blog de roland goeller

24 mars 2017

Dieu est un trou noir

 

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Que sait-on exactement de Dieu? Que croit-on savoir ou ignorer en ce qui le concerne? A force d'absence de preuves, les uns capitulent, ils versent dans l'athéisme et les expériences progressistes. D'autres, hélas en plus petit nombre, continuent de croire au fur et à mesure qu'ils avancent sur un chemin personnel qui échappe à tout compte-rendu rationnel,  a fortiori aux reportings statistiques. De grands mystiques tels Blaise Pascal ou Jean de la Croix évoquent une violente expérience, une transfiguration qui laisse penser à la fascination qu'exercent les trous noirs célestes. Ceux-ci sont infiniment denses. On les croit dépourvus de matière mais ils en regorgent et ils ont la propriété d'absorber toute lumière qui s'en approche. Ils sont invisibles. Leur existence n'est révélée que par les distorsions alentours. De surcroît, rien ni personne ne s'en échappe.

Et si Dieu fonctionnait à la manière d'un trou noir céleste? On peut vivre une vie entière en ignorant que la voûte céleste regorge de trous noirs. On peut vivre sans Dieu. On peut s'accommoder de vivre sans Dieu. S'en approcher, en revanche, expose à la brûlure, à la dissolution, à l'anéantissement. Par ailleurs, cette vision infirme la théorie rationnelle qui veut que la connaissance progresse à la manière d'un cone de lumière qui ne cesserait de s'élargir. Il y a un lieu dans le ciel hors de portée de notre connaissance. Dieu reste ontologiquement impénétrable à notre intellect et le mot Dieu n'est que le condensé de notre ignorance. Unbegreiflich, unbegreifbar, dirait-on en allemand!

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10 mars 2017

Topologie d'une élection à haut risque

 

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Cinq principaux candidats pour le premier tour, deux seulement pour le second et comment lire l'offre électorale? La dichotomie droite-gauche convient-elle encore? L'émergeance d'un centre de synthèse répond-il à un réel déplacement des forces politiques ou s'agit-il d'un artefact destiné à égarer le discernement? Cette élection est atypique à plus d'un titre, notamment par les leurres et faux-fuyants qu'elle fait apparaître. Comment se déterminer sans jouer au "421"?

Et tout d'abord quels sont les défis auxquels la France est confrontée? Ils sont de deux sortes à notre sens. La place de notre pays dans le leadership européen et sa compétitivité, d'une part. Sa propre perception en tant que nation et peuple d'autre part.

Le leadersheap européen suppose une France respectueuse de ses engagements (Maastricht), soucieuse de ses équilibres budgétaires et du recul de sa dette. Ce renouveau économique passe notamment par la compétitivité de son économie et de ses entreprises dans un monde globalisé et concurrentiel et, corollaire, la réduction des dépenses publiques. D'autres cependant n'estiment pas cela prioritaire et envisagent des mesures de protection qui restreignent la liberté d'entreprendre. D'autres encore envisagent de se retirer purement et simplement du projet européen.

Disons des premiers qu'ils sont libéraux (au sens de Tocqueville) et des seconds qu'ils sont dirigistes (ainsi qu'ont pu l'être les planificateurs bolchéviques).    

Quant à la question de la nation et du peuple, les uns pensent que la question appartient au passé et les autres qu'il ne saurait y avoir d'avenir sans passé, c'est-à dire sans restauration de l'idée de peuple et de nation. Appelons progressistes les premiers (en ce qu'ils sont disposés à toutes les expérimentations sociétales) et conservateurs les seconds (en ce qu'ils restent attachés aux structures séculaires, école, famille, état, corps intermédiaires, histoire, religions ...). Les progressistes disent, ouvrons les frontières on verra après. Les conservateurs ne sont pas opposés à l'ouverture des frontières mais disent, réfléchissons. Ces derniers du reste abordent la menace islamiste non comme un trouble à l'ordre public mais comme un danger pour la cohésion de la nation et du peuple. Disons encore que les progressistes n'hésitent pas à changer les choses sans se soucier des conséquences, alors que les conservateurs ne changent les choses qu'après examen des conséquences possibles, ce qui fait qu'ils les changent rarement. Les progressistes traitent alors les conservateurs de réactionnaires et ils ont parfois raison, tandis que les conservateurs traitent les progressistes d'utopistes, ce qu'ils sont bien souvent.

