blog de roland goeller

07 août 2017

"La meuf est dead"

 

veil

La triomphale entrée du gladiateur Neymar au club de football le plus prisé de la capitale déferle sur les réseaux sociaux et dans les espaces médiatiques d'où sont chassées les bruits précédents, notamment celui de ce malheureux sms d'une chargée de communication de l'Elysée selon le(la)quel(le) "la meuf est dead".
La "meuf" en question n'est autre que la regrettée Simone Veil, décédée le 30 juin dernier, à propos de laquelle le Président Macron a prononcé un éloge funèbre dont l'esprit se situe aux antipodes de celui du sms de sa chargée de communication. Cette dernière s'est du reste empressée d'en nier l'authenticité mais, dans une interview accordée à l'Express, elle n'en affirme pas moins assumer "parfaitement de mentir pour protéger le président". Faut-il pour autant jeter la pierre à cette dernière?
Le sms a soulevé des torrents d'indignation. Pour les uns il était tout simplement impensable d'évoquer en ces termes une grande figure de la cause des femmes. Pour les autres, l'indignation était irrecevable car motivée par une soi-disant forme de racisme à l'encontre de la réussite de la femme noire auteure du sms (cf quotidien Le Monde). Pour le chroniqueur David Desgouilles (Figaro), il n'y a pas lieu de condamner cette dernière car le propos aurait été tenu au cours d'un échange privé non destiné à publication. Non sans raison, il dénonce l'intrusion d'une certaine police de la pensée laquelle, de moins en moins, respecte les espaces privés, à l'image de l'amendement de la loi de moralisation qui frappe d'inéligibilité toute personne condamnée pour des propos ceci, des propos cela.
Cependant, verba volant scripta manent! Tout oral que soit l'esprit d'un sms, sa forme n'en est pas moins écrite et la chargée de communication ne pouvait pas ignorer que les amis de circonstance qui bourdonnent autour de l'Elysée peuvent à l'occasion faire un usage public d'une confidence écrite. Que la rumeur s'en empare n'a donc rien d'étonnant. Qu'il y ait autour des sphères du pouvoir, mais aussi du football, du showbiz, etc, des paparazzis et pseudo chargés d'information qui, telles les Erynnies de Sophocle, tourmentent les vivants, n'a rien d'étonnant non plus. Cependant, ce qui l'est plus encore, c'est l'invocation de l'excuse du privé!
Au nom d'une certaine dichotomie (public-privé), un même événement, une même question, seraient traités de manières différentes et antinomiques. En public, ce sont des références avérées et des éléments de langage policés, de vrais accents de sincérité et des silences étudiés. En privé, on se lâche, ce qui est une autre façon de dire qu'on se permet des grossieretés qu'on s'interdirait en public. Le chargée de communication de l'Elysée n'a rien fait d'autre que se lâcher, c'est sa seule faute. En même temps, les personnes qui se lâchent, peu ou prou, disent la vérité, une certaine vérité. Ainsi est-on fondé à soupçonner qu'à l'Elysée, ce qu'on pense de Simone Veil se rapprocherait plus du malheureux tweet que du discours présidentiel tenu en grandes pompes et en toute sincérité.
La dichotomie (public-privé) a bon dos du reste et son invocation relève sans doute du syllogisme. On lui demande de couvrir autre chose à propos de quoi il y a tout lieu de s'étonner voire de s'alarmer. La dichotomie est installée dans l'esprit même des responsables politiques et des communiquants. Une partie de leur esprit, la partie infra, utiliserait des outils mal affutés et manipulerait des représentations et des concepts grossiers (non dégrossis), dépourvus de respect et de considération. Les femmes y seraient des meufs. On ne sait à quelle sauce seraient mangés les opposants et les contradicteurs de toutes sortes. On sait en revanche que "les formes préservent de la barbarie" (Benjamin Constant) et que l'absence de formes (en quoi consiste la grossiereté) conduit à une grossiereté de raisonnement et à des schématisations réductrices et dangereuses. L'autre partie de l'esprit, le surmoi politique, serait chargée de donner le change et il y a diablement de quoi faire en la matière. Du reste, certains hommes politiques ne se risquent plus à des prises de parole (encore une expression emblématique de la distance par rapport à la parole qu'en vérité on ne prend pas mais qu'on énonce et qu'on délivre) sans oreillettes par lesquelles les consultants débitent des fragments de discours tels les souffleurs qui volent au secours des acteurs sur les planches. Ainsi devrait-on à une absence ou une panne d'oreillette ce propos sybillin selon lequel, dans une gare, on rencontrerait des "gens qui ont réussi et d'autres qui ne sont rien."
Peu importe, s'exclament d'aucuns, pourvu que les dossiers avancent! L'efficacité avant tout! Nous sommes cependant au regret de devoir rappeler que Simone Veil n'est pas une meuf, de même que les pauvres ne sont pas des "sans-dents" et que les poilus de quartorze n'étaient pas "de la chair à canon". On peut tenir, en privé, des propos concernant la pauvreté, mais lorsqu'une ex première dame nous dit en quels termes on évoque, là-haut, les pauvres, on a une petite idée de l'estime en laquelle ils sont tenus par ceux-là mêmes qui prétendent les défendre. De même, dire que "la meuf est dead" fait penser moins à un hommage sincère qu'à une tâche supplémentaire sur un semainier déjà bien chargé.
La grossiereté cependant n'est pas un crime, son exercice échappe aux filets de la police de la pensée. La grossiereté se dégrossit par la culture, l'exercice de la philosophie et de la conversation, la fréquentation de personnes qui ont une fois pour toutes renoncé à ce détestable usage consistant à claquer les portes et d'élever le ton. D'une certaine façon, il convient de savoir gré à la chargée de communication de l'Elysée de son sms malheureux. Sans le vouloir, elle nous renseigne sur des usages qui sont en train de se banaliser dans les sphères du pouvoir et dont les pratiques pourraient se révéler délétères si des vents mauvais venaient à se lever.

