A contrecourant, blog de Roland Goeller

18 juin 2022

Vienne, Mozart toujours

20220613_135432

Posté par acontrecourant à 07:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 mai 2022

Céline, D'un château l'autre

céline 1

Guerre ! Il suffit que paraisse un livre de Céline, de ceux qui lui furent volés en aout 1944 rue Grévillon, et aussitôt surgit cette sempiternelle question, faut-il l’ignorer ou se jeter dessus ? Ah Céline ! Jamais vraiment à la place où on croyait l’avoir laissé. En attendant de parcourir les pages de Guerre, j’attrape D’un château l’autre, qui patientait dans la bibliothèque en attendant l’occasion favorable. Un moment qu’il s’y trouve du reste, et un Pléiade en plus, celui de la trilogie. Ouvert bien des fois et refermé aussitôt ! Mais voilà, avec Guerre au portillon, s’agissait plus d’ajourner ! Alors je m’y mets. Les 90 premières pages, Bon ! Quel charabia, est-on tenté de se dire. Attendons la suite ! Que lisons-nous ? Que lit un lecteur qui ignore tout de Céline? Le long soliloque d’un mauvais garçon espiègle, bon médecin sans doute, mais réprouvé, installé à Meudon avec sa femme Lili, ses chats ses chiens et ses souvenirs. Et quels souvenirs ! Flot atrabilaire suspendu par quelques visites à une patientèle famélique tenue à distance, selon lui, par son statut de médecin sans bagnole. Début des années soixante qu’a été écrit le Château, au retour du Danemark, à Meudon ! Un récit puissant tout d’invective et d’interpellation. Mais sommes-nous en présence d’un roman ou d’une compilation de souvenirs qui, tels des garnements bavards, se bousculent pour prendre la parole ? C’est qu’il a de la mémoire, le bougre, à croire qu’il a pris des notes même s’il s’en défend. Dans l’ordre et le désordre, Vesterfangsel, la prison de Copenhague où il séjourna quelques dix-mois et dont les geôliers lui demandèrent inlassablement si, avant le Blitz de 40, il avait vendu aux Allemands les plans de la ligne Maginot ; l’appartement rue Girardon à Montmartre qu’il dût fuir en août 44 abandonnant de précieux manuscrits qu’il accusa à juste titre les aigrefins d’avoir vendu aux puces et qui refirent surface en 2020 dans des circonstances peu glorieuses pour les receleurs ; fin 1944 le purgatoire de Sigmaringen sur le Danube où 1142 collabos passibles de l’article 75, parmi lesquels Pétain, attendaient leur descente aux enfers ; la France si pitoyable qu’il la nomme Vrounze la publique pour la république ; l’ombre du passeur Charon qu’il s’obstine à écrire Caron ; etc. Mais tout cela nous importe-t-il vraiment ? Qu’apprenons-nous que nous ne sachions déjà ? Céline nous donne un témoignage unique et truculent – comme s’il avait été embarqué dans une aventure qui ne le concernerait que de loin – sans filtre et sans fard, de ces années d’épuration à la fin de la seconde GM, années de mesquineries et de vengeances sournoises. De Gaulle rêvait d’un peuple qui redresse la tête, Céline nous le montre se haussant du col, bravache et couard à la fois, animé d’un courage de meute. « Les bourres encore c’était rien, mais la foule ! en hachis qu’ils l’avaient mis ! c’est ça la pensée de la foule : hachis et bout d’os ! » (page78)

Tout cela est raconté de façon impressionniste, à petites touches parfumées d’argot de Clichy qui ne dédaignent pas sauter du coq à l’âne, de Sigmaringen à Meudon, de Lili à Mme Niçois… Céline est submergé par tout ce dont il a été le témoin, il n’a pas le temps de terminer ses phrases ni même d’en faire. Il se contente d’une suite de groupes nominaux, comme ils disent aujourd’hui à l’académie, dont il confie au hasard le soin des enchainements et de la logique, en dépit de ses rodomontades d’auteur soi-disant travaillant ses textes. Céline, c’est un moulin à paroles fou qui ne s’arrête jamais, fou sans doute de cette folie aigre contractée en 1915 lorsqu’il était dans la peau de Bardamu. Un gosse des quartiers pauvres, espiègle et doué, qui se voit emporté dans le tourbillon de la guerre de 14 et sauve ses fesses avec sa plume ! Le Voyage et Mort à crédit installent un auteur original et talentueux, de l’engeance des Rabelais et des Villon, à mille lieues des académies dont il ringardise les badernes, lesquelles n’auront de cesse d’avoir sa peau. Puis, tel un arrangeur de jazz (cf. M.E. Nabe) qui s’empare de tout ce qui passe à sa portée, ce con se met à délirer sur l’antisémitisme dans les pamphlets qui lui vaudront des volées de bois vert bien mérités mais qui ne cesseront d’être lus au premier degré. 

Il bénéficie de la notoriété dont jouissent les mauvais garçons talentueux, Stavisky, etc., jusqu’à ce que les rancœurs sortent de leur boîte de Pandore. Alors le mauvais garçon passe son temps à se justifier dans les romans, D’un Château l’autre, lui, l’exemplaire, le patriote, etc., mais que nous importe, nous disons-nous encore ! Je saute une page sur deux, fatigué par les points d’exclamations et l’absence de la plus petite intrigue qui mette un peu d’ordre dans ce capharnaüm, fatigué de cette voix nue qui glapit sur des Décombres qui ne sont pas seulement les siennes. 

