, aujourd'hui broyé dans le mic-mac régional jacobin où il ne peut que perdre son latin. Je veux dire: son Elsassertum. Nombreux sont aujourd'hui les Elsässer qui luttent pour la restauration de leur Elsassertum, et je formule le voeu que chacun puisse reconnaître le territoire où puisent ses racines. Il saura qu'il n'est pas qu'une entité hors sol, brassée dans le mainstrem globalisé, livrée à toutes les expérimentations génétiques, technologiques et dogmatiques.

L'année s'achève et, pour celle qui vient, en dehors d'une santé florissante, je souhaite à chacun d'alimenter l'espoir qu'il garde en lui.  

illustration: Giotto, Adoration des Mages

 

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25 décembre 2016

"Les formes préservent de la barbarie"

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Nous devons à Benjamin Constant cette réflexion féconde : les formes préservent de la barbarie. Elles nous en préservent même (et peut-être surtout) dans les petites choses. Notre aptitude à nous préserver de la (grande) barbarie dépend en grande partie de notre propension à domestiquer la petite? Une émotion un peu forte nous assaille et déjà nous sommes inclinés à pousser un cri, lequel est une forme mineure de violence. Mais à quoi sert-il de crier? Nous devons ne pas céder au cri. Nous devons apprendre à ne pas nous laisser submerger par les émotions, nous contenter de trouver les mots qui conviennent pour en dire l'existence et la survenue. "Cela m'a atterré(e)!" plutôt que pousser des cris d'orfraie lorsqu'une chose nous atterre.

Mais nous sommes depuis longtemps déjà entrés dans l'époque des smartphones lesquels autorisent tous les débordements et invitent aux irruptions intempestives, aux conversations bruyantes, aux onomatopés sonores quand ce ne sont pas des invectives, en bref toutes les variantes de la petite barbarie. Alors que nos aïeux frappaient aux portes et attendaient qu'on leur dise d'entrer, les smartphones nous familiarisent avec la petite barbarie ordinaire, celle qui consiste à entrer sans frapper, brûler la politesse ou interrompre sans vergogne une conversation. Les smartphones nous déshabituent de la vergogne et leur usage s'est répandu avec un bien curieux et paradoxal alibi, celui du progrès.

Tous les progrès cependant ne sont pas ce qu'ils prétendent être. Certes, pouvoir entrer en relation avec quiconque à tout instant du jour ou de la nuit, cela ne manque pas d'attrait, et la tentation est grande de tenir cela pour un progrès. Mais en y regardant de plus près, que constatons-nous? Il nous arrive de faire irruption dans la vie d'autrui aux moments les moins opportuns. Nous avons l'habitude d'appeler quand bon nous semble et nous dispenser de vérifier si autrui est disponible. Il n'y a plus d'heures "ouvrables" et d'autres, de retrait et de retenue. Il n'y a plus d'espace privé, jusque dans les lieux de travail où les grands espaces dit "paysagers" chassent les cloisons et les séparations. En téléphonant toutes affaires cessantes, nous considérons, implicitement, qu'autrui doit être disponible en permanence. Est-ce un progrès ou un renoncement au respect et à la déférence? Certes, prévenir un interlocuteur de l'impossibilité d'un rendez-vous ou, grâce au GPS, trouver son chemin dans un quartier mal repéré, cela constitue un progrès, mais le gain est faible en comparaison des formes de l'art de vivre auxquelles nous renonçons.

"Les formes préservent de la barbarie", mais nous ne savons pas encore à quoi nous expose leur abandon.

 

NB: Benjamin Constant, homme politique, essayiste et romancier (Lausanne 1767, Paris 1830), auteur, notamment, de De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, et du roman Adolphe (que tout homme devrait avoir lu avant de fréquenter la société des femmes).

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23 décembre 2016

Les personnages et leur auteur

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En littérature romanesque, l'auteur est le personnage le plus difficile à construire. L'auteur pourtant n'apparaît pas dans la chose écrite, ou alors en creux. De sa plume sortent les autres personnages, ceux dont le récit est l'objet, mais l'auteur porte en lui un autre récit, celui du démiurge, celui du pourquoi des personnages, pourquoi ces personnages-là, pourquoi ces histoires-là.