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20 juillet 2017

Un conflit de générations?

macron

Il reste évidemment des inconditionnels, nombreux de surcroît, militants voire aficionados. Ils ne jurent que par le "renouveau" de la classe politique, le "dégagisme" qu'ils feignent de prendre pour un coup de torchon sur une table encombrée mais qui n'est que la conséquence de leur incapacité à remettre de l'ordre dans un monde politique gangrené de désordre. Cependant l'édifice commence à se fissurer. Après les effets de communication et de manches, les bataillons de la macronie entrent "dans le dur" comme on dit (parce qu'on a oublié l'usage de l'expression : épreuve de vérité). Je me limiterai à quelques florilèges : après le colonialisme présenté comme "crime contre l'humanité", l'approximatif discours à propos du Vel d'Hiv' et des responsabilités historiques, puis la découverte d'un déficit budgétaire plus grand que prévu et l'impréparation des contre-mesures, sans parler du grossier recadrage budgétaire qui entraîne la démission du chef des armées et son alerte quant à leur efficacité, etc. La liste (des couacs, autre néologisme auquel je préfère: fausses notes) est déjà bien longue pour une période aussi courte. Elle témoigne de beaucoup d'amateurisme (et peut-être d'arrogance). La parole élyséenne censée intervenir avec retenue, dans la stratégie et le long terme, censée incarner cette hauteur qu'elle a reproché au précédent locataire de l'Elysée de ne pas avoir eue, cette parole s'emballe. "Je suis votre chef!", vitupère notre président, inconscient du fait qu'affirmer ainsi son autorité, c'est déjà faire l'aveu de ne plus la détenir (la potestas n'est pas l'auctoritas). Diable, mais que se passe-t-il donc en Macronie?
Peut-être le fameux "renouveau" a-t-il été un peu excessif? Peut-être les apprentis-sorciers du macronisme se sont-ils débarrassés d'outils, tels des mécaniciens amateurs qui jettent le delco d'une voiture parce qu'ils ne savent pas à quoi il sert et qui s'étonnent qu'elle ne démarre plus? Des chroniqueurs ont évoqué un conflit générationnel semblable à celui qui se révéla au cours de mai 68. Les bataillons d'élus, députés, conseillers et attachés de tous ordres présents parfois depuis plusieurs décennies ont été, au cours de ces élections, balayés par une impatience juvénile à bien des égards compréhensible. Peut-être les ainés sont-ils responsables d'avoir trop longtemps occupé les fonctions et de ne pas avoir préparé leur succession. Ils ne peuvent de surcroît faire état d'un bilan flatteur: la France est au bord du gouffre économique et aux bord de l'implosion communautaire. Emmanuel Macron a eu beau jeu (et c'est aussi son génie) d'avoir pressenti ce tournant historique et de proclamer "place aux jeunes!" avec une étiquette mobilisatrice (En marche) et dans une formule new-look consistant à postuler la fin du clivage droite-gauche (de même que Fukuyama proclama la fin de l'histoire, théorie dont nous sommes aujourd'hui revenus!). Même s'il a sans doute un peu été aidé par l'éviction de son véritable adversaire, François Fillon, lequel pour le moins a manqué d'opportunisme!
"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait!" dit un vieux proverbe que la modernité prétend remiser aux oubliettes. François Hollande a fait la preuve de son impuissance, mais E Macron montre qu'il ne sait pas tenir son rang face au général de Villiers ni même face aux Comoriens ou aux femmes africaines! Son accession au pouvoir coïncide de surcroît avec un autre événement, certes diffus mais inéluctable, puissant tel un rouleau compresseur, à savoir l'avènement des nouvelles technologies. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère et "l'homme nouveau" est branché, connecté, équipé d'une oreillette par où des communiquants lui soufflent des éléments de langage sans lesquels il tiendrait des propos ahurissants (cf: le commentaire sur "ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien"). L'homme nouveau n'apprend pas, il télécharge, il consulte, il lit des notes qu'il oublie aussitôt. Sa mémoire immédiate est surdimensionnée mais au détriment de sa mémoire profonde. Il n'a pas de maître, il est bardé de didacticiels et d'applications à DLUO réduite. Il ne regarde pas s'éclore les fleurs, il appuie sur un bouton, il clique, afin que, par l'opération du Saint-Esprit et de quelques giga-octets, les fleurs éclosent. Et si elles ne le font pas, il procède à un retour d'expériences ainsi qu'à une recherche de responsabilité de défaillance dans la chaîne du réel.
Les logiciels, didacticiels et outils ne sont pas en cause mais ils ne donnent que ce qu'ils peuvent donner. Cependant ils anésthésient l'intuition, laquelle consiste écouter un général qui dit que l'armée est exsangue et à se garder de mettre des loups dans les bergeries ("homo hominum lupus"!). Peut-être l'erreur la plus grande des ainés a-t-elle consisté à laisser croire à leurs cadets qu'ils y arriveront sans transmission, sans lent apprentissage! Platon était réservé quant à l'usage de l'écrit lequel à ses yeux affaiblissait le pouvoir de transmission orale des maîtres et peut-être l'épreuve la plus grande qui attend ce quinquennat est de confronter une génération nouvelle, largement impréparée, à l'épreuve du réel sans qu'elle ne songe à tempérer ses ardeurs par la pondération des ainés.
Le portait officiel présente notre président avec le Rouge et le Noir en arrière plan. Selon la rumeur, il s'identifierait au héros Julien Sorel, avide d'en découdre et de conquérir le monde. Peut-être aurait-il été bien avisé de poser à côté du roman de Stendhal les Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle, empereur, stoïcien, et homme le plus puissant de son temps.

 

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18 juillet 2017

Lire en été, nouvelles parues aux éditions de l'Abat-jour

L'été s'installe, majestueux tel un chant de cigales. 

Une saison suspendue au solstice,

Parfois, à la lecture, propice,

Face à la mer, étale.

 

Peut-être n'avez-vous pas encore eu le temps de lire ces deux nouvelles parues aux éditions de l'Abat-Jour, dans sa revue l'AMPOULE, numéros 20 et 23, toutes deux en lecture libre. 