La position des cinq candidats sur une échelle allant de la gauche vers la droite en passant par un centre hypothétique est-elle encore pertinente? Nous observons que les camps, de droite et de gauche, sont eux-mêmes soumis à des forces antagonistes qui les divisent. Ainsi trouvons-nous des progressistes-dirigistes, des progressistes-libéraux des conservateurs-dirigistes et des conservateurs-libéraux.

Comment dès lors se répartissent les uns et les autres sur cette grille à 4 positions?

JLM et Benoît Hamon sont à l'évidence progressistes et dirigistes. La lutte contre les discriminations restent leur vecteur sociétal et l'un et l'autre nourrissent des projets qui induisent un sucroît de dépenses publiques dont les recettes correspondantes restent floues. Etat-providence, droit des minorités et contrôle accru sur les entreprises. Le redressement promis reste cependant très incantatoire!

E Macron formule un programme économique plutôt libéral. Il entend respecter la parole européenne et oeuvrer dans le sens du redressement des finances publiques. Cependant ses prises de position sur la culture et le colonialisme le situent d'emblée parmi les progressistes pour qui: "il n'y a pas de culture française à proprement dite mais de la culture en France", et "le colonialisme est un crime contre l'humanité!". Le globalisme, l'ubérisation et la repentance d'E Macron laissent craindre le pire pour l'idée même de peuple et de nation.  En ralliant Macron, Bayrou quant à lui se positionne en progressiste ce qu'il n'est pas. 

MLP ne cède pas à cette sirène en ce qu'elle porte un discours très "France", trop sans doute. Elle aussi est conservatrice. En économie en revanche elle se montre anti-européenne et isolationniste. Elle n'envisage pas la mondialisation  comme un challenge mais comme un danger contre lequel il faut dresser un mur.  A l'évidence elle est dirigiste et à plus d'un titre rejoint JLM dans ses options.

Quant aux consevateurs libéraux, il leur reste François Fillon.

Seulement François Fillon.

 

08 mars 2017

La revue LES HESITATIONS D'UNE MOUCHE publie la nouvelle: LE CHEVREUIL

 

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La revue LES HESITATIONS D'UNE MOUCHE n'hésite pas à publier de (bonnes) nouvelles à propos de nouvelles qui ne le sont pas toujours.

Faussement retranchée à Ambarès, là où Dordogne et Garonne se rejoignent dans l'estuaire de la Gironde, la revue milite pour la littérature et propose des textes sans dates de  péremption.

Dans sa numéro 80, elle inscrit au sommaire la nouvelle LE CHEVREUIL.

La nouvelle met en scène Hortense, une femme jetée sur les routes pour des raisons professionnelles. Sous des apparences enjouées et volontaristes, la vie d'Hortense ressemble en réalité à une course sur le fil du rasoir!

Extrait: "Parfois traverse un chevreuil. Le rendez-vous est fixé à 9 heures. Il reste 10 minutes et 10 kilomètres à parcourir. Il pleut et le bitume est glissant. A la hauteur d’un chantier, un employé en suroît fluo régule la circulation. Les voitures passent en alternance. A une voiture près, Hortense perd un tour. De l’autre côté du chantier, la circulation redevient fluide. Hortense accélère, le GPS n’a pas signalé de radars. Chaque minute gagnée est précieuse. A défaut d’être just in time, elle aura sauvé les apparences. La route est scindée en deux par une épaisse ligne jaune, les voitures sagement alignées dans leurs files respectives, sans dépasser. Au-delà, les gens prennent des libertés. Dans la vie aussi. La vie ressemble parfois à une route sans ligne jaune."

 le site: https://leshesitationsdunemouche.jimdo.com/

 

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07 mars 2017

La revue LE TRAVERSIER publie la nouvelle : ABONDANCE

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L'association LE TRAVERSIER, sise à St-Germain-en-Laye, publie dans sa livraison n°21, de février 2017, un ensemble de textes et nouvelles regroupées sous le chapeau "Mon petit coin de paradis".

La nouvelle ABONDANCE y a trouvé sa place. Elle met en scène Armand, octogénaire, lequel arpente son jardin un beau matin d'été ...