Parfois l'auteur livre des bribes de ce récit, lorsqu'il est en dédicace ou en conférence ... Les lecteurs veulent toujours savoir plus que ce qui est écrit. Parfois aussi les personnages surgissent sans que l'auteur ne sache ni comment ni pourquoi.

L'auteur est amené à construire son propre personnage au contact de ses lecteurs et de l'appareil critique, parfois en opposition à eux. Il répond inlassablement à cette question: pourquoi. Pourquoi ai-je écrit cela? 

 

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22 décembre 2016

Le lieu et l'instant

 

 

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Les mots ne se hâtent pas. Les mots aiment la lenteur mais les événements s'accumulent sans que les mots ne parviennent à les écoper. Par l'effet d'une sorte de pesanteur, ils se déposent en un nuage épais dont nait une impression d'inaccompli. Les événement attendent de filtrer à travers l'esprit et de déposer leur gangue, de même que les filons de métal précieux livrent des blocs grossiers d'où il faut extraire l'or. Les pépites sont toujours données mélangées à la verroterie. Les événements se déversent sans retenue, la globalisation en accélère le débit. La globalisation abolit les distances : tout nous concerne désormais. Tout semble vouloir nous concerner. Peu de choses nous concernent réellement. Le bon grain est mélangé à des quantités d'ivraie de plus en plus importantes. Mais la sagesse, la maturité, la responsabilité ..., dépendent de la reconnaissance des événements qui nous concernent, du discernement pour les reconnaître, de la rigueur de cette reconnaissance et de l'inflexibilité à l'accomplir. Parfois, dans les flots des événements insignifiants, survient un instant de grâce - revoir un(e) ami(e) d'enfance - et aussitôt les flots se séparent. Au milieu de leur tumulte surgit une île remplie d'ordre et de beauté.

 

illustration: détail de l'Annonciation, Fra Angelico, Venise

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07 décembre 2016

Dédicace 14 décembre 2016

Vous aimez lire,

vos amis, vos proches aiment lire,

Nöel approche,

trois bonnes raisons pour vous rendre à

CULTURA BEGLES

CENTRE COMMERCIAL RIVES D'ARCINS

cultura-300x300

 

Je serai présent,

le mercredi 14 décembre prochain,

de 14h00 à 19h00,

pour dédicacer mes livres.

 

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06 décembre 2016

PRISE DE BEC, en audio désormais

La très jeune (et dynamique) maison d'édition,

éditions-15K,

propose une version audio de la nouvelle, PRISE DE BEC,

lue par le comédien Aurélien Jarry

http://www.15k.fr/15k.fr/Textes/PriseDeBec.php

et

http://www.15k.fr/15k.fr/index.php

 

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22 novembre 2016

Onze novembre alsacien

 

photo Joseph_

 

 

 

 

Je suis français. Je suis né dans les années soixante, français, et les soldats sur cette photo sont allemands. La photo a été prise en 1918, peu après l'armistice, ou dans les premiers mois de 1919. Les soldats sont en captivité, ils ont été dépouillés de leurs effets personnels et militaires, jusqu'aux ceinturons et cartouchières, mais ils sont vivants. Ils sont vivants et en apparence indemnes, quoique les traumatismes psychiques et psychologiques échappent à l'investigation photographique. Cependant, je conserve cette photo, précieusement, car l'un des soldats n'est autre que mon grand-père.

 

De lui, j'ai peu de souvenirs. Il est mort lorsque j'étais enfant et ce que, par la suite, j'ai appris me le rendit plus proche par son exceptionnel destin. Mon grand-père était un homme du peuple, simple, qui aurait aimé traverser le siècle en toute simplicité, mais le destin en a décidé autrement. Le destin l'a jeté dans une tourmente d'événements dramatiques à l'issue desquels il a pris la pose sur une photo, dans une geôle française, c'était à la fin de l'année 1918 ou dans les premiers mois de 1919; et cette photo, chaque 11 novembre désormais, je la tiens telle une pièce de puzzle qui ne trouve pas sa place parmi les innombrables articles et comptes-rendus des commémorations, lesquelles proclament aujourd'hui encore: "Souviens-toi, il est mort pour que tu restes français."11nov_français