En voici les liens et bonne lecture! 

 

 

ampoule 20

REITRES dans le numéro 20, page 74, lien:   http://www.editionsdelabatjour.com/2016/06/l-ampoule-n-20.html

 

 

 

 

 

 

Ampoule-n-23

LES PETITS CARNETS, dans le numéro 23, page 97, lien:     http://www.editionsdelabatjour.com/2017/06/l-ampoule-n-23.html

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12 juillet 2017

Wasselonne en croquis (2017)_2

suite

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03 juillet 2017

Wasselonne en croquis (2017)_1

croquis à la mine de plomb et au lavis

Wass_2017_2

Wass_2017_1

 

 

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15 juin 2017

La revue L'AMPOULE publie la nouvelle LES PETITS CARNETS dans son numéro 23

Ampoule-n-23

Les éditions de l'Abat-jour, sises à Bordeaux, publient une revue littéraire, trimestrielle et numérique dont le titre est l'AMPOULE. Le numéro 23 de la revue est consacré à la dichotomie ABSENCE & DISPARITION. La revue a retenu ma nouvelle LES PETITS CARNETS, dont le titre initial, la maladie de l'oubli, donne une indication quant au thème exploré. 

En voici un extrait: "Un sursis, s’est exclamé le médecin de famille en levant les bras au ciel. J’ai fini par m’en ouvrir à lui et il m’a dit que la maladie évolue par paliers, comme la marée montante quand, sur la plage, elle défait la forteresse de sable érigée par des enfants. Les vagues déferlent et meurent dans un dernier souffle, elles grignotent les festons par petites bouchées, puis soudain une vague plus hardie s’avance et renverse ce qu’il reste de digue. Il faut consolider les festons. Consolider et mettre l’esprit sous tension, lire, beaucoup d’activités physiques ou domestiques ! Il n’y a donc rien à faire, lui ai-je dit avec un geste de colère, quoique je susse qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, je l’avais lu et relu. Le médecin a déposé devant moi toute l’impuissance de ses mains ouvertes. Le combat, c’était à moi de le mener désormais, tenir les festons.

 

lien sur le site des éditions: http://www.editionsdelabatjour.com/

 

lien sur le numéro 23: (pour la nouvelle, Les Petits Carnets, se rendre à la page 97)

http://fr.calameo.com/read/000676683ffb3d348ae2f?bkcode=000676683ffb3d348ae2f

 

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14 juin 2017

Le TGV arrive à Bordeaux, et après?

TGV Bx

Nous sommes à quelques semaines, que dis-je, quelques jours de la mise en service de la ligne nouvelle TGV Tours-Bordeaux, et déjà Bordeaux-Métropole et SNCF pavoisent. Un jour nouveau point à l'horizon, une ère nouvelle s'annonce, Paris n'est plus qu'à deux heures de Bordeaux, sonnez trompettes et buccins. L'Aquitaine sort enfin d'une sorte de Moyen-âge et entre dans la modernité des cités connectées par la grande vitesse, en dehors delaquelle point de salut! Nous entendons d'ici, diffusés aux heures de grande écoute, les interviews de Girondins ayant fait en une journée l'aller-retour à Paris pour visiter quelqu'exposition ou musée!


Par cette ironie liminaire, nous voulons cependant prendre quelques distances avec cette euphorie obligatoire et, si nous sommes transportés, nous le sommes de perplexité tant le tableau d'ensemble nous semble, globalement, s'assombrir! Nous parlons de tableau à dessein, car il n'y a pas que le train, la grande vitesse, les TGV flambants neufs et la marquise de la gare St-Jean repeinte à grands frais. Il y a aussi l'évolution des territoires, de la métropole, des zones rurales, de l'emploi et tant d'autres choses dont nous renonçons à dresser la liste. La mobilité et ses vecteurs constituent un élément parmi d'autres d'un système, d'un ensemble territorial, au sein duquel les paramètres ne bougent pas indépendamment les uns des autres. Ainsi veut-on nous convaincre que les progrès annoncés dans la mobilité préfigurent d'autres progrès dans d'innombrables domaines et que la lumière qui s'allume dans un coin du tableau est appelée à se répandre. Pourtant nous pressentons qu'il n'en est rien, bien au contraire, nous croyons que les progrès ici sont contrebalancés par des regressions là-bas, à la manière de vases communicants qui compensent leurs fluides, et nous croyons même que les signes en sont déjà perceptibles, du moins aux yeux de ceux qui consentent à voir ce qu'ils voient, comme disait le regretté Péguy!


Sans doute, parmi toutes les choses qui méritent d'être vues, certaines sautent-elles plus volontiers aux yeux que d'autres. D'année en année, la houle grignotte un peu plus le rivage, lentement, insensiblement mais obstinément, et nul ne prendrait conscience de la montée des eaux si, ici une plage ne disparaissait, là un immeuble ne s'effondrait. A l'inverse, un gain de temps d'une heure sur un trajet qui en compte trois est une chose immédiatement et intensément perceptible. Les perspectives (apparentes) qu'ouvre ce saut de vitesse le sont aussi, mais le prix à payer l'est beaucoup moins. Aussi voulons-nous parler de ce prix et, en le mesurant aux gains et aux progrès qui sont annoncés, établir ce que notre intuition nous indique depuis longtemps, à savoir que tout cela est bien chèrement payé!


Certes la prouesse technique est considérable, à la fois en maîtrise du matériel ferroviaire, en tracé de ligne et en ouvrages d'art. Les ingénieurs, cheminots et techniciens ont fait de la belle ouvrage, mais les bâtisseurs du Concorde, en leur temps, l'avaient fait eux aussi! On sait ce qu'il advint de ce dernier, nous ne voudrions pas que, victime de son succès, il advienne la même chose à l'autre. Cependant, nous voulons nous pencher quelque instants sur le paradigme de la prouesse technique. Le Moyen âge avait les siennes, chaque cathédrale est un chef d'oeuvre à la fois d'art et de technique. Elles étaient faites pour durer, elles durent encore et les fidèles qui les désertent laissent la place aux touristes qui les admirent! Notre siècle qui ne croit en rien croit au moins au progrès et veut aller de plus en plus vite comme si l'ubiquité avait remplacé l'enracinement, comme si la globalité avait remplacé la localité. Everywhere au lieu de somewhere, sans que quiconque ne songe à cet adage, qui trop embrasse mal étreint! Diable, était-il si important de joindre Paris et Bordeaux en deux heures? Seuls les mondialistes répondent à cette question!