Passée la page 100, ça devient sérieux ! Sigmaringen, les promenades de Pétain, le protocole, les mesquineries, les pathologies en veux-tu en voilà, les consultations du docteur Destouches à ses malades, les avions de la R.A.F, les gogues qui débordent, le lupanar à ciel ouvert autour de la gare et des trains de réfugiés, la bastonnade du commissaire Papillon qui avait le projet de se carapater en Suisse, le voyage en train à Hohenlychen, etc., comme si vous y étiez, comme un journal de bord tenu au jour le jour. Mais pas du tout ! Céline au fond de son lit à Meudon où il a froid, revenu de Sigmaringen et de cinq ans de prison et d’exil au Danemark, à cause de l’article 75, Céline égrène ses souvenirs avec un peu d’approximation et toujours un brin de cabotinage. « Que voilà de disparates histoires ! je me relis ! toutes mes excuses ! si je chevrote, branquillonne, je ressemble, c’est tout, à bien des guides ! vous me tiendrez aucune rigueur quand vous saurez le fond du fond ! ferme propos ! tenez avec moi ! je suis là ! je fais sursauter mon lit, tant mieux ! tout pour vous ! le rassemblement des souvenirs !... je veux vous égarer en rien ! » Sacrée pagaille chez les collabos rassemblés à Sigmaringen et c’est ainsi qu’il convenait peut-être d’en rendre compte. Pas de grandes phrases, une suite ininterrompue de petites exclamations comme en pousseraient des fugitifs qui avancent de planque en planque, traqués, un sauve-qui-peut général ! Comment raconter cela dans une phrase proustienne ? La bonne surprise, c’est que ce récit décousu ressemble à quelque chose, il rend on ne peut mieux compte de l’ambiance, de l’esprit de ce temps où le destin du pays avançait sur le fil d’un rasoir ! Pendant que de Gaulle tissait sa légende avec un demi-million de partisans, Céline raconte la débandade des élites qui avaient tenu entre leurs mains les destinées de 40 millions de Français assommés par la Débâcle et amassés sur les Chamzé pour acclamer les nouveaux vainqueurs. Il fallait bien un Céline pour montrer l’envers du décor avec son babil en forme de caméra aussi affutée qu’un scalpel.

döblin 1

Alors, savoir s’il faut ou non lire Guerre, l’un des manuscrits qui avaient été scandaleusement chourés rue Grévillon en août 44 ? Cette question renvoie au statut de Céline en qui d’aucuns voudraient ne considérer que l’écrivain tandis que d’aucuns autres voient aussi l’homme, le génial auteur du Voyage mais aussi le peu recommandable collabo auteur des Pamphlets. Il est difficile de faire abstraction de ce dernier mais il me semble qu’il ne faut pas moins continuer à lire le premier. Ses lecteurs se rangent en célinophiles, célinolâtres, célinophobes, célino-incompatibles, etc… Moi, je lirai Guerre, un jour ou l’autre, mais, je le crains, en sautant une page sur deux, parce que les exclamations, hein ! En attendant, je poursuis l’Odyssée de Franz Biberkopf, dans Berlin Alexanderplatz, le roman urbain d’Alfred Döblin paru presqu’en même temps que le Voyage, dans une facture au moins aussi argotique et originale, sauf que Döblin a jamais écrit de pamphlets ! 

Posté par acontrecourant à 12:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10 mai 2022

Josef WINKLER-L'Ukrainienne_Die Verschleppung

20220509_194207

C’était en 1942 ou 1943, quand les Nazis tenaient encore l’Ukraine. Une campagne de repeuplement des vallées autrichiennes fut organisée par déplacement d’adolescents ukrainiens, sans autre forme de procès, aller simple en wagon à bestiaux. Dans les années 80, un jeune écrivain autrichien en proie à son premier roman s’éloigne de Vienne et trouve refuge dans un village de Carinthie, dans une ferme dont la fermière n’est autre que l’une de ces déplacées. Avec son petit accent d’ailleurs, elle souhaite la bienvenue à l’écrivain intrigué par une image pieuse qui vient de là-bas. Il se met à l’écouter et à prendre des notes, reconstituer les étapes de cette odyssée sans terme. La jeune femme avait été déplacée avec sa sœur, commise dans une ferme dont elle a fini par épouser le fils du fermier. Elle n’est jamais retournée en Ukraine. Interdiction lui a été faite d’évoquer ses origines et les circonstances de son arrivée, deux ex machina dans la catholique Autriche. L’écrivain n’est autre que Josef Winkler, futur prix Döblin, futur prix Büchner 2008, excusez du peu, publié surtout en Allemagne. En 1983 parait chez Sührkamp, die Verschleppung, que l’on pourrait traduire par un terme médian entre déplacement et déportation. Le livre fait grand bruit, les caméras débarquent, l’histoire de la déplacée se répand. Elle fait partie des monceaux de poussière balayés sous les tapis autrichiens. La déplacée est mal vue jusque dans sa famille, elle a rompu l’omerta. Lorsque Winkler retourne la voir, elle lui dit, « je suis redevenue la Russe ! » Le livre est traduit en français en 2021 et parait au printemps 2022, singulier hasard, lorsque Poutine décide d’envahir l’Ukraine. Le livre s’intitulera sans hésitation possible l’Ukrainienne. Sührkamp envisage une prochaine réédition avec le titre die Ukräninin. Au moment d’écrire ces lignes, je n’ai pas lu le livre mais je prends peu de risque d’en faire l’éloge. 