Je suis français et j'appartiens à cette génération dont les grands-pères ne sont nullement morts pour cette raison-là. Ils étaient quelques 350 000, nés à la fin du XIXème siècle, en une terre qui aujourd'hui est française mais qui, alors, était allemande. Je veux parler de l'Alsace-Moselle, que l'éphémère Constitution de 1911 nomma: Land Elsass-Lothringen.  Pour la plupart, ils ont combattu sur le front germano-russe. Lemberg, Narotsch, Broussilov ou Vilnius leur étaient familiers. Ils ont connu la brève victoire de Brest-Litovsk, concédée par un certain Trotski, puis ils ont remplacé les fantassins tombés sur le front de l'Ouest en se disant: Im Westen nichts neues. Quelques 50 000 d'entre eux sont morts aux combats, beaucoup d'autres sont restés marqués dans leur chair ou leur esprit, pour des raisons dont aujourd'hui nous connaissons les impostures. Sans doute quelques uns pensèrent-ils jusqu'au bout combattre pour une patrie, mais celle-ci n'était nullement française.

Pourtant je suis né français et n'en partage pas moins le sort de compatriotes, français, dont la nation - ou l'Etat - continue de célébrer l'armistice d'une guerre où périrent des millions d'hommes. Sans doute sommes-nous des centaines de milliers, fils et petits-fils de soldats allemands du Land Elsass-Lothringen, à partager ce sort. Français cependant, nous nous associons à cette commémoration mais nous n'en tenons pas moins en mains la photo de nos grands-pères, lesquels étaient des hommes simples, désireux de traverser le siècle en toute simplicité, des grands-pères que nous ne pouvons renier sans nous renier nous-mêmes. 

Nous sommes dépositaires d'une mémoire encombrante, dont la cendre tiède contient encore des braises. Et peut-être aurions-nous mieux fait d'oublier tout ceci, laisser les morts avec les morts pour nous tourner résolument vers l'avenir. Peut-être aurions-nous mieux fait de nous en tenir à cette fatalité qui nous faisait dire, rede m'r nehmi davon (n'en parlons plus!), mais nous n'en sommes pas capables. Un jour ou l'autre, nous ouvrons une vieille boîte en fer blanc d'où tombent des photos sépia de soldats, allemands, qui prenaient la pose avec la tranquille bénédiction du Seigneur (Gott mit uns).  

Nous sommes dépositaires d'une mémoire et, jusqu'à présent, nous avons fait notre affaire de ses contradictions et paradoxes: nous avons fait (et faisons) partie du roman national français, auquel nous avons oeuvré (et oeuvrons), avec énergie et constance, tout en feignant d'ignorer que cette implication exigeait un oubli de nous-mêmes, de nos origines et de nos traditions. Mais cet oubli, cette amputation de nous-mêmes, nous parait de plus en plus difficile, sans doute parce que, alsaciens, nous avons, plus que d'autres, le sens du territoire et des traditions; mais peut-être aussi parce que le roman national français a perdu de son prestige et de sa splendeur. Le roman national français, de plus en plus de Français semblent ne plus y croire eux-mêmes.

Longtemps pourtant, nous avons tenu la lampe sous le boisseau, nous avons chaussé nos galoches au chausse-pied, nous avons tu nos interrogations, nous en avons fait des chansons et des witz où nous nous moquions de nous-mêmes. Tandis que nos compatriotes commémoraient leurs morts pour la France, nous avons commémoré les nôtres en silence. Devant des stèles sans revendication, nous leur avons adressé nos prières muettes dans l'espoir de ne pas les offenser. Nous avons vécu dans une sorte de compromis où beaucoup de choses restaient tacites, dans l'espoir que le temps n'en déplace pas les contours.

Il est cependant dans la nature des choses tacites de n'être ni reconnaissables ni reconnues. "Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde", s'exclamait Albert Camus. Nous avions une région, l'Alsace, aujourd'hui fusionnée - dissoute ? - dans une grande région purement administrative, issue d'un découpage jacobin, dont les parties constituantes partagent peu de choses et encore moins une identité. Nos morts sont désormais condamnés à un oubli plus profond et nos traditions à une disparition plus certaine. Mais nous n'en possédons pas moins des photos où des grands-pères, au-delà des décennies, nous adressent une question muette. Ces photos, nous ne pouvons plus en dissimuler l'existence et nous posons désormais à la France cette question: en quel roman national devons-nous les ranger?

 

_______

Le roman Cahiers français ou la langue confisquée, paru en 2016 aux éditions Sutton, évoque le destin de ces soldats.