Car, deux heures de Paris à Bordeaux, qui cela intéresse-t-il? Combien de navetteurs quotidiens résidant à Bordeaux et travaillant à Paris, et quand bien même, à l'ère de la parcimonie environnementale et du télétravail, est-il raisonnable de consommer tant d'énergies et de deniers pour permettre à quelques centaines de cadres supérieurs d'habiter à 600 kms de leur lieu de travail quotidien? Les cadres aquitains pourront être à Paris pour une réunion à 9h du matin, nous dit-on. Certes, mais ils en avaient déjà la possibilité en empruntant l'avion. Les touristes chinois en visite à Paris pourront plus aisément faire un crochet en Aquitaine, nous dit-on encore. Certes, mais ils n'en seront pas plus nombreux et le chiffre d'affaires supplémentaire constaté en Aquitaine le sera au détriment de l'Ile de France. Quant aux touristes autres que chinois, notre petit doigt nous dit que peu leur importe d'arriver vite à destination!


Ce qu'on ne nous dit pas en revanche, c'est que cinq voyageurs ferroviaires sur six empruntent un TER. Ce qu'on ne dit pas non plus, c'est que les voyageurs entre Paris et Bordeaux trouvent toujours ou un TGV ou un avion, tandis que quatre voyageurs régionaux sur cinq empruntent une voiture par défaut d'offre TER adéquate. Ces chiffres seront utilement affinés par les transporteurs et les services de l'Etat mais les ordres de grandeur donnent une idée des enjeux: le besoin de progrès en matière de transport ferroviaire se trouve plus volontiers du côté du voyageur qui, tous les jours, se paye Bordeaux-Langon aller-retour, plutôt que du côté du voyageur qui, occasionnellement, se paye Paris-Bordeaux. En d'autres termes, le TER plutôt que le TGV! Last but not least, ce qu'on ne nous dit pas, c'est la majoration tarifaire du billet comme conséquence d'un bail léonin accordé à un concessionnaire, majoration qui poussera nombre de voyageurs à se rabattre sur l'offre low cost ou sur les bus Macron! Et nous nous refusons à ce stade d'envisager l'hypothèse que le personnel politique acquitain ait été motivé par le souci de rejoindre au plus vite les bancs de l'Assemblée Nationale afin d'améliorer les ratios de présence!


Nous ne voulons absolument pas contester le fait qu'un gain de temps d'une heure (sur un trajet Paris-Bordeaux qui en compte trois) soit un progrès, nous voulons en revanche non seulement souligner qu'il s'agit d'un progrès anecdotique qui intéresse un petit nombre d'individus (des CSP certes!), mais encore dénoncer que ce progrès accompli pour quelques privilégiés fut fait au détriment du grand nombre qui reste avec les moyens de transport d'un autre siècle, et ce ne sont pas les quelques Regiolis et Regio2N à la fiabilité incertaine qui changent fondamentalement la donne. Car les deniers publics sont comptés et ceux qui furent consacrés à la ligne nouvelle Tours-Bordeaux (quelques huit milliards nous dit-on, avant suppléments et ajustements) font cruellement défaut à la modernisation du réseau TER à propos duquel nous voulons dire qu'il prend désormais une place stratégique au sein de ces zones périurbaines en lesquelles nos métropoles s'étendent.


Ces zones, nouvelles, se sont constituées au cours des trente ou quarante dernières années. La ville a grignoté les zones vertes et les terres arables alentours en un mouvement qualifié par l'administration de mitage, mouvement que les politiques d'urbanisme depuis une quinzaine d'années cherchent à contenir. Les métropoles, françaises notamment, ne cessent de grossir et concentrent les populations à la manière dont les trous noirs concentrent la matière céleste. Les zones rurales en sont désertées, faute d'emplois certes, mais aussi faute de transports en communs à la hauteur des attentes, et les deux fautes, les deux manques sont imputables, notamment, à la même cause, à savoir la fiscalité (considérée au sens large, impôts et charges comprises).


La fiscalité en notre pays est (quasi) homogène dans les prélèvements mais inégalitaire dans les affectations. Pour un euro alloué en zone rurale, deux le sont en zone urbaine! Cette fiscalité de surcroît est parmi les plus élevées en Europe et, même s'il n'y a pas consensus sur ce point, il n'est pas inutile de rappeler que les charges élevées qui pèsent sur le coût du travail handicapent la compétitivité de ce dernier, que l'indispensable compétitivité est dès lors obtenue par des économies d'échelle et donc des concentrations d'activités, c'est à dire la concentration dans les zones périurbaines d'activités qui auparavant, disséminées, donnaient vie à nos petites villes et zones rurales. Cette fiscalité, élevée, alimente des dépenses de l'Etat jugées excessives par tout économiste sérieux (quelques 56% du budget de l'Etat est consacré au fonctionnement de l'Etat, soit 10% au-dessus de la moyenne européenne) ainsi que des projets d'aménagement du territoire dont le bénéfice pour le bien public reste contestable (et contesté). Il s'en suit qu'il y a un rapport, indirect mais non moins patent, entre une ligne nouvelle de TGV, coûteuse, et la désertification alentours. Le suréquipement d'un côté se paye toujours par le sous-équipement de l'autre!