 

Extrait: "La véranda donne elle-aussi à l’est. Armand se tient sur le pas de la porte. Il embrasse du regard les champs qui s’étendent jusqu’à la ligne d’horizon. La lumière rasante accentue les irrégularités des vallons et embrase la rosée. Le soleil joue dans les branches les plus hautes des chênes. Bientôt il ignorera leur trop chétive digue et, de toute sa puissance, déversera sa lumière jusqu’à la maison. Alors seulement Armand glissera les pieds dans les galoches qui patientent et descendra les quelques marches du perron, puis il traversera la petite cour qui sépare le jardin de la maison. Il en a grand, disent ses amis. Parfois, penché une matinée entière au-dessus d’un carré de légumes, lui-aussi se dit, l’année prochaine je réduirai. Mais  au temps des labours, il n’en retournera pas moins toute l’étendue à grandes saignées de charrue. Je ne peux quand même pas laisser une friche en plein milieu, se dira-t-il en ensemençant chaque arpent." 

 

 

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06 mars 2017

Un écrivain consacre-t-il sa vie à la littérature? (2ème publication)

Avant-propos: cette chronique a été publiée une première fois en avril 2010. La page semble avoir été alterée par un piratage, je n'ose évoquer une censure. Elle ne contient à mon sens aucun propos désobligeant et je garde au regretté JM Roberts l'estime que j'avais conçue alors. Je reproduis la chronique car son propos me semble rester actuel. Si quelqu'un en éprouve ombrage, qu'il le dise à travers la fonction "contact". Je l'écouterai.

 

 

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Reçu aux Matins de France Culture le 24 mars dernier (2010), l’éditeur Jean-Marc Roberts (Stock) porte un regard désabusé sur le Salon du Livre de Paris, plus proche selon lui d’une vitrine médiatique destinée aux vedettes de la télévision que d’une librairie où des auteurs viendraient défendre leur projet littéraire (je dois reconnaître qu’il n’a pas complètement tort). Il faut préciser que JM Roberts fait partie de ces dinosaures éditoriaux qui croient encore en la littérature et sont prêts à prendre des risques pour elle.

Ces prises de position classent d’emblée JM Roberts parmi les rangs des «amis», rangs que les injonctions croissantes du marketing et de la rentabilité courte ne cessent de clairsemer. Pour lui pourtant, un écrivain, un vrai, c’est quelqu’un qui ne sait pas faire autre chose qu’écrire, un homme à «soustraire» en quelque sorte aux règles du marché. Un écrivain, donc, serait quelqu’un qui consacre sa vie à la littérature. JM Roberts irait-il jusqu’à parler de mission sacrée de la littérature?

Cette vision et cette question méritent qu’on s’y attarde un instant. Sacrée, la mission de l’écrivain l’est très certainement. Un écrivain cherche à produire une vision, à porter un regard différent voire décalé sur une réalité que pour la plupart ses contemporains affrontent, le nez dans le guidon. Un écrivain tient à la fois de Cassandre et de l’oracle et, en ce sens, son travail possède quelque chose de sacré. Cependant devons-nous pour autant aller au-delà de la métaphore : le sacré ésotérique et intime de la littérature doit-il avoir pignon sur rue et revêtir des habits en quelque sorte sacerdotaux? En d’autres termes, convient-il de rémunérer les écrivains (comme l’on faisait jadis des membres du clergé) pour leur permettre de porter leur flamme sacrée?

Cette hypothèse ne manque pas de poser de nouvelles questions. Comment devient-on écrivain sacré (voire consacré)? La consécration est-elle immuable? Dispense-t-elle définitivement des obligations auxquelles les autres hommes sont soumis? Ces questions suggèrent la possibilité de difficultés dans la continuité voire d’intermittences et d’interruptions. La flamme sacrée s’éteint parfois alors qu’il faut bien continuer à manger et à vivre. Cependant la question de la prise en charge financière n’est pas en soi problématique, les écrivains ont des besoins modestes, ils ne font pas a priori partie de la jet set bling bling. Ce qui est problématique, en revanche, c’est la conséquence, dans le travail et les thématiques littéraires mêmes, de l’existence d’un cénacle d’écrivains consacrés, consacrant exclusivement leur vie à la littérature

Portons-nous sur la scène américaine. Paul Auster est le prototype de l’écrivain consacré (non sans mérite). A l’inverse de Jack London, Kerouac, Henry Miller, Dashiel Hammett ou Jim Morrison. Ces derniers ont vécu de petits boulots, ils ont produit leurs œuvres pendant les instants de répit que leur ont laissés les grandes galères. En bref, il y a des écrivains qui ne sont qu’écrivains (avec une chaire de littérature quelque part pour assurer leurs arrières) et des écrivains qui sont avant tout gardiens de nuit, marins, épiciers, détectives, médecins, ingénieurs, comptables … Entre les uns et les autres, la substance littéraire n’est pas la même. Le regard que porte, sur la vie et les choses, un homme tenu de produire et de faire ses preuves n’est pas le même que celui d’un homme qui en est dispensé. Le premier ne produit-il pas une littérature nourrie d’expériences et d’épreuves, tandis que le second produirait une littérature nourrie … de littérature? Et, ainsi que le suggère JM Roberts, seul le second produirait de la littérature digne de ce nom? L’expression est sans doute caricaturale mais elle fait état d’une tendance.