 

 

21 novembre 2016

Quitte ou double, nouvelle publiée par: La Lampe de Chevet

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La nouvelle QUITTE OU DOUBLE fait partie de la sélection publiée par l'association LA LAMPE DE CHEVET, tome 11, à l'issue de l'organisation de son concours 2016.

 

Un extrait:

"Le boulevard est désert. Les lampadaires forment un chapelet de loupiotes que la bise agite comme une longue corde à sauter. Le vent charrie des effluves qui proviennent de la décharge, le centre de recyclage selon la prof d'SVT. Les pieds des tours s’enracinent entre les bosquets et les massifs de végétation épaisse où traînent seringues et préservatifs usagés. Si au moins la ville essayait d'implanter des commerces ouverts jusqu’à minuit. Mais l’hyper vibre là-bas, réservoir de toutes les tentations, protéiforme tel un crabe urbain. Vingt minutes pour y aller sans traîner. L’hyper ferme à vingt-deux heures, la bande rentrera après, ça laissera à Tom un peu de temps pour les maths. Le parking est déjà clairsemé. Parfois le dimanche, la bande vient essayer une nouvelle mobylette ou une petite voiture téléguidée à propulsion thermique. Les petits bolides pétaradent en faisant des culbutes mais Tom sait à quoi s’en tenir quant à leur origine."

 

 

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16 novembre 2016

CAHIERS, ce qu'ils en disent

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Trois critiques notées sur le site Babelio:

http://www.babelio.com/auteur/Roland-Goeller/405912/critiques

 

 

 

 

 

 

 

 

12 octobre 2016 Cahiers français de Roland Goeller    
Déçue parce que je n'ai pas trouvé dans ce roman ce que promet la quatrième  de couverture. L'écriture est décousue,  les événements n'apparaissent pas de manière chronologique et le style de narration ne permet pas d'attachement, ni aux personnages,  ni aux faits. Je rêvais d'un poignant récit écrit à la première  personne tel qu'il est sublimé  dans A l'Ouest Rien de Nouveau... On en est loin. Toutefois, je ne connaissais pas cet angle de la Grande Guerre quant à  la place de l'Alsace et de la Lorraine, les difficultés et les souffrances de leurs habitants tout au long de ce terrible conflit. Je suis heureuse d'en avoir donc encore appris sur cette guerre dont j'affectionne les récits.
Merci à Babelio et aux Éditions Sutton pour leur confiance.

 

08 octobre 2016 Cahiers français de Roland Goeller    
Tout d'abord merci à Babelio et aux éditions Sutton pour m'avoir permis de découvrir ce livre. C'est un roman particulièrement intéressant vu le lieu et l'époque où il se déroule : nous sommes en effet en Alsace, au début de la première guerre mondiale. Ludwig, Anton et Jakob sont trois amis qui vivent dans un petit village nommé Wasselbachstein. Ils vont vivre le début de la guerre, puis la mobilisation et enfin les combats, en tant que soldats allemands.
J'ai particulièrement aimé la description des sentiments des personnages. La victoire de la France est ressentie comme une défaite pour eux qui ont combattu du côté allemand. Ils ont l'interdiction de parler l'alsacien ou l'allemand, alors même qu'ils n'ont que quelques rudiments de français et se sentent dépouillés de leur identité. De plus, pendant la guerre, les soldats allemands se méfiaient d'eux car ils étaient alsaciens, donc pas de vrais allemands. A la fin de la guerre, ils subissent le mépris et la méfiance des soldats ou des fonctionnaires français. Bref, tout ceci est relaté avec beaucoup de réalisme et de sensibilité.
En revanche, j'ai été un peu déçue car au vu du titre, je m'attendais à lire les cahiers de Ludwig, donc plutôt un texte écrit à la première personne, et non un texte relatant ce qui avait amené Ludwig à écrire ses cahiers, ce qui apporte plus de distance à l'histoire.
Ce roman reste une lecture très agréable et particulièrement intéressante, en tout cas de mon point de vue ! Originaire de Lorraine, je me suis sentie proche des personnages et ça m'a amené à réfléchir à l'histoire de ma région. Bravo à l'auteur, Roland Goeller.