9mai 2022, Goethe Institut Bordeaux 

ukrainienne winkler

 

Posté par acontrecourant à 17:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 mai 2022

La mort dans l'âme, dramatique

mort dans l'ame

La mort dans l’âme, une dramatique faussement mineure mais en réalité chargée de tragédie à la manière d’un Sophocle qui se serait mis à faire le récit d’un infanticide. Le drame commence par l’aveu d’un père (interprété par Didier Bourdon, magistral) qui a tué son fils et qui s’enferme dans un mutisme farouche. Delmas, un jeune avocat (interprété par Hugo Becker dans un posture digne d’Oreste) qu’il n’était pas nécessaire de doter d’ambition s’empare du dossier, peut-être d’avoir été amoureux de la fille de l’assassin, comme on l’apprendra par la suite. L’énigme est d’emblée épaisse car, sans que rien ne permette d’en douter, le père infanticide confesse un amour infini pour ce fils occis. Une enquête s’ouvre, conduite par l’avocat. Des indices sont réunis : la mère ne voulait pas de ce fils, le fils était déscolarisé, en rupture. Par ailleurs, des cadavres de femmes refont surface, on recherche un tueur mais les faits s’avèrent avoir été commis pendant les absences du fils. Delmas renoue avec Pauline (interprétée par Flore Bonaventure, toute d’innocente fraîcheur), la fille de l’assassin et demi-soeur de la victime. Ensemble ils mettent la main sur une vidéo posthume où le fils confesse son profond désarroi. « Ça ne peut pas continuer comme ça. Il faut que ça s’arrête, il faut que ça s’arrête… » La vidéo est présentée au parloir et le père se voit poussé dans ses retranchements. Le secret qu’il protège se fissure, pas assez encore. Acculé, il revient sur ses aveux et s’accuse des crimes ainsi que de celui de son fils au motif qu’il aurait menacé de le dénoncer. Mais on ne le croit plus, il couvre quelqu’un ou quelque chose ! Le témoignage de la tante vient ruiner l’édifice un peu plus. Delmas finit par comprendre. Le fils, schizophrène, a commis des crimes dans toute la froideur du dédoublement. Le père sait, il est le seul à savoir, il a tenté tout ce qui est son pouvoir pour le guérir et couvert ses crimes jusqu’au point de non-retour.  Cet aveu, il ne le fera cependant que dans le secret du parloir et il plaidera le suicide du fils qu’il n’aura su empêcher. L’avocat est tenu au secret sous menace de radiation, il doit plaider ce dont il reçoit le mandat. Les familles des victimes seront privées de vérité, tente-t-il d’objecter, mais le père infanticide le tient, il ne fera pas d’aveu dans ce sens, il veut protéger ce qu’il reste de sa famille. « Comment crois-tu que Pauline réagirait si elle apprenait que son frère était un monstre ? » La plaidoirie au tribunal est un modèle de discours à deux facettes. Delmas plaide ce pour quoi il a reçu mission. « Mesdames et Messieurs les jurés, ce que je vous demande de comprendre, c’est que l’amour d’un père pour son fils puisse aller jusqu’à son meurtre… » La périphrase est habile car elle indique qu’il y a à comprendre autre chose que ce qui est dit. Le père a tué son fils de ne pas avoir compris que sa vie tournait au cauchemar et au suicide, mais la périphrase tait que le père a tenu l’arme à la place du fils, afin que sa monstruosité reste cachée. Ce secret restera entre l’avocat et son client, comme un poids qu’il faut continuer à porter et le spectateur soupçonne combien il obscurcira les relations de ce dernier avec Pauline. Quant aux crimes non élucidés, Delmas compte sur la pugnacité de son ami policier, mais ceci est une autre histoire…Et nous restons aussi démunis que le père face à l’irruption de la monstruosité dans sa vie mais peut-être moins sidérés d’en avoir reçu le récit ! A qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes[1] ?


[1] Racine, Andromaque

Posté par acontrecourant à 20:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