Certes, il n’est pas possible à un patron de PME de mener de front un travail littéraire et de conduire à la fois son affaire, laquelle suppose le nez dans le guidon et une disponibilité de tout instant! Car le travail littéraire exige du recul, une certaine distance voire de la hauteur, de la disponibilité voire du dilettantisme, des périodes d’intense labeur et surtout un état de veille quasi-permanent, le stylo jamais à sec d’encre, un état somme toute incompatible avec les exigences de la conduite d’une affaire telle qu’une PME. J’en ai fait l’expérience moi-même, ma plume ne me permettant pas de vivre. Comment concilier les contradictions d’une activité professionnelle (aux exigences croissantes, surtout depuis les 35 heures) avec la disponibilité active et quasi-quotidienne d’un travail de littérature ? Il y a là quelque chose comme une quadrature du cercle et pourtant je ne voudrais pour rien au monde me défausser de cette quadrature. Il m’appartient de faire mes preuves dans la société civile et marchande, et si je me sens (humble) porteur du feu sacré, il m’appartient aussi de le porter sans revendiquer un statut particulier, en assumant les difficultés et les contradictions de cette double mission.

Pour ma part, je n’ai pas eu un parcours d’universitaire. J’ai consacré l’essentiel de ma carrière professionnelle à une activité dite marchande, tour à tour dirigeant d’équipes, vendeur, contrôleur de gestion, chargé d’affaires et de prospectives. L’univers professionnel qui fut le mien m’a nourri, au propre comme au figuré, même si à ce jour je n’en ai pas restitué toutes les thématiques. Cet univers entre dans le terreau d’où je cherche à extraire un travail littéraire. D’autres se plaisent à faire des voyages ou entreprendre des randonnées. Mes randonnées et voyages se font à traits de plume, quand je peux, comme je peux, parfois de façon tendue et désordonnée, mais il n’y a pas que Dieu, il y a aussi César et je ne sais pas concevoir une littérature où César serait absent.

C’est pourquoi, si je remercie des hommes comme JM Roberts (et d’autres ...) de défendre la littérature comme ils le font, avec conviction et acharnement, contre les assauts des marketeurs sensibles à la rentabilité courte, je reste cependant dubitatif devant ce portrait de l’écrivain consacrant sa vie à la littérature, appartenant à un cénacle voire une caste. Peut-être dira-t-on un jour de moi que j’ai une place dans ce cénacle, mais je n’en veux pas a priori et me flatterai toujours d’avoir écrit dans les conditions civiles qui furent les miennes.

 

PS: Je n'ai pas reécouté l'émission en question. Peut-être ai-je mal interprété certains propos. Si tel est le cas, je m'en excuse auprès de leurs auteurs. La dichotomie n'en reste pas moins recevable.

 

 

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Perversion de la démocratie

 

 

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Les faits reprochés à François Fillon ont été mis en exergue uniquement parce qu'il est candidat à l'élection présidentielle, issu de Primaires indiscutables et populaires, et qu'il dispose de ce fait d'une solvabilité médiatique élevée. Il est bankable, dirait-on en Amérique. En temps ordinaires, le presse et le système médiatique s'en seraient désintéressés, de même que la justice. Car la justice a été mise en branle uniquement parce que les médias ont agité bruyamment un chiffon rouge. Et ceux qui prétendent qu'elle ne fait que son travail ont sans doute raison, la justice ne pouvait pas rester sourde à tant de tintamarre.

Ceux qui en revanche ont lancé cette affaire savaient tout cela. Leur calendrier ne doit rien au hasard. Ils savaient que serait discrédité le candidat de la droite à un moment où celle-ci n'aurait plus le temps d'en désigner un autre. Ils ont fait en sorte que ce discrédit affaiblisse l'offre républicaine. Ils ont contribué à remplacer le débat sur les vrais problèmes posés à la France par le buzz et les jeux du cirque. Ils portent une lourde responsabilité dans la confiscation de la démocratie, dans son dévoiement à des fins spectaculaires, peut-être crapuleuses voire idéologiques.