 

25 octobre 2016 Cahiers français de Roland Goeller    
Un grand merci à Babelio et aux éditions Sutton pour ce roman assez court mais très agréable à lire.
Ce livre est à la croisée entre la fiction et le témoignage historique. La petite histoire de Ludwig, soldat alsacien lors de la première guerre mondiale, et la Grande Histoire s'entrecroisent avec une fluidité étonnante.
L'auteur ne raconte pas seulement des faits et il ne fait une redite de ce qui a déjà était écrits à nombre de reprises, mais il raconte l'histoire d'un jeune homme alsacien qui s'est battu pour l'Allemagne sans en être considéré comme un membre à part entière puis qui devient français mais dénigré car s'étant battu pour "l'ennemi".
Ce paradoxe et les sentiments du personnage principal sont clairement le centre de ce récit. Mais j'ai trouvé le traitement un tout petit peu superficiel. L'auteur aurait pu creuser encore la chose et nous raconter cette histoire à la première personne. Il instaure une distance par rapport à ce récit et c'est là où le côté témoignage se perd un peu.
L'histoire se fait selon une chronologie un peu dans le désordre et même si c'est un peu déroutant à première vue, on comprend très vite que les évènements viennent comme Ludwig se les rappelle.
En ce qui concerne l'écriture, c'est très fluide même si c'est ponctué d'allemand à chaque paragraphe. Le tout est traduit ou compréhensible par quelqu'un qui ne maîtriserait pas la langue de Goethe. :) Au contraire cela nous fait prendre conscience de ce que ces gens, dont la plupart ne parlait pas un mot de français, ont vécu quand ils se sont retrouvés face à cette langue étrangère.

En résumé, j'ai bien aimé ce livre, même si on perd l'idée de témoignage par un récit à la troisième personne, contrairement à ce que nous disent le titre et le résumé. J'ai appris certaines choses sur cette période méconnue. Je recommande cette lecture à tous les curieux de l'Histoire comme je le suis :)

11 novembre 2016

Après une lecture de Paul Valéry

Défaite de l'excellence, progression de l'entropie

paul_valéry

Je termine la lecture des Carnets II et, en deça des hommages subtils adressés à Stendhal, Baudelaire, Verlaine ou Mallarmé, quelqu'intuition m'interpelle. Paul Valéry a écrit ces Carnets dans la secrète intuition de leur intérêt, assuré qu'il ne manquera pas de lecteurs, jeunes agrégés, poètes en herbe ou dilettantes éclairés, pour en dévorer les trop rares pages. Paul Valéry vécut à une époque où tout jeune homme d'un peu de goût et de discernement se découvrait devant Victor Hugo, où toute jeune fille pourvue des mêmes qualités tendait une oreille attentive à George Sand ou mme de Staël. Les enfants qui usèrent les bancs de l'école de la (IIIème) république rêvaient tous de gravir l'échelle de l'excellence littéraire, ou scientifique, et parvenir à ses plus hauts degrés. Cependant, en ce début de XXIème siècle, Paul Valéry écrirait-il encore ses carnets avec la même verve? Non par crainte de retrouver, ici ou là, des propos qu'il aurait pu tenir lui-même, mais sa plume sans doute aurait hésité. Non pas d'avoir perdu le chemin de l'encrier, mais de ne plus avoir la certitude de trouver celui des lecteurs. Par crainte de s'adresser désormais à des oreilles ou distraites, ou indifférentes, ou casquées, ou accaparées, des oreilles que l'excellence littéraire ou scientifique n'intéresse plus guère, des oreilles privées de silence, accoutumées à la stridence acoustique ennemie de la lecture, de l'écriture, de l'étude et de la conversation.

Cette réflexion désabusée surprendra peut-être, car il ne s'est jamais publié autant de livres qu'à présent (les années 2010), il n'y eut jamais autant de clubs de lecteurs ou de concours littéraires. Chaque saison met sur le marché quelques 600 titres, et pourtant. Dans la boutique où j'entre tous les deux mois pour faire provision de cartouches d'encre, je patiente que soit servi un couple qui a commandé des logiciels de jeux. Le commerçant bavarde volontiers un brin, et le regard de la femme brille à l'évocation des performances et du réalisme des plus récentes livraisons. Les lettres de l'expression réalité augmentée s'agglomèrent au-dessus de sa tête sans que celle-ci ne songe à les assembler. Le chiffre d'affaires consacré auparavant aux romans et aux bandes dessinées se voit détourné vers les productions numériques que le redoutable détournement du langage présente comme culturelles. Même si paraissent 1200 titres chaque année, le livre (au sens de vecteur de littérature) est disqualifié aux yeux d'un nombre de plus en grand de jeunes esprits. Et le prix Nobel décerné au certes talentueux troubadour Dylan accrédite l'idée que le livre n'est plus nécessaire à la littérature.