01 mai 2022

Réflexion sur les institutions

de gaulle 2

La lecture du premier chapitre de l’Effort, dans les Mémoires d’Espoir, est à cet égard révélateur. De Gaulle fait le récit de la dernière partie de la mutation institutionnelle qui s’achève avec le référendum du 28 octobre 1962, où 62% du corps électoral s’est prononcé en faveur de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, en d’autres termes, le plébiscite d’un homme et l’instauration d’un référendum septennal que d’aucuns de ses contradicteurs ont voulu non sans raison présenter comme un coup d’état permanent. Avec sa verve parfois féroce, de Gaulle multiplie les anecdotes à propos des obstacles qu’avaient alors dressés les parlementaires de tous bords. « Mais précisément, comme toujours, le principe même d’une décision directe du peuple est odieux à toutes les anciennes catégories politiques[1] », ou encore « Quant à croire que la sagesse prévaudrait à l’Assemblée lors qu’elle se saurait condamnée à retourner devant les électeurs…, ce serait méconnaître les astucieux détours dont se serviraient les groupes pour faire sortir les ministres sans renverser le ministère ni provoquer la dissolution.[2] » Deux impensés se manifestent cependant en creux dans ce texte, le premier concerne le peuple, le second la personnalité du Général lui-même, auteur du texte. Considérons le premier ! Il apparait que le référendum du 28 octobre est avant tout un suffrage d’adhésion et de confiance. On ne niera pas que la crainte de retomber dans les errements de la IVe ne fut pas absente dans l’expression populaire mais cette crainte entrait explicitement dans l’objet de la consultation. Le peuple semblait d’avis que l’essentiel de ses préoccupations était de mettre en place des institutions stables. Il sortait de la guerre, des restrictions et du rationnement, des ignominies de la Collaboration, de la guerre civile en Algérie, de la sédition militaire et de la valse des cabinets, etc. Il ne se posait pas ou peu de questions sur son identité, ses orientations culturelles et cultuelles, ses divisions communautaires. Il voulait une stabilité et pourquoi pas celle que lui offrait le Général. Les opposants de ce dernier, à savoir les parlementaires et notables de la IVe, - et j’en arrive au second impensé - n’en présentaient pas moins des objections sensées. S’en remettre par un suffrage direct à un homme, même pour une période limitée à sept ans, c’était prendre le risque de la carte blanche voire de la dictature comme n’ont pas manqué de le souligner certains dont l’histoire ne retiendra que leur talent à contrarier. Et c’est là qu’intervient la personnalité du Général dont on connaissait l’Appel du 18 juin, l’opposition au régime de Vichy, l’action prépondérante pour sauver la France de la menace de l’Amgot américain, etc. Le Général était-il vraiment un homme dont il faille craindre les ambitions personnelles et un goût tardif pour la dictature ? Il fallait être zouave ou notable bien sous tous rapports pour le croire !  Aussi nous permettons-nous d’affirmer qu’au référendum du 28 octobre 1962 se sont rencontrés un peuple et un homme sur la même longueur d’onde. Qu’en est-il cependant aujourd’hui ? Le 24 avril 2022, Emmanuel Macron a été réélu avec 58% des votants et 38% des inscrits parmi lesquels les commentateurs observent que 40% des voix se sont portées sur lui pour faire barrage à l’autre candidat, autant dire un suffrage de défiance et de rejet, alors même que l’action politique suppose au préalable des choix clairs ainsi qu’une confortable adhésion. A l’évidence, une période de crise s’ouvre, plus accentuée qu’au cours du quinquennat passé car les espoirs déçus et les confiances trahies se sont multipliés. Ne tentons pas non plus d’en esquisser des signes. Pour se livrer à cet exercice il faudrait prendre en compte la conjoncture internationale, instable comme l’on sait. Restons-en au fonctionnement institutionnel ! Qu’est-ce qui n’a pas marché ou qui ne marche plus ? A l’évidence, le corps électoral ne présente plus l’unité et la cohésion de 1962. Il est traversé par plusieurs lignes de forces qui le divisent et rendent difficile sa propre prise de conscience. Son dessein lui est devenu obscur. La cohésion territoriale est

macron 1

facturée, métropoles choyées par les politiques publiques contre zones rurales délaissées. Grand marché mondialisé contre marchés locaux. Enracinement contre déterritorialisation voire déconstruction. Agnosticisme post-chrétien en butte à des communautés définies par leur culte. Roland Garros contre Championnat de première division. Élites contre ploucs, pourrait-on ajouter avec toute la prudence nécessaire ! De ces multiples lignes de force, ne se dégage aucun flux majoritaire et les expressions qu’en proposent les partis politiques ne vont pas toujours dans le sens de la clarté. Excès et déni rivalisent d’intensité pendant que les ambitions personnelles et les notables avancent leurs pions. Au final, l’élection est emportée au centre, là où il est convenu de s’occuper de questions d’intendance et d’éviter celles qui fâchent. Le consensus ne se fait plus a maxima mais a minima. Et l’homme qui l’emporte se veut en même temps. Ses convictions sont suffisamment extensibles pour que chacun trouve à boire et à manger, mais reste sur sa faim quant aux attentes profondes. Emmanuel Macron est-il pour autant taxable d’hybris et d’ambitions trop personnelles ? Un certain nombre d’indices pourrait le laisser penser. Ainsi du recours trop systématique à McKinsey ? Mais on peut entendre aussi qu’il ait voulu une certaine efficacité. Ainsi de certaines formules malheureuses comme « il n’y a pas de culture française » ? On sent l’homme dépassé par certaines questions qu’il veut éviter, peut-être pour ne pas en avoir affronté le tranchant. Ce n’était pas le cas de De Gaulle qui a connu l’époque où il n’était pas certain que la France survive à l’adversité et à son chaos politique. Et nous touchons là au second terme de l’équation, le peuple qui ne sait plus qui il est se porte à la rencontre d’un homme qui, ne sachant pas d’où il vient, ne sait pas non plus où il veut aller, un homme non pas déméritant mais auquel les événements n’ont pas conféré une stature de héros et qui ne sera pas entré dans l’histoire avec un appel du 18 juin. La constitution de la Ve suppose deux conditions, implicites, qui ne sont plus réunies et à l’absence desquelles aucune loi ne pourra porter remède. Aussi, la question de l’évolution de cette constitution se voit-elle posée, en lien indissoluble avec cette autre question d’un peuple qui se cherche. 



[1] De Gaulle, Mémoires d’espoir, L’effort 1962-…

[2] Id.

Posté par acontrecourant à 09:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23 avril 2022

Heimkehr, de Hermann Hesse

 

hermann hesseRetour à la maison

 

 

L’instant est venu de compter 

Les ans et jours passés, ailleurs,

Sans que n’aient été allégés

Mon vieux fardeau et ses malheurs.

 

J’étais en quête de toute chose

Où l’âme aurait pu s’apaiser.