Attardons-nous encore quelques instants sur cette dynamique de trou noir qui caractérise une métropole (française). La desserte ferroviaire à grands frais d'une métropole de 750 000 habitants (Bordeaux) présente un équilibre économique insuffisant, il était donc nécessaire de faire grossir cette dernière. Ainsi est né le paradigme de la métropole millionaire Bordeaux 2030 (+250 000 habitants, + 75 000 emplois, + 50 000 logements). Ses défenseurs soutiendront mordicus que l'attractivité territoriale de l'Aquitaine est telle que la population y croît plus vite qu'ailleurs et qu'il était impensable de laisser ces apports s'installer de façon anarchique. Le besoin d'ordre est louable mais les choix qui ont été faits n'ont pas consisté à renforcer le tissu de villes moyennes autour de Bordeaux (Libourne, Langon, Lesparre ...) mais à densifier le territoire métropolitain par des quartiers nouveaux surgis presque sui generis, avec d'innombrables malfaçons du bati, avec un déficit d'écoles, de crèches et de services publics, d'arbres, d'espaces verts et d'oiseaux pour les rendre vivants, avec un déficit de perspectives et d'espacement, avec un déficit de KWh, d'octets et d'eau courante, avec un déficit de silence et de sérénité, avec un déficit de places de parkings et un réseau viaire qui est ce qu'il est (c'est à dire sursaturé en voitures), et des réseaux de transports en commun (TER, tram et Transgironde) qui auraient nécessité des investissements d'un autre ordre. Il s'en suit que la ligne nouvelle Tours-Bordeaux sera mise en service au sein d'une métropole en pleine mutation, où certes les abords de la gare St-Jean ont été modernisés, mais où le tissu périrubain croît à marche forcée, sous l'impulsion d'une technocracie qui croit pouvoir cordonner l'évolution de tous les paramètres et qui n'en reste pas moins sourde aux lacunes et aux problèmes dont nous découvrirons l'ampleur au fil du temps et à mesure que s'éteindront les bulles de ce Champagne qui coulera à flot pour en fêter l'avènement.


Aussi, à quelques semaines de l'inauguration de la ligne nouvelle et de l'arrivée du TGV en grandes pompes à Bordeaux, prenons-nous quelques distances avec l'euphorie qui prévaut urbi et orbi et voulons-nous partager quelques prémonitions inquiètes (d'autant plus que l'amélioration de la ligne historique, à peu de frais, eût généré un gain de temps suffisant!) même si nous n'ignorons nullement que les Cassandre ne sont jamais écouté(e)s.

 

04 juin 2017

La revue LE TRAVERSIER publie la nouvelle: Deux pressions

Le Traversier 22

Dans sa livraison numéro 22, de mai 2017, la revue littéraire LE TRAVERSIER, sise à St-Germain-en-Laye, publie ma nouvelle Deux Pressions.

De passage à la Gare du Nord, le narrateur croise la route d'une femme qu'il a connue et perdue de vue. Ils disposent l'un et l'autre de quelques instants pour échanger des nouvelles et peut-être reprendre contact. "Deux pressions!" disent-ils au serveur du bistrot où ils prennent place, en souvenir d'un rituel qui leur était cher.

Dans cette nouvelle l'auteur explore les méandres d'une conversation tenue d'emprunter des chemins détournés, entre des personnages trop impliqués dans une histoire ancienne pour ne pas prendre d'infinies précautions.

 

 

Un extrait: "Antoine entre dans le kiosque presque désert. Il prend deux magazines et avance la monnaie. A peine la caissière fait-elle attention à lui, ayant à faire trente-six choses à la fois. Pas encore dehors cependant, il est saisi de stupeur. 

Stupeur n'est pas à vrai dire le terme qui convient, en dehors de la puissance du saisissement. La grande marquise de la Gare du Nord bruisse de voyageurs et de trains qui vont et viennent, et le regard a mille objets à convoiter. Mais celui d'Antoine s'arrête sur une silhouette, une seule, et la stupeur le saisit, mêlée d'impatience et d'effroi. Anna! Le prénom s'échappe de ses lèvres. Anna, sans nul doute. La silhouette se déplace de ce pas décidé qui n'appartient qu'à elle. Est-elle en train de partir? Vêtue de noir, elle ne porte qu’un bagage léger. Sa coiffure la met en valeur, un petit carré avec frange, Antoine ne l’avait pas connue ainsi. Ce détail mesure l’ampleur de l’absence. Anna cependant marche si vite qu’à chaque instant elle risque de se fondre dans la foule. S’il reste les bras croisés, il risque de la perdre de vue."

 

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24 mai 2017

Manchester, l'indignation n'est plus de mise

manchester

Manchester, le 22mai 2017 au soir, à l'issue d'un concert de la chanteuse Ariana Grande, très populaire parmi la jeunesse mais dont le sexagénaire que je suis découvre le nom. Un attentat, feint-on dans un premier temps de s'étonner, comme si l'hypothèse d'un accident, imputable à quelques adolescents ayant oublié un lot de pétards mouillés ou à la rupture accidentelle d'une conduite de gaz, était plausible! Les premiers commentaires dissimulent mal le regret que ce ne fût pas un accident, tant les commentateurs savent déjà, en leur for intérieur, de quoi il s'agit réellement. Les mimiques et les non-dits en disent bien plus longs que les propos faussement lénifiants. Lorsque la terrible réalité ne peut plus être dissimulée, lorsqu'il est manifeste qu'un individu chargé d'explosifs s'est fait sauter parmi la foule, Theresa May, premier ministre, livre son indignation protocolaire, elle "n'arrive pas à comprendre comment quelqu'un peut s'en prendre à des enfants". Pour Angela Merkel, il est de même "incompréhensible que quelqu'un puisse se servir d'un concert pop pour tuer et blesser". L'une et l'autre pourtant savent ce qui, dans un passé récent, s'est produit à Paris, Bruxelles, Berlin et Londres, elles savent aussi que des attentats de cette nature ne sont pas le fait d'extrémistes catholiques en mal de chant grégorien ou de bouddhistes ayant égaré leur moulin à prières, elles savent même très bien à qui sont imputables ces attentats qui ne sont pas signés et elles s'abritent derrière les lenteurs de l'enquête pour ne pas avoir à les nommer. Elles ont l'intelligence nécessaire pour faire des liens entre des faits qui présentent tant de similitudes, mais elles feignent d'en découvrir l'existence. Et si "si mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde" (Albert Camus), on frémit en pensant à ce qui arrive lorsqu'on ne les nomme pas du tout, lorsque par peur par lâcheté ou par confort on se refuse à les nommer. En attendant les résultats de cette enquête qui nous révélera ce que nous savons déjà, Anne Hidalgo prévoit l'extinction protocolaire de la Tour Eiffel, pour laquelle il conviendrait dans l'avenir d'envisager un éclairage clignotant, mais se refuse à l'annulation des concerts programmés dans la capitale, car "ils n'auront pas notre haine" et continuer à faire la fête est la meilleure façon de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas gagné. En attendant, encore, quelques centaines de familles supplémentaires sont marquées par le deuil ou les blessures de l'un de ses membres, et les faire-parts de compassion et de condoléance qui affluent de partout leur deviennent insupportables tant ils puent la mauvaise foi de ceux qui ne sont pas touchés dans leur chair. Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui se disent, combien de temps encore allons-nous nous faire tirer comme des lapins? Combien de temps encore considérerons-nous que ce n'est qu'un problème de police et de sécurité civile? Je termine ce billet en songeant que la chape de plomb qui pèse sur les esprits est si forte que moi non plus, par crainte peut-être des moteurs de recherche indexés sur certains mots, je n'ai pas réussi à nommer les auteurs de ce nouvel attentat. Et je me dis, est-ce qu'ils n'ont pas déjà gagné? 