Un article de la revue LIRE, novembre 2016, tente une présentation d'un jeu virtuel dont l'usage s'est répandu comme une trainée de poudre: "Pokémon GO, ou le meilleur des mondes possibles". On y apprend que, "... une fois le jeu téléchargé, votre téléphone vous donne accès à une réalité augmentée, dans laquelle n'importe quel lieu se transforme instantanément en réservoir potentiel de Pokemon ..." Réalité augmentée, toute la supercherie est là! L'habitude des périphrases en rend l'usage automatique et indolore. La périphrase se prend à son propre jeu et la journaliste se prend les pieds dans le tapis de ses périphrases. Au lieu de faire son travail critique, elle se contente de réciter la fiche commerciale du logiciel. Car il est bien évident que la réalité n'est nullement augmentée, et que nul Pokémon n'apparait, autrement qu'en illusion sur un petit écran dont le fonctionnement dépend de l'autonomie de la batterie. Et non seulement, la réalité ne fait l'objet d'aucune augmentation mais elle est affligée d'un appauvrissement dramatique, puisque l'attention de celui qui tient le téléphone est attirée, non pas sur le bosquet aux senteurs automnales ni même sur l'accumulation mercantile d'objets faiblement utiles, mais sur quelque chose qui n'existe pas, à savoir des Pokémons, lesquels, comble de perversité, demandent à être "nourris de bonbons pour accéder à des états supérieurs". Ce qui est remarquable, c'est que l'article sort de la plume, non pas d'un adolescent aux addictions naissantes ou d'un otaku d'une pâleur virtuelle, mais d'une journaliste sensée participer à la défense de ces nourritures terrestres au rang desquelles Paul Valéry eût été honoré de  compter. "Or qu'apportent ces créatures bigarrées à notre existence si ce n'est un degré de perfection qu'il nous est impossible d'atteindre?", poursuit-elle sur la même lancée. La perfection, en d'autres termes, se trouverait dans ce qui n'existe pas et Pokemon GO "enrichi(rait) notre monde d'une infinité de possibilités dont l'exploration (serait) la meilleure façon d'être de plain-pied dans la réalité." L'inversion du langage est accomplie: le virtuel est nommé réalité, et la réalité, celle qui est pleine d'odeurs et qui enchante, mais aussi celle qui blesse, celle où des piétions sont renversés par des chauffards augmentés, celle où crépitent des Kalachnikovs améliorées, cette réalité perd son statut de réalité, elle ne compte plus. Et, pour ceux qui douteraient encore, Leibnitz et ses monades sont appelés à la rescousse. Aussi y-a-t-il peu de chances que ceux-là mêmes qui ont goûté à Pokémon GO songent désormais à Paul Valéry, même le magazine LIRE les en dissuade!

"Le bébé est mort. Il a suffit de quelques secondes. Le médecin a assuré qu'il n'avait pas souffert. On l'a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s'est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous..." Qui parle dans le début de ce roman ? S'agit-il de la mère, du père? Qui a découvert les corps? Bien sûr, par la suite il sera question de ce couple, contemporain, lequel a perdu ses deux enfants dans des circonstances tragiques, mais le roman commence tel un rapport de police où s'entremêlent les observations faites par divers intervenants. Qui le médecin assure-t-il que le bébé "n'avait pas souffert"? Le médecin répond à une question qu'aurait posée un tiers légiste, pas la mère. La scène d'introduction sensée camper les personnages ne plante que le décor où les personnages sont convoqués comme à l'instruction. On ne peut manquer de faire le rapprochement avec deux autres romans où il est aussi question de tragédie: De beaux lendemains de Russell Banks et Le chardonneret de Dona Tartt. L'une et l'autre évitent la mise en scène de l'événement (chez Banks, l'accident d'un autobus qui coûte la vie à une dizaine d'enfants, chez Tartt, l'attentat dans le musée) et se concentrent sur ses retentissements, lesquels affectent les personnages qui en seront les narrateurs. A l'inverse, dans Chanson douce de Leïla Slimani (car il s'agit d'elle), l'événement est livré comme une chose survenue qui légitime les personnages, mais jamais L. Slimani ne s'efface devant eux. Elle se comporte en enquêtrice, l'objet du reportage n'étant pas l'événement mais un style de vie dont il est sensé illustrer les incohérences. Je confesse une prévénance contre ce roman et le flot de critiques dythirambiques qui ont précédé son avènement littéraire. Je ne suis pas sûr qu'il n'y eût pas d'autres romans plus proches de cette excellence dont Paul Valéry se serait délecté. Je songe notamment au Garçon de Marcus Malte, mais ce dernier ne réunit pas toutes les conditions pour satisfaire à l'iconographie en vogue aux rives sur berges sillonnées de vélib. Par ailleurs, j'ajoute que le roman proustien quant à lui se contente de prendre son envol dans la douce violence d'une madeleine trempée dans une tasse de thé. Je veux bien croire que la violence s'est installée dans notre imaginaire comme une référence désormais permanente et sourde, mais son évocation, brutale et immédiate, à la manière de Chanson douce, ne concourt en rien à sa catharsis. Que veut donc nous apprendre Leïla Slimani que nous ne sachions déjà? C'est pourtant elle que les Goncourt ont salué en 2016, comme l'exemple de ce qu'il convient d'entendre, aujourd'hui, en matière d'excellence! Cela ouvre la porte aux témoignages du Bataclan mis en boucle.