Me disperser dès lors je n’ose,

Aux épreuves me dois consacrer !

 

Viens à moi, tourment tant appris,

Des envies je suis rassasié.

Empoignons-nous en ennemis

Chevillés pour l’éternité ! 

 

traduction rgoeller, tous droits réservés

Capture d’écran 2021-12-02 à 14

Posté par acontrecourant à 18:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

02 avril 2022

Wasselonne sous la neige

20220402_173802

20220402_121342

20220402_173856

20220402_121023

20220402_174127

20220402_174055

Posté par acontrecourant à 18:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Flocons d'avril

20220402_174127

FLOCONS D’AVRIL

Te voilà revenu mon vieil Hiver que nous croyions envolé ! 

Ne sais-tu pas que le printemps a posé ses premiers jalons, 

Que les cigognes sont revenues nicher, 

Que les grues, en longs vols étirés, ont rejoint le septentrion ? 

Ne sais-tu pas que les arbres déjà portent des frondaisons, 

Les cerisiers parés d’étamines ploient sous tes flocons ? 

Que restera-t-il de ces jeunes pousses brûlées qui, tels des enfants morts, 

Tombent à terre en un triste décor ? 

Que restera-t-il des blés en herbe et des treilles embourgeonnées ? 

Quelle farine lèvera dans nos pains et quel vin coulera en nos gosiers ? 

Je m’adresse à toi comme à un dieu sylvestre qu’on supplie à genoux.

N’as-tu as assez eu de la morte saison ? 

Le solstice n’a-t-il pas apaisé ton courroux ? 

Aurions-nous commis un sacrilège félon ? 

Mais tu ne réponds pas, 

Et ma plainte chétive se perd dans tes frimas, 

Qui frappent nos silhouettes à nouveau blanches de neige. 

Il faut que nous ayons commis un sacrilège !

Roland Goeller

 

 

Posté par acontrecourant à 18:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

04 mars 2022

Kiev

oedipe et antigone

En ce mois de février, les troupes, chars et véhicules blindés depuis longtemps amassés le long de la frontière pour des opérations qualifiées de manœuvres comme en font les grandes puissances lorsqu’elles veulent rappeler au monde qu’elles ont les moyens de le faire trembler si fantaisie leur en prenait, manœuvres du reste tenues comme telles par la quasi-totalité des observateurs pour des raisons sur lesquelles d’autres observateurs se pencheront pendant des siècles et qui tenaient d’une sorte d’improbabilité en cela même que leur caractère colossal était sans rapport avec un objet immédiat qui pût leur être une cible et d’une sorte de hasard qui avait choisi la frontière précisément comme lieu d’exercice, comme si une menace était dirigée contre elle, en ce mois de février, donc, ces troupes se sont mises à déferler dans la steppe noire, conformément aux intentions de leur chef suprême dont les déclarations, graves et belliqueuses, n’avaient pas été prises au sérieux en raison précisément de leur gravité et de la rupture qu’elles opéraient dans un dialogue où les mondanités et les échanges commerciaux tenaient lieu d’ordre du jour, et, avec la soudaineté et la violence de la foudre qui éclate à la fin des après-midi torrides, nous ont rappelé des événements déjà anciens, nés de la chute d’un Mur sans grâce, oubliés dans la liesse qui succède aux périodes de tension et dans les inévitables débordements  auxquels se livrent les peuples longtemps opprimés, et nous mettent face à notre cruel dépouillement, à l’état de délabrement de nos murailles que nos aïeux avaient patiemment érigées et que, dans l’inconséquence de notre liesse post-moderne, nous avons négligé d’entretenir. En ce mois de février se termine une ère dont la chute des Twin Towers à New York constituait une pierre angulaire et entrons dans une nouvelle ère où nous devrons avancer avec la prudence d’Œdipe, aveugle, conduit par Antigone hors des murs de Thèbes où, du temps de son règne, ses yeux s’étaient obstinés à ne pas voir ce qu’ils voyaient. 

Posté par acontrecourant à 09:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 mars 2022