Y gagnons-nous au change? Pour s'en convaincre, il suffit d'assister au déplorable spectacle donné par la télévision en temps réel et celui de la meute des petits journalistes, bardés de mircos et de légitimité douteuse, qui harcèlent un homme politique et tentent de faire passer son refus de répondre à leur glapissement pour de l'information!

L'adversité est grande aujourd'hui, la menace terroriste, la menace climatique, la menace économique, etc. Il n'était pas nécessaire d'en rajouter!

 

20 février 2017

L'émission "Entre 2 Lignes" reçoit LES CAHIERS FRANçAIS

 

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Le journaliste Eric PIGNOL tient une émission littéraire mensuelle, ENTRE 2 LIGNES, sur la Radio locale RADIO ENTRE DEUX MERS - 98.4. Il  m'a fait l'honneur d'une interview à propos de mon livre:

CAHIERS FRANçAIS ou la langue oubliée.

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L'émission a été enregistrée en décembre et diffusée une première fois le lundi 13 février 2017 à 20h00.

 

Elle est re-écoutable en podcast sur le lien suivant:

https://www.radio-entre-2-mers.com/podcasts-2016-2017/entre-2-lignes/

 

 

23 janvier 2017

Des Primaires révélatrices

hamonLe revenu pour tous, voilà la dernière marotte dont s'empare le peuple de gauche autoproclamé belle alliance populaire! Quant au respect des critères de Maastricht afin de favoriser l'intégration européenne? Balivernes ! La menace islamiste et la montée du communautarisme? A d'autres! La mise en place d'une politique d'apprentissage par l'alternance et la libération de l'école de l'emprise des pédagogues ? Que nenni! Toutes ces questions ont à peine été abordées.

Ce premier tour des primaires de la gauche nous enseigne deux choses. En premier lieu, les classes populaires - celles des secteurs industriels sinistrés -  ont boudé les élections de la belle alliance. La gauche ne s'intéresse plus que très médiocrement à leur sort et, lorsqu'elle s'y intéresse, elle n'est plus crédible.  A preuve, le score du candidat Montebourg lequel pourtant promettait de produire français! La belle alliance n'a rien de très populaire.

En second lieu, les électeurs qui accordent encore foi en la belle alliance ont fait un choix édifiant.  La réalité sociale de notre pays est inquiétante, nous en convenons, six millions de personnes n'ont pas d'emplois et l'année 2016 a compté 250 victimes tombées sous les coups du terrorisme islamique. Face à cela, deux attitudes possibles: ou bien corriger le tir par des réformes courageuses (pas forcément populaires) pour sauvegarder et restaurer l'essentiel, ou bien tout révolutionner et inventer un monde nouveau, s'escrimer sur les cas d'école, convoquer les utopies (Nuit debout, le revenu universel, ...) et rêver d'un monde meilleur lequel, quoi qu'on fasse - et c'est l'histoire qui nous l'apprend - aura toujours les inquiétantes allures des lendemains qui chantent (Hegel). 

En portant en tête de scrutin le duo Hamon-Montebourg, les électeurs des primaires de la gauche ont pourtant fait ce choix, celui de la table rase, celui qui jette le bébé avec l'eau du bain au lieu de rechercher des accomodements raisonnables. Ces électeurs n'ont rien appris de l'histoire, cinq années d'attermoiments hollandiens ne leur ont pas ouvert les yeux, ils préfèrent la fronde, l'ombre au lieu de la proie. Et leur attitude révèle beaucoup d'immaturité politique.

Que leur nombre ait diminué par rapport de  2011 constitue peut-être la seule lueur d'espoir que portent ces primaires!

 

06 janvier 2017

PISA et les sociologues au chevet de l'école de la République

 

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A force de ne pas appeler chat un chat, on finit par prendre les carpes pour des lapins, et les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Ce matin donc (4 janvier), entre deux tartines silencieuces, je mets France Culture, histoire de rafraîchir mes tablettes. On en était aux "Matins" (de FC), et la parole appartenait à une sociologue qui commentait le piètre score PISA de l'école de la République. Celle-ci (l'école) vient une nouvelle fois de regresser. En dépit des réformes, du déploiement de 50 000 postes et de l'implication personnelle de la ministre NVB, en dépit de la volonté de notre président Normal d'en finir avec "un système élitiste", l'école française vient encore de regresser. La tartine suspendue, je dressai l'oreille. Dans un chassé croisé complice avec le journaliste, la sachante sociologue expliquait que, oui "l'accès aux ordinateurs est moindre que dans le reste de l'Europe", oui "les enseignants ne sont pas assez formés aux nouvelles méthodes pédagogiques", oui "le paradoxe français tient dans ce coût élevé des études et la faiblesse des résultats", oui "l'objectif de mixité sociale" n'est pas atteint, et tutti quanti.