"L'ordre exige donc l'action de présence de choses absentes, et résulte de l'équilibre des instincts par les idéaux. Un système fiduciaire ou conventionnel se développe, qui introduit entre les hommes des liaisons et des obstacles imaginaires dont les effets sont bien réels... Peu à peu le sacré, le légal, le décent, le louable et leurs contraires se dessinent dans les esprits et se critallisent... Les rites, les formes, les coutumes, accomplissent le dressage des animaux humains, répriment ou mesurent leurs mouvements immédiats ..." écrit Paul Valéry dans sa Préface aux Lettres Persannes, dans laquelle il s'emploie aussi à décrire le déclin qui menace toute civilisation parvenue à son point culminant: "L'individu recherche une époque tout agréable, où il soit le plus libre et le plus aidé. Il la trouve vers le commencement de la fin d'un système social. Alors, entre l'ordre et le désordre, règne un moment délicieux. Tout le bien possible que procure l'arrangement des pouvoirs et des devoirs étant acquis, c'est maintenant qu'on peut jouir des premiers relâchements. Les institutions tiennent encore... Mais sans que rien de visible soit altéré en elles, elles n'ont plus guère que cette belle présence; leurs vertus se sont toutes produites; leur avenir est secrètement épuisé; leur caractère n'est plus sacré... Le corps social perd doucement son lendemain. C'est l'heure de la jouissance et de la consommation générale." 

Mais aussi: "La fin presque toujours somptueuse et voluptueuse d'un édifice politique se célèbre par une illumination où se dépense tout ce qu'on avait craint de consumer jusque là. Les secrets de l'Etat, les pudeurs particulières, les pensées inavouées, les songes longtemps réprimés, tout le fond des êtres surexcités et joyeusement désespérants sont produits et jetés à l'esprit public. Une flamme encore féérique, qui se développera en incendie, s'élève et court sur la face du monde ..." Si, armé de courage pour braver la rareté des lecteurs détournés par la chasse au Pokémon, un nouveau Valéry écrivait, aujourd'hui, ces lignes (lesquelles en leur temps ne manquèrent pas de prémonition), il est probable que tous les fredons de la déconstruction et du progrès s'emploieraient à le réduire au silence.

 

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08 novembre 2016

La rate, nouvelle publiée in: La femelle du requin n°46

 

femelle_requin_46

Une autre nouvelle publiée dans le numéro 46 de la revue LA FEMELLE DU REQUIN:

La Rate

http://www.lafemelledurequin.org/La_Femelle_du_Requin_I_Revue_de_litterature_contemporaine/46_-_Antoine_Volodine_%26_Eric_Vuillard.html

 

extrait: "Le triage ressemblait alors à un gigantesque couloir de rails à perte de vue sur des faisceaux grands comme dix terrains de football. Les trains y déposaient leurs wagons et repartaient avec d'autres. Sous l'oeil vigilant des chefs de quart, des aiguilleurs, des enrayeurs, des conducteurs et des accrocheurs, des arrimeurs et des vérificateurs, des apprentis et des vétérans, des visiteurs et des réparateurs, des commis aux écritures et des douaniers, et même des braconniers pas même discrets qui débusquaient les lapins de garenne nichés dans les massifs de ronces que nul défoliant chimique ne parvenait à réduire. Aujourd’hui seul le vent erre encore entre les ronces et s’engouffre dans les bâtiments désaffectés, tandis que la ville grignote ses friches et nourrit des appétits immobiliers sans cesse plus voraces."

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07 novembre 2016

Greg, nouvelle finaliste du concours "Envie de vous lire"

Une autre nouvelle, finaliste du concours de nouvelles organisé par l'association "Envie de vous lire, à Viroflay (Yvelines), sur le thème: la révolte des moutons.

Les textes finalistes sont en lecture libre sur le site de l'association: http://enviedevouslire.fr/EDVL_2016_31_Greg.pdf

 

Un extrait:

"Le mariage c’était un truc de oufs. P’tain, le curé la robe les invitations la salle l’orchestre les fleurs les listes les invités. Greg a dit à Cynthia, tu es sûre que t’as besoin de tout ça. Elle s’est fâchée. Elle a dit, tu veux t’marier ou non. Greg lui a dit qu’il voulait c’qu’elle voulait. Kevin a rigolé, tu vois, les meufs, ça te mène par le bout du nez. Elles te font des trucs avec la bouche mais après elles te mènent par le bout du nez. Alors Greg a dit à Kevin, t’es con. Kevin n’a rien dit. N’empêche, le mariage, c’est ouf. Quand tous les trucs étaient réglés, le maire et tout ça, ils ont bien rigolé. Les vieux d’un côté et eux, de l’autre. Ils étaient quatre-vingt. Ils ont dansé comme des tarés et bu comme des trous. Au matin, ils les ont réveillés avec un pot de chambre où il y avait du champagne et du chocolat. Cynthia, elle a fait une drôle de tête. Kevin a dit qu’elle fait une tête de mariée. Greg a trouvé qu’elle avait la même tête. Kevin a répondu qu’une tête de mariée, c’est quand tu vois le même mec tous les jours. Il a rigolé. Alors Greg a dit à Kevin, et alors, et Kevin a haussé les épaules. Greg aimait bien Cynthia en tête de mariée..."

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06 novembre 2016

Berlin, nouvelle publiée par Editoléron

 

berlin

Une nouvelle nouvelle, BERLIN, publiée par la maison Editoléron, dans le cadre de son concours 2016 sur le thème: "une histoire, une ville", distinguée d'un premier prix.

 

 

Bientôt disponible sur le site de l'éditeur: http://editoleron6.wixsite.com/concours-nouvelles/les-concours

 

Un extrait: " J’ai passé, je crois, l’essentiel de ma vie à courir après le temps, comme on dit, une vie où l’improvisation et le flottement n’avaient que peu de place. Après avoir pris congé de mes parents, je me retrouvais en possession d’un capital de quelques 72 heures sans affectation préalable. Je n’avais d’obligations que celles de me présenter à l’hôtel du Kurfürstendamm, le premier jour avant 19 heures, et à l’aéroport de Schönefeld, trois jours plus tard, à 7 heures du matin. Je partis de Strasbourg. Mon père m'avait prévenu: "Berlin a été reconstruit de fond en comble, à l’identique." Il semblait sûr de lui, comme souvent lorsqu’il affirmait quelque chose. En réalité, mon père n’a jamais mis les pieds à Berlin, ville qu’il ne connait qu’à travers des photos, mais, curieusement, je le croyais. Il entrait une part de forfanterie dans ses affirmations péremptoires, mais qu’importe. Forfanterie ou pas, je le croyais. Je le croyais sur parole. Que les particules élémentaires de ses affirmations fussent vraies ou non, je croyais en revanche à une certaine réalité de la chose affirmée. Que celle-ci ait retenu son attention participait de cette croyance. Qu’elle ait suscité de l'intérêt chez lui m'était une indication dans un labyrinthe, comme un fragment du code nécessaire à la compréhension de son héritage.

Après la guerre de 14-18, Berlin était ce lieu, magique et maléfique, d’où en 1940 était partie l’onde de choc qui devait bouleverser la vie de mon père et celles de tant d’autres hommes et femmes. Mon père avait alors 8 ans ..."

 

 

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