Approche psychanalytique de la steppe

steppe russe

Le maître du Kremlin est-il un homme tyrannique qui entraine sa nation dans une direction où elle rechigne à le suivre ou bien, à l’inverse, un homme exalté qui, par son talent, sait capter et donner corps aux grands courants qui traversent sa nation ? La seconde hypothèse est bien entendu la plus féconde, elle seule permet d’expliquer l’ascension fulgurante d’un homme que ses origines destinaient à une vie plus obscure. Il n’est pas inutile non plus de faire un parallèle avec un autre homme exalté qui a su, dans l’Allemagne des années Trente, capter et amplifier une forme de mauvaise hybris, formalisée dans les Discours à la nation allemande de Fichte et exacerbée par les imperfections du traité de Versailles de 1919. (L’hybris ne comporte-t-elle pas, consubstantiellement, quelque chose de mauvais ?) Dès lors quels sont les mauvais courants qui traversent l’âme russe et fascinent des hommes d’autant plus forts que leur force est un rempart à une hypersensibilité blessée comme l’est celle de V. Poutine dont on connait l’enfance dramatique dans les décombres de Leningrad assiégée par la Wehrmacht ? Et tout d’abord, que signifie mauvais ? Est mauvais ce qui présente non pas forcément une médio crité mais un défaut, une imperfection essentielle, une faiblesse pourrions-nous ajouter, quelque chose qui empêche de faire confiance. Quels sont ces ingrédients, ces clavicules, qui dans l’âme russe empêchent de faire confiance, invitent à se réfugier dans un certain repli de forteresse où tout est sous contrôle, invitent à adopter des stratégies d’animal effrayé par l’immensité de son territoire et paniqué à l’idée de le voir envahi ? A lire Dostoïevski et d’autres auteurs russes, on note cependant que ces forces sombres et mauvaises, à l’œuvre chez Ivan, Mitia, Stavroguine ou Rogojine, se voient contenues et même absoutes par d’autres forces lumineuses qui se manifestent dans les figures du staretz, d’Aliocha ou de Muychkine. L’équilibre entre les deux est chose difficile, il y a dans leur affrontement une sorte de démesure qui semble faire écho à la démesure du territoire. Comme si l’immense Russie, insuffisamment peuplée, peuplée de nomades et de descendants de nomades contraints de mouvements permanents pour couvrir un territoire qu’un réseau de camps ne parviendrait pas à tenir et, par l’effet de cette mobilité polémologique presque consubstantielle, était tenue à l’art de la guerre comme vecteur de civilisation. Le vertige de la steppe et des immensités enneigées fascine-t-il l’âme russe ? Alexandre de Macédoine et Charles V de Habsbourg étaient eux aussi à la tête d’empires trop vastes pour qu’ils ne soient pas dans l’obligation de les parcourir sans cesse et qu’ils ne vivent pas dans la crainte de les voir envahir par l’une de ses marches insuffisamment protégées ? Dans ces immensités où le moindre souffle de vent charrie des âmes mortes, l’esprit cède plus facilement qu’ailleurs à ses démons. Et sans doute lui faut-il quelque foi solide, primitive, pour ne pas succomber. L’âme russe plus qu’une autre serait-elle la proie de ces passions violentes comme seuls en connaissent les enfants ? Aliocha et Muychkine sont des enfants en qui la piété l’emporte. Ils ont l’Ecclésia dans leur cœur. Mais tous les autres ? Le Grand Inquisiteur des Karamazov donne quelques éléments de réponse à ces questions. La France de 1789 et la Russie de 1917 ont connu des révolutions qui, de façon comparable, ont ébranlé les socles. Cependant la France, très vite, comptait assez de rationalité et de lumières pour parvenir au compromis bourgeois de la Restauration. Tandis que la Russie ! Il semblerait que les passions s’y soient déchaînées avec plus d’ampleur et de colère. Quelque chose a fait défaut pour limiter le déraisonnable. Et pourtant, si la foi catholique en France est aujourd’hui moribonde, il semblerait que la foi orthodoxe ait mieux résisté. Cette foi sans le savoir rêve de son Grand Inquisiteur mais ce dernier, parfois, à force de solitude sacrificielle et d’incarnation excessive, succombe lui aussi à la démesure ! 

Posté par acontrecourant à 09:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

26 février 2022

Ukraine, si vis pacem para bellum!

Cicéron

Si vis pacem, para bellum ! 

Ce sont les mots qui me viennent à l’esprit. Le 22 février, sans déclaration de guerre, les troupes russes entrent en Ukraine et s’y répandent sans que nul n’en sache la raison exacte. Libération des provinces russophones du Donbass, annexion de l’Ukraine ou la reconquête des pays, aujourd’hui pour la plupart membres de l’OTAN, que le partage de Yalta avait placés sous influence russe et qui en furent soustraits à la faveur de la chute du Mur de Berlin et de l’effondrement de l’ancienne Union Soviétique ? Si vis pacem, par bellum ! Ces mots sans cesse me reviennent à l’esprit car, dès la chute du Mur, l’Occident, l’Occident européen, a procédé à une forme de désarmement unilatéral qui l’empêche aujourd’hui de réaliser une démonstration de force pour contrer celle des Russes. Elle s’indigne, fulmine, admoneste, rodomonte mais apparait telle une cigale animée d’un pacifisme naïf. Sans armes, sans armée digne de ce nom, l’Occident européen ne fait pas le poids face à des forces russes dont Poutine n’ignore pas la supériorité tout comme il n’ignorait pas l’étendue de notre naïveté. Naïveté teintée d’inconséquence voire de désinvolture sur laquelle il convient de s’attarder, car toutes les forces concernées dans et par cette crise, cette agression, ont tenu depuis plusieurs décennies un dialogue de sourds, une absence de dialogue voire des propos de façade dont la crise apparaît comme l’issue fatale. Voyons en quel sens ! 

Si l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes me parait impardonnable, il ne s’en trouve pas moins un certain nombre d’explications qui en ont fait le lit. Il faut encore et toujours remonter à la chute du Mur en 1989. La Russie est à genoux, exsangue. Elle assiste, impuissante, à l’émancipation les uns après les autres des pays satellites de l’ère d’influence soviétique, lesquels se dépêchent de se mettre sous la protection de l’OTAN. L’Occident n’a retenu de l’événement que sa partie lumineuse : des dizaines de millions d’hommes et de femmes soustraits à la chape de plomb soviétique et l’ouverture de considérables marchés. Mais il a ignoré l’indescriptible camouflet pour le maître de l’autre moitié du monde depuis Yalta. Les équilibres se sont recomposés presque sans coup férir. C’est l’avènement de l’ère démocratique et la fin de l’histoire, prophétisait Fukuyama, tandis que Huntington craignait déjà un futur conflit entre l’Ukraine et la Russie. Mais l’Occident avait le vent en poupe et l’insouciance de ceux qui croient tout danger écarté. Il a réglé à sa manière le dépeçage de la Yougoslavie, le bombardement de Belgrade, la partition du Kosovo. 