 

 

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22 mai 2017

Déconstruction des esprits

 

déconstruction

Est-il seulement possible de reconstruire des esprits déconstruits, et tout d'abord qu'est-ce que la déconstruction. Evitons le piège qui consisterait à faire allégeance aux Derrida, Foucault, Bourdieu, etc, dont les énoncés invitent à se perdre sur des chemins sans issue, en des contrées où l'esprit ne trouve pas grand chose à se mettre sous la dent. La déconstruction consiste en un prétendu mouvement d'émancipation des moeurs lesquelles sont présentées comme autant de carcans et vieilleries inutiles (des moeurs qui pourtant ne sont que des formes chargées de maintenir cohérence et cohésion, même si elles supposent une certaine contrainte). Les esprits en apparence émancipés jouissent toujours d'une certaine liberté retrouvée, du goût très rousseauiste du paradis perdu. Les désordres qui tôt ou tard résultent de l'abandon des formes (celles qui "préservent de la barbarie", Benjamin Constant) apparaissent à leurs yeux comme les conséquences de facteurs extérieurs (le climat, le pouvoir de l'argent, la corruption des élites ...). Mais jamais ils ne consentent à admettre que le désordre suprême résulte de la déconstruction (celle de l'école, soi-diant reproductrice des inégalités, celle de la famille, soi-disant responsable des atavismes, celle de la culture, soi-disant stigmatisante, celle de la religion, soi-disant "opium des peuples", etc).

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20 mai 2017

Menace sur la littérature

 

La question qui se pose aux écrivains contemporains (en dehors des poids lourds qui sont adossés à une renommée médiatique soigneusement entretenue) est celle de la raréfaction de leur lectorat. Non que la qualité de leurs écrits se soit détériorée, mais les lecteurs qui, il y a quarante ans, ne rataient pas une émission d'Apostrophes et se donnaient rendez-vous dans les bibliothèques, se réfugient désormais sur les réseaux sociaux et s'abîment les yeux sur les séries B. Cette défection est aggravée par un phénomène plus inquiétant encore. Il entre désormais en ligne de compte un public qui non seulement ignore leurs écrits mais les tient pour impies, inconformes à une soi-disant vérité révélée dont il se proclame le témoin. Aussi, le défi qui se pose aux écrivains est celui du refus grandissant, non de leurs écrits, mais de la littérature même comme discipline d'émancipation et d'Aufklärung. Mais au lieu de questionner cette question, beaucoup d'écrivains se livrent à une gymnastique incantatoire pour éviter de les aborder, tant est pesante la chape de plomb qui interdit de questionner la compatibilité des religions avec l'art de vivre occidental.

salman rushdie

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19 mai 2017

L'évangile selon Saint-Barnabé

Les preuves fatiguent la vérité (César, sculpteur)

 

St-Barnabe

Il y a quelques temps de cela, j'ai suivi deux documentaires diffusés par la chaîne RMC. Le premier est consacré à un évangile apocryphe (non reconnu par le canon catholique et romain), à savoir l'évangile de St-Barnabé. Le texte est présenté comme étant d'inspiration islamique, parce que, suppose l'auteur du documentaire, il remet en cause la réalité de la mort et de la résurrection de Jésus, c'est à dire rien moins que le dogme de la Trinité sur lequel la chrétienté romaine prétend reposer. Le second est consacré à un fragment de papyrus copte qui rapporte(rait) des propos où le Jésus de la chrétienté romaine (un Jésus nimbé d'un céleste célibat) ferait allusion à une femme qui aurait été la sienne.

Dans chaque cas, le Vatican réfute l'authenticité (il ne peut  faire moins) des documents présentés tandis que les chercheurs, quant à eux, multiplient les expertises pour en attester la recevabilité. Et les auteurs des documentaires livrent à tout bout de champ des commentaires faussement ingénus qui laissent entendre que, si les preuves étaient avérées, c'est tout l'édifice de la chrétienté qui vacillerait!

Ni experts, ni scientifiques ni commentateurs n'en viennent cependant à douter de leur propre incongruïté. Car il n'est pas illégitime de se poser la question: quand bien même les documents seraient authentiques, cela menacerait-il la chrétienté? En d'autres termes, la chrétienté, deux mille ans de chrétienté, reposeraient-ils seulement sur des faits historiques que des expertises et des recherches pourraient remettre en cause à l'aide de pièces archéaologiques?

Définir la consistance d'une religion en terme de preuves révèle peut-être une profonde méconnaissance de ce qu'est le fait religieux et, pourquoi pas, une certaine arrogance. Dans le Christianisme, il n'est écrit nulle part que le Christ soit resuscité. Il est écrit en revanche (cf les évangiles, canoniques et apocryphes) que des témoins se sont approchés du tombeau qu'ils ont trouvé vide, la pierre déplacée. Les évangélistes en ont conclu que les témoins ont cru et, à ce point précis du texte, nous quittons le récit historique pour entrer dans celui de la prière et de la foi.

Dans une religion, celle-ci est implicite, c'est peut-être d'elle dont il est le moins question, au détriment des articles de foi, lesquels servent à définir des hiérarchies, des territoires de pouvoir temporel. Une religion a besoin de théologiens peut-être et plus encore que de mystiques (lesquels ont la vertu et le défaut de faire des expériences ineffables, impropres aux articles de foi).

Une religion ne dépérit nullement parce que des scientifiques ont mis à jour des éléments historiques qui entrent en contradiction avec ses articles de foi. La foi chrétienne ne sera en rien ébranlée par les révélations d'un évangile apocryphe ou d'un fragment copte. Une religion en revanche entre en déclin lorsque ses fidèles se croient suffisamment éclairés pour se dispenser de croire!   

 

 

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10 mai 2017

Autoproclamés souverains

 

babel

Une société d'hommes autoproclamés souverains n'est plus une société mais une population d'individus soucieux de leur bien-être et de leurs intérêts particuliers. Les inégalités (naturelles), dont il ne serait pas venu à l'idée de leurs aïeux de demander des comptes au Seigneur, ces inégalités sont désormais portées en place publique, sur l'agora, pour exiger réparation de la communauté des hommes. Ainsi sont nés les droits des minorités et, plus Dieu s'éloigne, plus les minorités revendiquent avec force. Le tissu social perd sa cohésion et sa texture, il finit par ressembler à un patchwotk dont le stade ultime est ce monde qui a entrepris la construction de la Tour de Babel. Péché d'hybris que les Dieux ont puni de Némésis: la construction s'arrête car les hommes en ont perdu le sens. La Tour est l'illusion de la reconquête du sens perdu. Les Tours de Babel contemporaines s'appellent recherche génétique, numérique, hybridation, intelligence artificielle, robotique  ... 

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06 mai 2017

D'après August Macke

Né le 3 janvier 1887, en Rhénanie du Nord, August Macke fréquente l'Ecole des Beaux-Arts de Düsseldorf avant de découvir l'impressionnisme français et plus particulièrement Cézanne. En 1911, son itinéraire artistique s'infléchit au contact des expressionistes du Blau Reiter, notamment Kandinski et Franz Marc. Il participe du reste à une exposition à Munich en 1912, mais finit par prendre ses distances. Il déménage en Suisse et effectue, avec le peintre Paul Klee, un voyage en Tunisie où il réalise d'innombrables aquarelles.(dont sont inspirées les interprétations ci-dessous)

Il est mobilisé en août 1914 et tué sur le champ de bataille, en Champagne, le 26 septembre 1914, à l'âge de 27 ans.

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05 mai 2017

CHRISTA WOLF: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud (Ville des Anges)

 

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"TOMBER DES NUES, ce fut l'expression qui me vint à l'esprit lorsque j'ai atterri à L.A.", ainsi débute le livre Ville des Anges (en allemand: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud) paru en 2010 aux éditions Suhrkamp, Berlin, sous la plume de la romancière allemande Christa WOLF. Au fonctionnaire des douanes qui, dubitatif, examine son passeport, elle répond: "Yes, East Germany!" Nous sommes au début des années 90, le Mur de Berlin est tombé, l'ancienne RDA d'où la romancière est originaire est réunie à l'autre Allemagne. "Are you sure this country does exist?", insiste le fonctionnaire, et la romancière de répondre: "Yes, I am", "même si le réponse correcte eût été no, et moi, pendant la longue attente de mes bagages, je ne pus m'empêcher de me demander si cela valait vraiment la peine de me rendre aux Etats-Unis avec ce passeport encore valide d'un pays qui n'existait plus, à seule fin de déconcerter un jeune fonctionnaire des douanes aux cheveux roux."

Que vient faire à L.A la romancière allemande? Au fil des pages, le lecteur apprend qu'elle a bénéficié d'une bourse de recherche et le livre se présente en quelque sorte comme le journal de bord des rencontres qu'elle y fait, notamment au sein de la diaspora allemande. Il est question aussi des échanges épistolaires avec une mystérieuse L. émigrée aux Etats-Unis, à une époque où le destin des deux Allemagnes était scellé. "Qu'aurait donc été la vraie vie dans la bonne si, à la fin de la guerre, nous étions encore parvenus, avec notre convoi de réfugiés, à franchir l'Elbe, vers laquelle nous nous dirigions avec les dernières forces de nos chevaux de trait? Est-ce que, dans d'autres conditions, les vraies, je serai devenue quelqu'un d'autre? Plus intelligente, meilleure, sans culpabilité? Mais pourquoi ne puis-je toujours pas vouloir souhaiter échanger ma vie contre cette autre, plus facile meilleure?", n'a de cesse de s'interroger la narratrice qui tente de faire le bilan de ces années de plomb. "Tu serais continuellement et impitoyablement questionnée sur ce qu'avait bien pu représenter ce pays déglingué pour qu'on verse une seule larme sur lui. A part des machines bonnes pour la casse et des rapports d'espions, que pouvait-il donc apporter à la grande, riche et libre Allemagne?" , tout en gardant à l'ex-RDA une fidélité de coeur: "A un moment donné, cette phrase a pris forme: Nous avons aimé ce pays. une phrase impossible, qui n'eût mérité que railleries si tu l'avais prononcée."

Peu à peu cependant émerge la raison de ce long séjour californien qui, en dépit des apparences n'a nullement pour objet de produire une chronique américaine. Peu après le TOURNANT (die Wendung?), la chute du Mur de Berlin et la réunification, apparaît toute l'ampleur de la pieuvre STASI. Rappelons-nous, la STASI, service de renseignement et de police de l'état dont nul ne connaissait les ramifications. La STASI possédait un dossier sur chaque citoyen de l'Allemagne de l'Est. Chacun tenait, chacun était tenu par la barbichette, tous à la merci des fonctionnaires de l'état et des petits services qu'il avaient à leur demander. Tous les petits travers des uns et des autres étaient soigneusement notés et exploités (addictions au jeu, à la drogue, au luxe, à la luxure ...) Chacun était devenu l'espion de son voisin, de son cousin, de son conjoint. Mais le TOURNANT a subitement mis en lumière toute cette activité souterraine. Les dossiers de la STASI sont mis à la disposition des citoyens, un décret permet à chacun de consulter les monceaux de documents dilatoires accumulés sur son compte. Christa Wolf prend connaissance de ceux qui la concernent et sans doute, prend-elle alors conscience de quelque chose. "Je me suis trompée en pensant que l'état où je vivais, la RDA, en dépit de ses défauts manifestes, que j'observais intensément et que j'éprouvais personnellement, était réformable et pourrait durer", confie-t-elle au cour d'une interview accordée au Nouvel Observateur en 2006.

Elle évoque les documents et les secrets que chacun s'efforçait de dissimuler le plus longtemps possible, "tous ces petits paquets qui étaient cachés pendant des années dans un coffre, ..., des sacs de voyage remplis de ... manuscrits, de journaux intimes qui ne devaient pas tomber entre leurs mains, et quand ces petits paquets reposaient là dans leur cachette bien précaire, c'était le signe que tu pensais ne courir aucun risque". Espoir bien fragile car, à la moindre alerte, "Il fallait déménager les documents, ... des amis devaient être prêts à les accueillir chez eux sans poser de questions sur leur contenu, ... et l'on se trouvait dans l'obligation de convenir de mots de codes que l'on prononcerait au téléphone au cas où, et qui devaient déclencher des actions de sauvegarde."

Les certitudes d'une vie sont ébranlées et, comme une prémisse annonciatrice, Christa Wolf est terrassée par une crise cardiaque 4 jours avant la chute du mur, elle se trouve alors sur Alexanderplatz, dans une manifestation pacifique à propos de laquelle, dans la même interview, elle racontera que "de jeunes officiers de l'Armée populaire ... avaient collecté les munitions de leurs soldats quand les gens ont convergé en masse vers le Mur, là où ils étaient de service: pour que rien n'arrive." Car le Mur s'effondre et la boîte de Pandore s'ouvre, la fonctionnaire qui donne accès aux archives de la Stasi révèle aussi les comptes rendus ... faits par Christa Wolf elle-même sur le compte de tiers de sa connaissance, trente ans plus tôt, une activité que sa mémoire avait occultée. Ils sont rendus publics et la romancière en est éclaboussée, controversée, poussée par ses amis à prendre un peu de recul. Christa Wolf qui pourtant avait pris ses distances dès 76 avec le régime de la RDA apparaît en complice de la chape de plomb qu'elle a dénoncée.

"TOMBER DES NUES", dit-elle en incipit, et sans doute tombe-t-elle des nues à tous les sens du terme. Ville des Anges est présenté comme un roman, il est en réalité le journal, le diary, d'une romancière qui tente de remettre un peu d'ordre dans sa vie et ses représentations du monde, chahutées et mises à mal, et qui n'y parvient pas vraiment. L'invocation de l'overcoat of Dr Freud fonctionne comme un paratonnerre mal raccordé ou comme une peau de chagrin. Au cours de son séjour californien, elle invoque de célèbres exilés, Thomas Mann et Bertholt Brecht notamment, elle croise d'innombrables personnages, exilés ou descendants d'exilés ayant fui le nazisme sans que jamais pourtant les anecdotes qui fourmillent à leur propos ne se tissent en récit. A Los Angeles, Christa Wolf n'est pas disponible, tels un Jim Harrison ou un Richard Ford, elle est hantée par les décombres de sa foi en un pays (l'ex-RDA) qu'elle avait vu comme absolution de l'Allemagne hitlérienne et espoir d'un monde meilleur. "C'est seulement lorsqu'une vieille camarade, juive, qui avait longtemps vécu en émigration, vous a reproché d'une voix tremblante ... de vouloir à nouveau des camps de concentration, que vous vous êtes tus, il n'y avait rien à dire, et tu as compris que l'affaire était désespérée."

Christa Wolf n'en est pas moins une plume somptueuse et le livre regorge de pages lumineuses. La citation qui suit est à la fois révélatrice des réflexions de la romancière sur l'art du récit et, sans peut-être qu'elle s'en soit rendue compte, de la Némésis (à propos de l'épisode de la collaboration) à laquelle elle a consenti et sans laquelle son oeuvre n'aurait pas vu le jour de la même façon. "Il y a plusieurs fils de la mémoire. La mémoire du sentiment est la plus durable et la plus fiable. Pourquoi en est-il ainsi? En a-t-on un besoin particulièrement pressant pour survivre?  Dans l'envie de raconter il y certainement aussi celle de détruire, qui me rappelle l'envie de détruire en physique, à propos de laquelle j'ai lu un article dans la presse sous le titre Téléportage pour non-débutants. Des chercheurs en physique quantique sont donc parvenus à ce que les atomes séparés par une grande distance se chuchotent quelque chose, transposent l'état originel d'interférence de l'atome A à l'atome B, quoi que cela puisse signifier. Mais ce qui me fascine le plus, c'est d'apprendre que le physicien, en effectuant la mesure, détruit l'état originel. Cela soulage presque ma conscience car le narrateur, lui aussi, détruit inévitablement un état originel en se contentant d'observer les êtres humains et en transposant sur le papier insensible ce qui semble se dérouler entre eux. Mais cette envie de détruire, me dis-je, est contrebalancée par l'envie de créer, qui fait surgir du néant de nouveaux personnages, de nouvelles relations. Et ce qui précédait a été effacé."

Je n'en reste pas moins un inconditionnel de titres tels "August", "Kassandra", "Ce qui reste" ou encore, "Un jour dans l'année, 1960-2000" pour ne pas nourrir la même attente vis à vis de "Ville des Anges". Je referme cependant le livre avec un sentiment d'inachèvement.

 

 

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