Hébété, je ne sus que penser. La sociologue sachant de sacherie venait de m'embrouiller grave (variante: l'experte me semblait tenir des propos abscons, destinés non à m'éclairer mais à me dérouter). J'en conçus un doute quant à l'octroi de mes impôts à une chaîne radio censée me donner de l'information défrichée et, histoire de mouiller ma glotte, je trempais ma tartine dans le café. Diable, me dis-je, tant le tableau me semblait bancal. Selon nos bavards, la faute en serait au système, encore "trop éliste, inégalitaire, reproducteur des inégalités sociales", etc. Je me souvins de ma propre scolarité - c'était il y a un demi-siècle certes - il n'y avait alors  ni ordi, ni méthodes progressistes, ni sociologues, ni PISA, il y avait en revanche des maîtres devant lesquels les élèves se taisaient, religeusement, sous peine d'être collés. La sociologue quant à elle mentionnait, comme un fait anecdotique, qu'il y a des classes, "en milieux défavorisés, où un bon quart d'heure est nécessaire pour imposer le silence". Oho! Existerait-il des élèves peu réceptifs voire hostiles à l'enseignement, lequel pourtant est gratuit? Le corpus de cet enseignement heurterait-il des sensibilités, des convictions? Notre sociologue sachante et capée se garda bien d'oser de telles questions. A ses yeux, la messe était dite: c'est le système qui déconne grave, et de partir à la recherche de la petite bête de l'insuffisance de mixité, d'excès de discrimination, de sous-équipement informatique ... (comme s'il fallait une tablette pour apprendre à lire, écrire et compter).

La société française est traversée (nul pourtant n'en ignore) par des communautarismes (un en particulier) lesquels induisent fractures sociétales, ghettos culturels et cultuels, remises en cause de l'égalité hommes-femmes, du fameux "vivre-ensemble", des corpus historiques et philosophiques, etc. Cependant, ces communautarismes n'entrent pas dans le diagnostic de nos experts, lesquels, à l'unisson des apparatchiks qui président aux destinées de l'éducation nationale, se bornent à toujours vouloir réformer le système, à introduire des méthodes sans cesse plus compliquées, à forcer une mixité scolaire qui rabote les lieux d'excellence sans pour autant rehausser les lieux de déserrance. Non, il n'est pas arrivé aux oreilles de nos experts pédagologues que des parents vindicatifs s'en prennent à des enseignants, des jeunes filles téléguidées testent la laïcité scolaire et que des enfants brandissent des versets dont ils proclament l'infaillibilité. Bien d'autres choses encore ont dû échapper à nos talking heads, au point que j'ai mangé ma tartine tombée en lambeaux en me disant qu'à force de ne pas appeler chat un chat, les enfants du Bon Dieu finiraient vraiment par ressembler à des canards sauvages que s'amuseront à canarder les fanatiques de tous poils.

 

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03 janvier 2017

Les moutons de Panurge de l'état-providence

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Dans un monde ouvert et globalisé, dans un monde où les pays sont en concurrence les uns avec les autres, dans ce monde-là l'excès d'état-providence nuit à la compétitivité et à la création de richesses. Il en résulte ce que chacun sait: perte d'emplois et chômage. La sagesse voudrait que l'état-providence soit redimensionné de telle sorte que les écarts de compétitivité soient réduits, que le coût du travail ne soit plus exagérément alourdi par les charges pléthoriques de l'état. La sagesse voudrait ..., cependant, dans notre pays qui souffre d'un défaut de compétitivité et d'un excès de dépenses publiques,  il ne manque pas de substancielles forces politiques pour prôner exactement le contraire. Et une partie non négligeable du peuple (lequel aurait intérêt à la diminution des dépenses publiques pour favoriser la création d'emplois) leur donne ses suffrages, les uns et les autres s'entretenant dans l'illusion de l'extensibilité illimitée de la dette publique, en moutons de Panurge qui galopent gaiement vers un gouffre dont ils n'aperçoivent que le rebord.

Peut-être ces forces auront-elles, un jour ou l'autre, à rendre des comptes sur leur incompétence ou pire, leur cynisme.

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31 décembre 2016

Meilleurs voeux pour 2017

Giotto_AdorationOfTheMagi

L'année s'achève et je voudrais me réjouir. Les savoirs traditionnels et les avancées de la civilisation nous ont appris le profond respect de l'humain entendu comme un miracle divin. Des hommes tels Valéry, Mallarmé, Goethe, Tolstoï, ... nous ont ouvert des voies qu'il nous suffisait de suivre. Hélas, nous en sommes arrivés à un point où de jeunes esprits talentueux nous présentent, avec une candeur glaçante, la mise au point d'un robot bipède ou la synthèse d'un organisme mi-humain, mi-composite comme de nouvelles étapes du progrès radieux. Quelque chose du sens du sacré a été perdu, est en train de se perdre. Verdun, Stalingrad et Auschwitz ont inauguré l'ère des hécatombes technologiques. Des fanatiques entendent imposer leur religion en semant la mort au volant de camions lancés sur des foules. Les technologies de l'information permettent de dissimuler les profanations et les mises à mort derrière des rideaux d'informations anecdotiques.

L'année s'achève et je voudrais, pour l'année qui vient, souhaiter à tous des voeux de bonheur et de prospérité. Je ne peux hélas formuler que des voeux d'espérance. Nombreux sont ceux qui encore tiennent le flambeau, même si parfois ils traversent le désert. Cependant, qu'ils ne cessent de "croire, l'intelligence suivra" (St Augustin). De même: "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" (Hölderlin). Je ne saurai parler de la foi qui est une expérience personnelle et intime, en revanche je voudrais évoquer la très chrétienne fête de l'Epiphanie: révélation du caractère divin du sauveur (en réalité de ce qui advient). Mon espérance tient peut-être en ceci: que le caractère divin, momentanément caché, dissimulé, escamoté, apparaisse à nouveau. Je ne parle pas du retour de quelques rigueurs religieuses que ce soit, mais de la résurgence du sentiment religieux dont les premières manifestations consistent en l'humilité et le respect. 

Enfin, tous autant que nous sommes, nous sommes issus d'une lignée et d'un territoire, dussions-nous vivre à mille lieux d'eux. Mon territoire s'appelle Elsass, aujourd'hui broyé dans le mic-mac régional jacobin où il ne peut que perdre son latin. Je veux dire: son Elsassertum. Nombreux sont aujourd'hui les Elsässer qui luttent pour la restauration de leur Elsassertum, et je formule le voeu que chacun puisse reconnaître le territoire où puisent ses racines. Il saura qu'il n'est pas qu'une entité hors sol, brassée dans le mainstrem globalisé, livrée à toutes les expérimentations génétiques, technologiques et dogmatiques.

L'année s'achève et, pour celle qui vient, en dehors d'une santé florissante, je souhaite à chacun d'alimenter l'espoir qu'il garde en lui.  

illustration: Giotto, Adoration des Mages

 

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25 décembre 2016

"Les formes préservent de la barbarie"

benjamin_constant

Nous devons à Benjamin Constant cette réflexion féconde : les formes préservent de la barbarie. Elles nous en préservent même (et peut-être surtout) dans les petites choses. Notre aptitude à nous préserver de la (grande) barbarie dépend en grande partie de notre propension à domestiquer la petite? Une émotion un peu forte nous assaille et déjà nous sommes inclinés à pousser un cri, lequel est une forme mineure de violence. Mais à quoi sert-il de crier? Nous devons ne pas céder au cri. Nous devons apprendre à ne pas nous laisser submerger par les émotions, nous contenter de trouver les mots qui conviennent pour en dire l'existence et la survenue. "Cela m'a atterré(e)!" plutôt que pousser des cris d'orfraie lorsqu'une chose nous atterre.

Mais nous sommes depuis longtemps déjà entrés dans l'époque des smartphones lesquels autorisent tous les débordements et invitent aux irruptions intempestives, aux conversations bruyantes, aux onomatopés sonores quand ce ne sont pas des invectives, en bref toutes les variantes de la petite barbarie. Alors que nos aïeux frappaient aux portes et attendaient qu'on leur dise d'entrer, les smartphones nous familiarisent avec la petite barbarie ordinaire, celle qui consiste à entrer sans frapper, brûler la politesse ou interrompre sans vergogne une conversation. Les smartphones nous déshabituent de la vergogne et leur usage s'est répandu avec un bien curieux et paradoxal alibi, celui du progrès.

Tous les progrès cependant ne sont pas ce qu'ils prétendent être. Certes, pouvoir entrer en relation avec quiconque à tout instant du jour ou de la nuit, cela ne manque pas d'attrait, et la tentation est grande de tenir cela pour un progrès. Mais en y regardant de plus près, que constatons-nous? Il nous arrive de faire irruption dans la vie d'autrui aux moments les moins opportuns. Nous avons l'habitude d'appeler quand bon nous semble et nous dispenser de vérifier si autrui est disponible. Il n'y a plus d'heures "ouvrables" et d'autres, de retrait et de retenue. Il n'y a plus d'espace privé, jusque dans les lieux de travail où les grands espaces dit "paysagers" chassent les cloisons et les séparations. En téléphonant toutes affaires cessantes, nous considérons, implicitement, qu'autrui doit être disponible en permanence. Est-ce un progrès ou un renoncement au respect et à la déférence? Certes, prévenir un interlocuteur de l'impossibilité d'un rendez-vous ou, grâce au GPS, trouver son chemin dans un quartier mal repéré, cela constitue un progrès, mais le gain est faible en comparaison des formes de l'art de vivre auxquelles nous renonçons.

"Les formes préservent de la barbarie", mais nous ne savons pas encore à quoi nous expose leur abandon.

 

NB: Benjamin Constant, homme politique, essayiste et romancier (Lausanne 1767, Paris 1830), auteur, notamment, de De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, et du roman Adolphe (que tout homme devrait avoir lu avant de fréquenter la société des femmes).

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23 décembre 2016

Les personnages et leur auteur

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En littérature romanesque, l'auteur est le personnage le plus difficile à construire. L'auteur pourtant n'apparaît pas dans la chose écrite, ou alors en creux. De sa plume sortent les autres personnages, ceux dont le récit est l'objet, mais l'auteur porte en lui un autre récit, celui du démiurge, celui du pourquoi des personnages, pourquoi ces personnages-là, pourquoi ces histoires-là.

Parfois l'auteur livre des bribes de ce récit, lorsqu'il est en dédicace ou en conférence ... Les lecteurs veulent toujours savoir plus que ce qui est écrit. Parfois aussi les personnages surgissent sans que l'auteur ne sache ni comment ni pourquoi.

L'auteur est amené à construire son propre personnage au contact de ses lecteurs et de l'appareil critique, parfois en opposition à eux. Il répond inlassablement à cette question: pourquoi. Pourquoi ai-je écrit cela? 

 

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22 décembre 2016

Le lieu et l'instant

 

 

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Les mots ne se hâtent pas. Les mots aiment la lenteur mais les événements s'accumulent sans que les mots ne parviennent à les écoper. Par l'effet d'une sorte de pesanteur, ils se déposent en un nuage épais dont nait une impression d'inaccompli. Les événement attendent de filtrer à travers l'esprit et de déposer leur gangue, de même que les filons de métal précieux livrent des blocs grossiers d'où il faut extraire l'or. Les pépites sont toujours données mélangées à la verroterie. Les événements se déversent sans retenue, la globalisation en accélère le débit. La globalisation abolit les distances : tout nous concerne désormais. Tout semble vouloir nous concerner. Peu de choses nous concernent réellement. Le bon grain est mélangé à des quantités d'ivraie de plus en plus importantes. Mais la sagesse, la maturité, la responsabilité ..., dépendent de la reconnaissance des événements qui nous concernent, du discernement pour les reconnaître, de la rigueur de cette reconnaissance et de l'inflexibilité à l'accomplir. Parfois, dans les flots des événements insignifiants, survient un instant de grâce - revoir un(e) ami(e) d'enfance - et aussitôt les flots se séparent. Au milieu de leur tumulte surgit une île remplie d'ordre et de beauté.

 

illustration: détail de l'Annonciation, Fra Angelico, Venise

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07 décembre 2016

Dédicace 14 décembre 2016

Vous aimez lire,

vos amis, vos proches aiment lire,

Nöel approche,

trois bonnes raisons pour vous rendre à

CULTURA BEGLES

CENTRE COMMERCIAL RIVES D'ARCINS

cultura-300x300

 

Je serai présent,

le mercredi 14 décembre prochain,

de 14h00 à 19h00,

pour dédicacer mes livres.

 

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