De surcroît, par la voix des présidents américains, l’Occident a fait des promesses quant à la neutralité de l’OTAN par rapport à l’Ukraine et le respect des provinces russophones de l’est alors que, dans le même temps, des forces occidentales, britanniques notamment, auraient œuvré en sous-main dans l’autre sens. Mais, après avoir rongé son frein, la Russie blessée a pansé ses plaies et repris des forces. On sait aujourd’hui que son réarmement a connu le taux de progression le plus élevé au monde. Sans doute les stratèges américains n’en ignoraient rien, mais ils avaient d’autres chats à fouetter, ailleurs. Peu après la chute du Mur est arrivé M. Poutine, ex du KGB, armé, on le mesure aujourd’hui, d’un sentiment de revanche qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain caporal autrichien, un siècle plus tôt. Encore une fois, ces explications très sommaires ne constituent en aucun cas une excuse. Elles mettent en lumière un processus étiré sur plusieurs décennies auquel l’Occident n’a pas assez pris garde : le maître de l’autre moitié du monde de Yalta ne resterait pas sans réagir au dépeçage de son empire ! 

Quant aux événements les plus récents, les gouttes qui ont fait déborder le vase, il est peut-être prématuré d’y voir clair dès à présent. A lire les discours de Poutine, le Donbass et Loughansk auraient été en situation de danger. La pratique et l’enseignement de la langue russe y auraient été interdits. Les 14 000 morts qu’on y déplore depuis 2014 seraient la conséquence des répressions ukrainiennes. Par ailleurs, l’éventualité du rattachement à l’OTAN aurait constitué une menace pour l’intégrité de la Russie ! Mais quelle est la réalité de cette menace ? Les bases américaines, déployées dans les pays de l’OTAN et tournées vers la Russie, ont-elles un objectif offensif ou défensif ? Paraphrasons Blaise Pascal : Vérité en deçà des Carpates, mensonge au-delà ! En vérité, cette question est insoluble en une réponse toute faite. Nous sommes un peu dans un Rivage des Syrtes où nul ne connait les intentions de l’adversaire dont il devine l’obsédante présence. De ce genre de situations, on ne sort qu’avec patience, diplomatie et longueur de temps. 

Il y avait sans doute une désinvolture bravache dans la posture américaine consistant à étendre indéfiniment le périmètre de l’OTAN et à ignorer les grognements de l’ours russe. Il y avait sans doute une absence de hauteur dans la docilité française et son alignement atlantique. Le Général depuis longtemps déjà aurait donné de la voix. Il n’aurait pas consenti non plus à dégarnir autant ses flancs ! Accordons quelque crédit à la crainte exprimée par les Russes quant à leur sécurité, en dépit du fait qu’il n’y avait nulle intention occidentale, du moins le pensons-nous, d’invasion de la Russie. Si cette crainte semble injustifiée, elle n’est pas pour autant dénuée de réalité, elle est inscrite dans l’histoire russe dont elle semble une composante et c’était une faute politique de ne pas en avoir tenu compte. Encore une fois, cette faute occidentale ne justifie en aucun cas cette autre faute, russe et impardonnable, d’invasion de l’Ukraine. 

La phobie de violation de l’intégrité territoriale remonte-t-elle à la seconde guerre mondiale, on se rappelle les épisodes terrifiants de Stalingrad et Leningrad, ou est-elle inscrite dans l’âme russe depuis plus longtemps ? La guerre napoléonienne, objet de Guerre et Paix, résonne-t-elle encore dans la psyché ? Le maître du Kremlin a-t-il une vision géopolitique réaliste ou hypertrophiée ? Et jusqu’à quels excès est-il disposé pour obtenir gain de cause ? Est-il fou, paranoïaque, comme d’aucuns le prétendent, ou seulement cynique ? Par ailleurs, le peuple russe est-il derrière lui ou se soumet-il à sa dictature ? Dans quelle mesure les premières victoires russes feront-elles renaître un sentiment de fierté et croître la popularité de Poutine ? D’autre part, les forces conventionnelles ukrainiennes sont-elles en mesure d’opposer une résistance efficace ? Les réponses à toutes ces questions seront dévoilées au cours des semaines à venir qui seront des semaines de tous les dangers. 

On peut déplorer encore que la Russie ait fait le choix de la puissance militaire au détriment de la puissance économique et ne dispose que d’un PIB famélique équivalent à celui de l’Espagne. On peut s’interroger longuement sur les raisons de ces choix en un pays riche en ressources et en espace. Toujours est-il que la Guerre Froide que les Occidentaux croyaient révolue revient en force. Elle n’a connu qu’une parenthèse qui n’est pas sans rappeler l’insouciance des Années Folles. Quant à la brutalité de l’invasion russe, elle a des allures de Pearl Harbour et suppose une dissimulation qui donne toute la mesure de l’esprit de vengeance consécutif à l’affront de la chute du Mur. L’Europe se voit tout aussi brutalement rappelée à une réalité qu’elle feignait d’ignorer dans sa naïve désinvolture. Seule au monde, trop occupée à satisfaire les revendications de ses minorités, à déconstruire ce qui fonctionnait, à mener des guerres picrocholines, la France a négligé à la fois son armée, son industrie et son indépendance énergétique. Cette soudaine, mais peut-être pas surprenante, guerre russo-ukrainienne remet bien des choses en perspective, pondère en Occident des priorités que l’on croyait essentielles, invite chacun à trouver ce qu’il peut « faire pour son pays » selon le mot de Kennedy et, surtout, rappelle que la paix est un état d’exception dans une continuité polémologique et qu’il convient de la préserver, non par des mantras ou des illuminations de Tour Eiffel, mais : para bellum !  

Posté par acontrecourant à 19:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

14 février 2022

La nouvelle "L'addition!" à l'affiche sur le site de Rue-St-Ambroise

resto bondé

L'addition! nouvelle de la semaine retenue par le site Rue St-Ambroise:

https://ruesaintambroise.wixsite.com/nouvelledelasemaine

https://f883ad6f-9547-4869-a762-33c65d75b128.filesusr.com/ugd/0a811b_57723bde54b443eab446e2ea1fbd31e6.pdf

Un extrait: "Aux heures de pointe, la galerie marchande a des allures de ruche en effervescence. Eliane et Victor avaient passé la matinée à faire du shopping et une petite faim les tenaillait. Les restos ne manquaient pas mais ils hésitaient, ils n’en connaissaient aucun. Le sourire engageant d’une jeune femme s’affichait en devanture Chez Fernand. Une autre affiche martelait les cinq S de la qualité : Service, Sourire, (S)célérité, Saveurs, Sérénité ! La concurrence quant à elle alignait de pauvres arguments sur cartons pâtes bricolés, signalétiques tape-à-l’œil et ridicules petites cartes illisibles. Aussi, lestés de poches beaucoup trop grandes pour leurs contenus, Eliane et Victor se firent-ils une joie d’y entrer."

Posté par acontrecourant à 12:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

07 février 2022

Conférence ALSACE en PROSE

Mercredi 16 février prochain,
de 18h30 à 19h30
j'ai le plaisir d'être reçu par le CENTRE CULTUREL ALSACIEN
au Foyer des Etudiants Catholiques, à Strasbourg,
Pour une conférence intitulée
ALSACE EN PROSE
au cours de laquelle je présenterai mes deux opus
CAHIERS FRANÇAIS, roman
RETROUVAILLES, recueil de nouvelles
Entrée libre

Capture d’écran 2022-01-11 à 15

04 février 2022

D'innombrables défis

vasarely 3

D’innombrables défis se posent au pays en cette période préélectorale. Énergétique : la courbe des besoins en énergie électrique ne cesse de croître tandis que les ressources décroissent dangereusement, notamment en raison de la dégradation orchestrée de la filière nucléaire au profit d’une filière éolienne subventionnée et largement insuffisante. Propédeutique : le système éducatif, pléthorique, coûteux, suradministré tolère l’admission d’un nombre croissant d’enfants ne sachant lire correctement au collège où la filière unique se perd dans les expérimentations pédagogiques au détriment de l’excellence, il en résulte un classement PISA désastreux. Anthropologique : la société se fragmente en communautés de plus en plus étanches les unes par rapport aux autres, les systèmes de mœurs entrent en conflit, l’unité nationale se délite, les tensions racialistes et antiraciales ne cessent de croître ; par ailleurs, la diffusion de la cancel culture provoque une crise d’identité et de sens dont on ne mesure pas encore les conséquences ; d’autre part le développement peut-être excessif de l’assistanat au détriment du travail et du mérite a généré une certaine apathie économique. Démocratique : la perte d’un certain sens commun, la réduction à peau de chagrin des raisons non-consuméristes d’être ensemble, induisent une polarisation du débat au profit de minorités de plus en plus revendicatives ; l’évolution des institutions par ailleurs a conduit à l’élimination, dans le débat et la représentation nationale, de parties de plus en plus importantes de courants électoraux, l’abstention en est un signe. Technocratique : la suradministration et la multiplication des échelons de gouvernance (tissu associatif, lobbys, mairies, communautés de communes, départements, régions, états, Europe) ont généré un foisonnement d’organismes, de procédures et d’échelons de contrôle, onéreux et faiblement interconnectés d’une part, peu propices à l’esprit d’entreprise et à la création de richesse d’autre part. Climatique : les évolutions néfastes sont avérées et la réduction des gaz à effet de serre reste une priorité, le pays ne représente cependant qu’une goutte d’eau à l’échelle de la planète et sa propension à vouloir jouer les bons élèves entraîne des orientations plus emblématiques que réalistes. Économique : le tissu industriel est en lambeaux et la production de richesses en panne, les dépenses de l’état pèsent lourdement sur la compétitivité et la réindustrialisation, le pays a glissé d’une économie de production et d’offre à une économie de consommation et de demande, il s’appauvrit et la croissance inexorable de sa dette réduit d’autant son indépendance et sa souveraineté. Polémologique : les données géostratégiques ne cessent d’évoluer et les menaces vont de pair, il est important que le pays réadapte son outil de défense mais aussi ses alliances, il ne va pas de soi que ses intérêts soient exactement superposés à ceux des E-U et son hostilité mimétique vis-à-vis de la Russie devient problématique. Juridique… Etc. Les défis sont innombrables, est-il besoin de tous les lister. Ma grande crainte cependant est que l’élection présidentielle ne se joue, non pas sur des options clairement argumentées relatives à tous ces défis, mais sur des émotions de dernière minute, un mot ou une expression de travers, une mesure sanitaire jugée inappropriée… Le diable est décidément dans les détails ! 

Posté par acontrecourant à 09:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :