blog de roland goeller

22 mai 2017

Déconstruction des esprits

 

déconstruction

Est-il seulement possible de reconstruire des esprits déconstruits, et tout d'abord qu'est-ce que la déconstruction. Evitons le piège qui consisterait à faire allégeance aux Derrida, Foucault, Bourdieu, etc, dont les énoncés invitent à se perdre sur des chemins sans issue, en des contrées où l'esprit ne trouve pas grand chose à se mettre sous la dent. La déconstruction consiste en un prétendu mouvement d'émancipation des moeurs lesquelles sont présentées comme autant de carcans et vieilleries inutiles (des moeurs qui pourtant ne sont que des formes chargées de maintenir cohérence et cohésion, même si elles supposent une certaine contrainte). Les esprits en apparence émancipés jouissent toujours d'une certaine liberté retrouvée, du goût très rousseauiste du paradis perdu. Les désordres qui tôt ou tard résultent de l'abandon des formes (celles qui "préservent de la barbarie", Benjamin Constant) apparaissent à leurs yeux comme les conséquences de facteurs extérieurs (le climat, le pouvoir de l'argent, la corruption des élites ...). Mais jamais ils ne consentent à admettre que le désordre suprême résulte de la déconstruction (celle de l'école, soi-diant reproductrice des inégalités, celle de la famille, soi-disant responsable des atavismes, celle de la culture, soi-disant stigmatisante, celle de la religion, soi-disant "opium des peuples", etc).

Posté par acontrecourant à 14:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


20 mai 2017

Menace sur la littérature

 

La question qui se pose aux écrivains contemporains (en dehors des poids lourds qui sont adossés à une renommée médiatique soigneusement entretenue) est celle de la raréfaction de leur lectorat. Non que la qualité de leurs écrits se soit détériorée, mais les lecteurs qui, il y a quarante ans, ne rataient pas une émission d'Apostrophes et se donnaient rendez-vous dans les bibliothèques, se réfugient désormais sur les réseaux sociaux et s'abîment les yeux sur les séries B. Cette défection est aggravée par un phénomène plus inquiétant encore. Il entre désormais en ligne de compte un public qui non seulement ignore leurs écrits mais les tient pour impies, inconformes à une soi-disant vérité révélée dont il se proclame le témoin. Aussi, le défi qui se pose aux écrivains est celui du refus grandissant, non de leurs écrits, mais de la littérature même comme discipline d'émancipation et d'Aufklärung. Mais au lieu de questionner cette question, beaucoup d'écrivains se livrent à une gymnastique incantatoire pour éviter de les aborder, tant est pesante la chape de plomb qui interdit de questionner la compatibilité des religions avec l'art de vivre occidental.

salman rushdie

Posté par acontrecourant à 07:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 mai 2017

L'évangile selon Saint-Barnabé

Les preuves fatiguent la vérité (César, sculpteur)

 

St-Barnabe

Il y a quelques temps de cela, j'ai suivi deux documentaires diffusés par la chaîne RMC. Le premier est consacré à un évangile apocryphe (non reconnu par le canon catholique et romain), à savoir l'évangile de St-Barnabé. Le texte est présenté comme étant d'inspiration islamique, parce que, suppose l'auteur du documentaire, il remet en cause la réalité de la mort et de la résurrection de Jésus, c'est à dire rien moins que le dogme de la Trinité sur lequel la chrétienté romaine prétend reposer. Le second est consacré à un fragment de papyrus copte qui rapporte(rait) des propos où le Jésus de la chrétienté romaine (un Jésus nimbé d'un céleste célibat) ferait allusion à une femme qui aurait été la sienne.

Dans chaque cas, le Vatican réfute l'authenticité (il ne peut  faire moins) des documents présentés tandis que les chercheurs, quant à eux, multiplient les expertises pour en attester la recevabilité. Et les auteurs des documentaires livrent à tout bout de champ des commentaires faussement ingénus qui laissent entendre que, si les preuves étaient avérées, c'est tout l'édifice de la chrétienté qui vacillerait!

Ni experts, ni scientifiques ni commentateurs n'en viennent cependant à douter de leur propre incongruïté. Car il n'est pas illégitime de se poser la question: quand bien même les documents seraient authentiques, cela menacerait-il la chrétienté? En d'autres termes, la chrétienté, deux mille ans de chrétienté, reposeraient-ils seulement sur des faits historiques que des expertises et des recherches pourraient remettre en cause à l'aide de pièces archéaologiques?

Définir la consistance d'une religion en terme de preuves révèle peut-être une profonde méconnaissance de ce qu'est le fait religieux et, pourquoi pas, une certaine arrogance. Dans le Christianisme, il n'est écrit nulle part que le Christ soit resuscité. Il est écrit en revanche (cf les évangiles, canoniques et apocryphes) que des témoins se sont approchés du tombeau qu'ils ont trouvé vide, la pierre déplacée. Les évangélistes en ont conclu que les témoins ont cru et, à ce point précis du texte, nous quittons le récit historique pour entrer dans celui de la prière et de la foi.

Dans une religion, celle-ci est implicite, c'est peut-être d'elle dont il est le moins question, au détriment des articles de foi, lesquels servent à définir des hiérarchies, des territoires de pouvoir temporel. Une religion a besoin de théologiens peut-être et plus encore que de mystiques (lesquels ont la vertu et le défaut de faire des expériences ineffables, impropres aux articles de foi).

Une religion ne dépérit nullement parce que des scientifiques ont mis à jour des éléments historiques qui entrent en contradiction avec ses articles de foi. La foi chrétienne ne sera en rien ébranlée par les révélations d'un évangile apocryphe ou d'un fragment copte. Une religion en revanche entre en déclin lorsque ses fidèles se croient suffisamment éclairés pour se dispenser de croire!   

 

 

Posté par acontrecourant à 21:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

10 mai 2017

Autoproclamés souverains

 

babel

Une société d'hommes autoproclamés souverains n'est plus une société mais une population d'individus soucieux de leur bien-être et de leurs intérêts particuliers. Les inégalités (naturelles), dont il ne serait pas venu à l'idée de leurs aïeux de demander des comptes au Seigneur, ces inégalités sont désormais portées en place publique, sur l'agora, pour exiger réparation de la communauté des hommes. Ainsi sont nés les droits des minorités et, plus Dieu s'éloigne, plus les minorités revendiquent avec force. Le tissu social perd sa cohésion et sa texture, il finit par ressembler à un patchwotk dont le stade ultime est ce monde qui a entrepris la construction de la Tour de Babel. Péché d'hybris que les Dieux ont puni de Némésis: la construction s'arrête car les hommes en ont perdu le sens. La Tour est l'illusion de la reconquête du sens perdu. Les Tours de Babel contemporaines s'appellent recherche génétique, numérique, hybridation, intelligence artificielle, robotique  ... 

Posté par acontrecourant à 10:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 mai 2017

D'après August Macke

Né le 3 janvier 1887, en Rhénanie du Nord, August Macke fréquente l'Ecole des Beaux-Arts de Düsseldorf avant de découvir l'impressionnisme français et plus particulièrement Cézanne. En 1911, son itinéraire artistique s'infléchit au contact des expressionistes du Blau Reiter, notamment Kandinski et Franz Marc. Il participe du reste à une exposition à Munich en 1912, mais finit par prendre ses distances. Il déménage en Suisse et effectue, avec le peintre Paul Klee, un voyage en Tunisie où il réalise d'innombrables aquarelles.(dont sont inspirées les interprétations ci-dessous)

Il est mobilisé en août 1914 et tué sur le champ de bataille, en Champagne, le 26 septembre 1914, à l'âge de 27 ans.

macke1

macke2

macke3

 

Posté par acontrecourant à 18:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


05 mai 2017

CHRISTA WOLF: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud (Ville des Anges)

 

christa_wolf

"TOMBER DES NUES, ce fut l'expression qui me vint à l'esprit lorsque j'ai atterri à L.A.", ainsi débute le livre Ville des Anges (en allemand: Stadt der Engel oder the overcoat of Dr. Freud) paru en 2010 aux éditions Suhrkamp, Berlin, sous la plume de la romancière allemande Christa WOLF. Au fonctionnaire des douanes qui, dubitatif, examine son passeport, elle répond: "Yes, East Germany!" Nous sommes au début des années 90, le Mur de Berlin est tombé, l'ancienne RDA d'où la romancière est originaire est réunie à l'autre Allemagne. "Are you sure this country does exist?", insiste le fonctionnaire, et la romancière de répondre: "Yes, I am", "même si le réponse correcte eût été no, et moi, pendant la longue attente de mes bagages, je ne pus m'empêcher de me demander si cela valait vraiment la peine de me rendre aux Etats-Unis avec ce passeport encore valide d'un pays qui n'existait plus, à seule fin de déconcerter un jeune fonctionnaire des douanes aux cheveux roux."

Que vient faire à L.A la romancière allemande? Au fil des pages, le lecteur apprend qu'elle a bénéficié d'une bourse de recherche et le livre se présente en quelque sorte comme le journal de bord des rencontres qu'elle y fait, notamment au sein de la diaspora allemande. Il est question aussi des échanges épistolaires avec une mystérieuse L. émigrée aux Etats-Unis, à une époque où le destin des deux Allemagnes était scellé. "Qu'aurait donc été la vraie vie dans la bonne si, à la fin de la guerre, nous étions encore parvenus, avec notre convoi de réfugiés, à franchir l'Elbe, vers laquelle nous nous dirigions avec les dernières forces de nos chevaux de trait? Est-ce que, dans d'autres conditions, les vraies, je serai devenue quelqu'un d'autre? Plus intelligente, meilleure, sans culpabilité? Mais pourquoi ne puis-je toujours pas vouloir souhaiter échanger ma vie contre cette autre, plus facile meilleure?", n'a de cesse de s'interroger la narratrice qui tente de faire le bilan de ces années de plomb. "Tu serais continuellement et impitoyablement questionnée sur ce qu'avait bien pu représenter ce pays déglingué pour qu'on verse une seule larme sur lui. A part des machines bonnes pour la casse et des rapports d'espions, que pouvait-il donc apporter à la grande, riche et libre Allemagne?" , tout en gardant à l'ex-RDA une fidélité de coeur: "A un moment donné, cette phrase a pris forme: Nous avons aimé ce pays. une phrase impossible, qui n'eût mérité que railleries si tu l'avais prononcée."

Peu à peu cependant émerge la raison de ce long séjour californien qui, en dépit des apparences n'a nullement pour objet de produire une chronique américaine. Peu après le TOURNANT (die Wendung?), la chute du Mur de Berlin et la réunification, apparaît toute l'ampleur de la pieuvre STASI. Rappelons-nous, la STASI, service de renseignement et de police de l'état dont nul ne connaissait les ramifications. La STASI possédait un dossier sur chaque citoyen de l'Allemagne de l'Est. Chacun tenait, chacun était tenu par la barbichette, tous à la merci des fonctionnaires de l'état et des petits services qu'il avaient à leur demander. Tous les petits travers des uns et des autres étaient soigneusement notés et exploités (addictions au jeu, à la drogue, au luxe, à la luxure ...) Chacun était devenu l'espion de son voisin, de son cousin, de son conjoint. Mais le TOURNANT a subitement mis en lumière toute cette activité souterraine. Les dossiers de la STASI sont mis à la disposition des citoyens, un décret permet à chacun de consulter les monceaux de documents dilatoires accumulés sur son compte. Christa Wolf prend connaissance de ceux qui la concernent et sans doute, prend-elle alors conscience de quelque chose. "Je me suis trompée en pensant que l'état où je vivais, la RDA, en dépit de ses défauts manifestes, que j'observais intensément et que j'éprouvais personnellement, était réformable et pourrait durer", confie-t-elle au cour d'une interview accordée au Nouvel Observateur en 2006.

Elle évoque les documents et les secrets que chacun s'efforçait de dissimuler le plus longtemps possible, "tous ces petits paquets qui étaient cachés pendant des années dans un coffre, ..., des sacs de voyage remplis de ... manuscrits, de journaux intimes qui ne devaient pas tomber entre leurs mains, et quand ces petits paquets reposaient là dans leur cachette bien précaire, c'était le signe que tu pensais ne courir aucun risque". Espoir bien fragile car, à la moindre alerte, "Il fallait déménager les documents, ... des amis devaient être prêts à les accueillir chez eux sans poser de questions sur leur contenu, ... et l'on se trouvait dans l'obligation de convenir de mots de codes que l'on prononcerait au téléphone au cas où, et qui devaient déclencher des actions de sauvegarde."

Les certitudes d'une vie sont ébranlées et, comme une prémisse annonciatrice, Christa Wolf est terrassée par une crise cardiaque 4 jours avant la chute du mur, elle se trouve alors sur Alexanderplatz, dans une manifestation pacifique à propos de laquelle, dans la même interview, elle racontera que "de jeunes officiers de l'Armée populaire ... avaient collecté les munitions de leurs soldats quand les gens ont convergé en masse vers le Mur, là où ils étaient de service: pour que rien n'arrive." Car le Mur s'effondre et la boîte de Pandore s'ouvre, la fonctionnaire qui donne accès aux archives de la Stasi révèle aussi les comptes rendus ... faits par Christa Wolf elle-même sur le compte de tiers de sa connaissance, trente ans plus tôt, une activité que sa mémoire avait occultée. Ils sont rendus publics et la romancière en est éclaboussée, controversée, poussée par ses amis à prendre un peu de recul. Christa Wolf qui pourtant avait pris ses distances dès 76 avec le régime de la RDA apparaît en complice de la chape de plomb qu'elle a dénoncée.

"TOMBER DES NUES", dit-elle en incipit, et sans doute tombe-t-elle des nues à tous les sens du terme. Ville des Anges est présenté comme un roman, il est en réalité le journal, le diary, d'une romancière qui tente de remettre un peu d'ordre dans sa vie et ses représentations du monde, chahutées et mises à mal, et qui n'y parvient pas vraiment. L'invocation de l'overcoat of Dr Freud fonctionne comme un paratonnerre mal raccordé ou comme une peau de chagrin. Au cours de son séjour californien, elle invoque de célèbres exilés, Thomas Mann et Bertholt Brecht notamment, elle croise d'innombrables personnages, exilés ou descendants d'exilés ayant fui le nazisme sans que jamais pourtant les anecdotes qui fourmillent à leur propos ne se tissent en récit. A Los Angeles, Christa Wolf n'est pas disponible, tels un Jim Harrison ou un Richard Ford, elle est hantée par les décombres de sa foi en un pays (l'ex-RDA) qu'elle avait vu comme absolution de l'Allemagne hitlérienne et espoir d'un monde meilleur. "C'est seulement lorsqu'une vieille camarade, juive, qui avait longtemps vécu en émigration, vous a reproché d'une voix tremblante ... de vouloir à nouveau des camps de concentration, que vous vous êtes tus, il n'y avait rien à dire, et tu as compris que l'affaire était désespérée."

Christa Wolf n'en est pas moins une plume somptueuse et le livre regorge de pages lumineuses. La citation qui suit est à la fois révélatrice des réflexions de la romancière sur l'art du récit et, sans peut-être qu'elle s'en soit rendue compte, de la Némésis (à propos de l'épisode de la collaboration) à laquelle elle a consenti et sans laquelle son oeuvre n'aurait pas vu le jour de la même façon. "Il y a plusieurs fils de la mémoire. La mémoire du sentiment est la plus durable et la plus fiable. Pourquoi en est-il ainsi? En a-t-on un besoin particulièrement pressant pour survivre?  Dans l'envie de raconter il y certainement aussi celle de détruire, qui me rappelle l'envie de détruire en physique, à propos de laquelle j'ai lu un article dans la presse sous le titre Téléportage pour non-débutants. Des chercheurs en physique quantique sont donc parvenus à ce que les atomes séparés par une grande distance se chuchotent quelque chose, transposent l'état originel d'interférence de l'atome A à l'atome B, quoi que cela puisse signifier. Mais ce qui me fascine le plus, c'est d'apprendre que le physicien, en effectuant la mesure, détruit l'état originel. Cela soulage presque ma conscience car le narrateur, lui aussi, détruit inévitablement un état originel en se contentant d'observer les êtres humains et en transposant sur le papier insensible ce qui semble se dérouler entre eux. Mais cette envie de détruire, me dis-je, est contrebalancée par l'envie de créer, qui fait surgir du néant de nouveaux personnages, de nouvelles relations. Et ce qui précédait a été effacé."

Je n'en reste pas moins un inconditionnel de titres tels "August", "Kassandra", "Ce qui reste" ou encore, "Un jour dans l'année, 1960-2000" pour ne pas nourrir la même attente vis à vis de "Ville des Anges". Je referme cependant le livre avec un sentiment d'inachèvement.

 

 

Posté par acontrecourant à 12:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 avril 2017

Le 23 avril 2017, le navire France a heurté un iceberg

 

 

 

titanic

Mais il n'en sait rien encore. Emmanuel Macron fête son excellent score à la Rotonde et croit en sa victoire. Il affrontera une Marine Le Pen à laquelle le fameux front républicain fera barrage ainsi que le répètent à l'envi journalistes et commentateurs, lesquels voient en elle le seul danger menaçant la République. Avec 20% des voix, l'intrépide et obstiné François Fillon est éliminé de la compétition. Les affaires et les costumes ont révélé une contradiction entre ses attitudes et la vertu républicaine dont il avait fait argument électoral. Il en a été privé des quelques pourcents fatals et a privé son camp d'une victoire que le désastre du quinquennat Hollande donnait pour acquise. Il faut croire que les fins stratèges de l'entourage de l'actuel président savaient où porter la calomnie.

Cependant, et quand bien même François Fillon eût accédé au second tour, le fait remarquable de cette élection me semble être le score particulièrement élevé des candidats dits d'extrême gauche. Madame et messieurs Artaud, Mélenchon, Poutou et Hamon totalisent quelques 28% des suffrages d'une élection où l'absention a été modérée. Pour qui veut bien se souvenir, il s'agit là du score du parti communiste à l'issue de la seconde guerre mondiale. Les lignes communiste et socialiste, brouillées par le Programme Commun de 1981 sont à nouveau distinctes. Le quinquennat de François Hollande aura rendu aux frondeurs et à ses anciens soutiens les marges de manoeuvres qu'ils avaient sacrifiées sur l'autel du pragmatisme mitterrandien.

Il convient du reste de ne pas se contenter de l'étiquette quelque peu flatteuse d'extrême gauche, laquelle est parée de toutes les vertus du progrès et de l'humain d'abord. A la question de savoir quels remèdes apporter au chômage et aux maux qui affectent le navire France, Mélenchon en tête, avec sa verve tribunicienne, recommande avant tout le renforcement de l'Etat-Providence et l'augmentation de la dépense publique. Le quatuor reste en général plus évasif sur les recettes correspondantes. On verra, dit-il, l'emploi public non marchand ayant à ses yeux les mêmes vertus que l'emploi marchand productif. Athée (de façon sélective), progressiste, internationaliste et interventionniste, le quatuor retrouve les accents d'un néo-marxiste qui ne dit pas son nom et omet soigneusement de mentionner les goulags et autres procès de Prague qui  ont toujours accompagné les expériences collectivistes. A croire que les gens n'apprennent rien de l'histoire!

Le navire France quant à lui navigue dans les eaux de la concurrence internationale la plus rude, parmi une flotille européenne soumise à bien des aléas et des tiraillements, sous le commendemant d'une Allemagne qui donne le la et le cap. Or la concurrence implique une obligation de compétitivité. Pour le navire France, cela signifie des réformes courageuses, notamment la libération de l'esprit d'entreprise et la réduction significative des dépenses publiques. Il est à remarquer à cet égard que, non seulement le seul candidat porteur de ces réformes est éliminé au premier tour, mais de surcroît les forces qui s'opposent (vigoureusement) à toute réforme représentent quelques 28% du corps électoral, sans compter celles qui ont rejoint les lignes frontistes.

Face à la crise et au chômage, l'Allemagne - la luthérienne et industrieuse Allemagne de Schröder - s'est imposée des réformes courageuses qui l'ont hissée en tête de la flottille européenne, mais la France - sans-culottes et sans vergogne - oppose un refus catégorique et ne cesse de monter sur la barricade. Les lignes n'ont pas beaucoup bougé depuis soixante dix ans, à croire qu'il faille une conflagration pour que les esprits acceptent les remises en question. Et ce raidissement est sans doute ce que cette élection a révélé de plus inquiétant. Le navire France n'est pas prêt pour changer de voilure, il veut garder sa vieille machinerie et navigue à vue en un océan parcouru de requins aux stratégies à long terme.

Il ne sait pas encore que l'eau s'engouffre par vagues entières par la brèche ouverte dans sa coque fragile et que l'inclinaison de la ligne d'horizon ne procède nullement d'une illusion d'optique mais de la gîte de son bastingage.

Posté par acontrecourant à 20:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 avril 2017

Aporie des Lumières

 

galaktika_zvezdy_sinij_1920x1200_www_Gde-Fon_com

Les Lumières ont voulu nous convaincre que la connaissance progresse au rythme d'une lanterne qui, en s'élevant, ne cesserait d'augmenter son cone de lumière. Mais nous sommes quelques uns désormais à savoir que l'obscurité progresse plus vite encore. L'inconnu s'étend plus vite que le connu et pour une chose que nous croyons arracher à l'obscurité, neuf autres lui resteront définitivement acquises. Il susbiste, dans les zones dites éclairées, de vastes zones d'obscurité de même que la voute céleste offre à nos téléscopes de vastes espaces intergalactiques mais nous en dissimule de plus considérables encore. Les trous noirs, à jamais impénétrables, constituent l'essentiel de l'univers. Il en va de même pour la connaissance. "Croyez, l'intelligence suivra!" s'exclamait St-Augustin, lequel n'avait nul besoin de lunette astronomique.

Posté par acontrecourant à 08:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 avril 2017

Hic et nunc!

 

Chat-domestique-europeen

Ici et maintenant! Ou encore, carpe diem! Est-ce vraiment ainsi que se présente le sommet de notre accomplissement? Parfois je traverse le jardin sous l'oeil attentif de mon chat. Il m'observe comme s'il ne m'avait jamais vu. Aucun de mes mouvements ne lui échappe. Toutes les fibres de son être sont concentrées sur cette unique chose, ma silhouette traversant le jardin. Quelques instants plus tard, il consacrera la même attention à un merle venu sautiller non loin de lui et m'oubliera. Est-il possible d'être plus intensément dans la présence, in der Anwesenheit, qu'un chat? Mais nous ne sommes pas des chats. Notre présence au monde n'abolit jamais notre pensée et la conscience de notre continuité, même si, parfois, nous avons quelque bénéfice à retrouver la qualité de présence au monde d'un chat. 

Posté par acontrecourant à 14:52 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

24 mars 2017

Dieu est un trou noir

 

trou-noir

Que sait-on exactement de Dieu? Que croit-on savoir ou ignorer en ce qui le concerne? A force d'absence de preuves, les uns capitulent, ils versent dans l'athéisme et les expériences progressistes. D'autres, hélas en plus petit nombre, continuent de croire au fur et à mesure qu'ils avancent sur un chemin personnel qui échappe à tout compte-rendu rationnel,  a fortiori aux reportings statistiques. De grands mystiques tels Blaise Pascal ou Jean de la Croix évoquent une violente expérience, une transfiguration qui laisse penser à la fascination qu'exercent les trous noirs célestes. Ceux-ci sont infiniment denses. On les croit dépourvus de matière mais ils en regorgent et ils ont la propriété d'absorber toute lumière qui s'en approche. Ils sont invisibles. Leur existence n'est révélée que par les distorsions alentours. De surcroît, rien ni personne ne s'en échappe.

Et si Dieu fonctionnait à la manière d'un trou noir céleste? On peut vivre une vie entière en ignorant que la voûte céleste regorge de trous noirs. On peut vivre sans Dieu. On peut s'accommoder de vivre sans Dieu. S'en approcher, en revanche, expose à la brûlure, à la dissolution, à l'anéantissement. Par ailleurs, cette vision infirme la théorie rationnelle qui veut que la connaissance progresse à la manière d'un cone de lumière qui ne cesserait de s'élargir. Il y a un lieu dans le ciel hors de portée de notre connaissance. Dieu reste ontologiquement impénétrable à notre intellect et le mot Dieu n'est que le condensé de notre ignorance. Unbegreiflich, unbegreifbar, dirait-on en allemand!

Posté par acontrecourant à 21:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 mars 2017

Topologie d'une élection à haut risque

 

421

Cinq principaux candidats pour le premier tour, deux seulement pour le second et comment lire l'offre électorale? La dichotomie droite-gauche convient-elle encore? L'émergeance d'un centre de synthèse répond-il à un réel déplacement des forces politiques ou s'agit-il d'un artefact destiné à égarer le discernement? Cette élection est atypique à plus d'un titre, notamment par les leurres et faux-fuyants qu'elle fait apparaître. Comment se déterminer sans jouer au "421"?

Et tout d'abord quels sont les défis auxquels la France est confrontée? Ils sont de deux sortes à notre sens. La place de notre pays dans le leadership européen et sa compétitivité, d'une part. Sa propre perception en tant que nation et peuple d'autre part.

Le leadersheap européen suppose une France respectueuse de ses engagements (Maastricht), soucieuse de ses équilibres budgétaires et du recul de sa dette. Ce renouveau économique passe notamment par la compétitivité de son économie et de ses entreprises dans un monde globalisé et concurrentiel et, corollaire, la réduction des dépenses publiques. D'autres cependant n'estiment pas cela prioritaire et envisagent des mesures de protection qui restreignent la liberté d'entreprendre. D'autres encore envisagent de se retirer purement et simplement du projet européen.

Disons des premiers qu'ils sont libéraux (au sens de Tocqueville) et des seconds qu'ils sont dirigistes (ainsi qu'ont pu l'être les planificateurs bolchéviques).    

Quant à la question de la nation et du peuple, les uns pensent que la question appartient au passé et les autres qu'il ne saurait y avoir d'avenir sans passé, c'est-à dire sans restauration de l'idée de peuple et de nation. Appelons progressistes les premiers (en ce qu'ils sont disposés à toutes les expérimentations sociétales) et conservateurs les seconds (en ce qu'ils restent attachés aux structures séculaires, école, famille, état, corps intermédiaires, histoire, religions ...). Les progressistes disent, ouvrons les frontières on verra après. Les conservateurs ne sont pas opposés à l'ouverture des frontières mais disent, réfléchissons. Ces derniers du reste abordent la menace islamiste non comme un trouble à l'ordre public mais comme un danger pour la cohésion de la nation et du peuple. Disons encore que les progressistes n'hésitent pas à changer les choses sans se soucier des conséquences, alors que les conservateurs ne changent les choses qu'après examen des conséquences possibles, ce qui fait qu'ils les changent rarement. Les progressistes traitent alors les conservateurs de réactionnaires et ils ont parfois raison, tandis que les conservateurs traitent les progressistes d'utopistes, ce qu'ils sont bien souvent.

La position des cinq candidats sur une échelle allant de la gauche vers la droite en passant par un centre hypothétique est-elle encore pertinente? Nous observons que les camps, de droite et de gauche, sont eux-mêmes soumis à des forces antagonistes qui les divisent. Ainsi trouvons-nous des progressistes-dirigistes, des progressistes-libéraux des conservateurs-dirigistes et des conservateurs-libéraux.

Comment dès lors se répartissent les uns et les autres sur cette grille à 4 positions?

JLM et Benoît Hamon sont à l'évidence progressistes et dirigistes. La lutte contre les discriminations restent leur vecteur sociétal et l'un et l'autre nourrissent des projets qui induisent un sucroît de dépenses publiques dont les recettes correspondantes restent floues. Etat-providence, droit des minorités et contrôle accru sur les entreprises. Le redressement promis reste cependant très incantatoire!

E Macron formule un programme économique plutôt libéral. Il entend respecter la parole européenne et oeuvrer dans le sens du redressement des finances publiques. Cependant ses prises de position sur la culture et le colonialisme le situent d'emblée parmi les progressistes pour qui: "il n'y a pas de culture française à proprement dite mais de la culture en France", et "le colonialisme est un crime contre l'humanité!". Le globalisme, l'ubérisation et la repentance d'E Macron laissent craindre le pire pour l'idée même de peuple et de nation.  En ralliant Macron, Bayrou quant à lui se positionne en progressiste ce qu'il n'est pas. 

MLP ne cède pas à cette sirène en ce qu'elle porte un discours très "France", trop sans doute. Elle aussi est conservatrice. En économie en revanche elle se montre anti-européenne et isolationniste. Elle n'envisage pas la mondialisation  comme un challenge mais comme un danger contre lequel il faut dresser un mur.  A l'évidence elle est dirigiste et à plus d'un titre rejoint JLM dans ses options.

Quant aux consevateurs libéraux, il leur reste François Fillon.

Seulement François Fillon.

 

08 mars 2017

La revue LES HESITATIONS D'UNE MOUCHE publie la nouvelle: LE CHEVREUIL

 

mouche_80

La revue LES HESITATIONS D'UNE MOUCHE n'hésite pas à publier de (bonnes) nouvelles à propos de nouvelles qui ne le sont pas toujours.

Faussement retranchée à Ambarès, là où Dordogne et Garonne se rejoignent dans l'estuaire de la Gironde, la revue milite pour la littérature et propose des textes sans dates de  péremption.

Dans sa numéro 80, elle inscrit au sommaire la nouvelle LE CHEVREUIL.

La nouvelle met en scène Hortense, une femme jetée sur les routes pour des raisons professionnelles. Sous des apparences enjouées et volontaristes, la vie d'Hortense ressemble en réalité à une course sur le fil du rasoir!

Extrait: "Parfois traverse un chevreuil. Le rendez-vous est fixé à 9 heures. Il reste 10 minutes et 10 kilomètres à parcourir. Il pleut et le bitume est glissant. A la hauteur d’un chantier, un employé en suroît fluo régule la circulation. Les voitures passent en alternance. A une voiture près, Hortense perd un tour. De l’autre côté du chantier, la circulation redevient fluide. Hortense accélère, le GPS n’a pas signalé de radars. Chaque minute gagnée est précieuse. A défaut d’être just in time, elle aura sauvé les apparences. La route est scindée en deux par une épaisse ligne jaune, les voitures sagement alignées dans leurs files respectives, sans dépasser. Au-delà, les gens prennent des libertés. Dans la vie aussi. La vie ressemble parfois à une route sans ligne jaune."

 le site: https://leshesitationsdunemouche.jimdo.com/

 

07 mars 2017

La revue LE TRAVERSIER publie la nouvelle : ABONDANCE

traversier21

L'association LE TRAVERSIER, sise à St-Germain-en-Laye, publie dans sa livraison n°21, de février 2017, un ensemble de textes et nouvelles regroupées sous le chapeau "Mon petit coin de paradis".

La nouvelle ABONDANCE y a trouvé sa place. Elle met en scène Armand, octogénaire, lequel arpente son jardin un beau matin d'été ...

 

Extrait: "La véranda donne elle-aussi à l’est. Armand se tient sur le pas de la porte. Il embrasse du regard les champs qui s’étendent jusqu’à la ligne d’horizon. La lumière rasante accentue les irrégularités des vallons et embrase la rosée. Le soleil joue dans les branches les plus hautes des chênes. Bientôt il ignorera leur trop chétive digue et, de toute sa puissance, déversera sa lumière jusqu’à la maison. Alors seulement Armand glissera les pieds dans les galoches qui patientent et descendra les quelques marches du perron, puis il traversera la petite cour qui sépare le jardin de la maison. Il en a grand, disent ses amis. Parfois, penché une matinée entière au-dessus d’un carré de légumes, lui-aussi se dit, l’année prochaine je réduirai. Mais  au temps des labours, il n’en retournera pas moins toute l’étendue à grandes saignées de charrue. Je ne peux quand même pas laisser une friche en plein milieu, se dira-t-il en ensemençant chaque arpent." 

 

 

Posté par acontrecourant à 10:22 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

06 mars 2017

Un écrivain consacre-t-il sa vie à la littérature? (2ème publication)

Avant-propos: cette chronique a été publiée une première fois en avril 2010. La page semble avoir été alterée par un piratage, je n'ose évoquer une censure. Elle ne contient à mon sens aucun propos désobligeant et je garde au regretté JM Roberts l'estime que j'avais conçue alors. Je reproduis la chronique car son propos me semble rester actuel. Si quelqu'un en éprouve ombrage, qu'il le dise à travers la fonction "contact". Je l'écouterai.

 

 

vermeer

Reçu aux Matins de France Culture le 24 mars dernier (2010), l’éditeur Jean-Marc Roberts (Stock) porte un regard désabusé sur le Salon du Livre de Paris, plus proche selon lui d’une vitrine médiatique destinée aux vedettes de la télévision que d’une librairie où des auteurs viendraient défendre leur projet littéraire (je dois reconnaître qu’il n’a pas complètement tort). Il faut préciser que JM Roberts fait partie de ces dinosaures éditoriaux qui croient encore en la littérature et sont prêts à prendre des risques pour elle.

Ces prises de position classent d’emblée JM Roberts parmi les rangs des «amis», rangs que les injonctions croissantes du marketing et de la rentabilité courte ne cessent de clairsemer. Pour lui pourtant, un écrivain, un vrai, c’est quelqu’un qui ne sait pas faire autre chose qu’écrire, un homme à «soustraire» en quelque sorte aux règles du marché. Un écrivain, donc, serait quelqu’un qui consacre sa vie à la littérature. JM Roberts irait-il jusqu’à parler de mission sacrée de la littérature?

Cette vision et cette question méritent qu’on s’y attarde un instant. Sacrée, la mission de l’écrivain l’est très certainement. Un écrivain cherche à produire une vision, à porter un regard différent voire décalé sur une réalité que pour la plupart ses contemporains affrontent, le nez dans le guidon. Un écrivain tient à la fois de Cassandre et de l’oracle et, en ce sens, son travail possède quelque chose de sacré. Cependant devons-nous pour autant aller au-delà de la métaphore : le sacré ésotérique et intime de la littérature doit-il avoir pignon sur rue et revêtir des habits en quelque sorte sacerdotaux? En d’autres termes, convient-il de rémunérer les écrivains (comme l’on faisait jadis des membres du clergé) pour leur permettre de porter leur flamme sacrée?

Cette hypothèse ne manque pas de poser de nouvelles questions. Comment devient-on écrivain sacré (voire consacré)? La consécration est-elle immuable? Dispense-t-elle définitivement des obligations auxquelles les autres hommes sont soumis? Ces questions suggèrent la possibilité de difficultés dans la continuité voire d’intermittences et d’interruptions. La flamme sacrée s’éteint parfois alors qu’il faut bien continuer à manger et à vivre. Cependant la question de la prise en charge financière n’est pas en soi problématique, les écrivains ont des besoins modestes, ils ne font pas a priori partie de la jet set bling bling. Ce qui est problématique, en revanche, c’est la conséquence, dans le travail et les thématiques littéraires mêmes, de l’existence d’un cénacle d’écrivains consacrés, consacrant exclusivement leur vie à la littérature

Portons-nous sur la scène américaine. Paul Auster est le prototype de l’écrivain consacré (non sans mérite). A l’inverse de Jack London, Kerouac, Henry Miller, Dashiel Hammett ou Jim Morrison. Ces derniers ont vécu de petits boulots, ils ont produit leurs œuvres pendant les instants de répit que leur ont laissés les grandes galères. En bref, il y a des écrivains qui ne sont qu’écrivains (avec une chaire de littérature quelque part pour assurer leurs arrières) et des écrivains qui sont avant tout gardiens de nuit, marins, épiciers, détectives, médecins, ingénieurs, comptables … Entre les uns et les autres, la substance littéraire n’est pas la même. Le regard que porte, sur la vie et les choses, un homme tenu de produire et de faire ses preuves n’est pas le même que celui d’un homme qui en est dispensé. Le premier ne produit-il pas une littérature nourrie d’expériences et d’épreuves, tandis que le second produirait une littérature nourrie … de littérature? Et, ainsi que le suggère JM Roberts, seul le second produirait de la littérature digne de ce nom? L’expression est sans doute caricaturale mais elle fait état d’une tendance.

Certes, il n’est pas possible à un patron de PME de mener de front un travail littéraire et de conduire à la fois son affaire, laquelle suppose le nez dans le guidon et une disponibilité de tout instant! Car le travail littéraire exige du recul, une certaine distance voire de la hauteur, de la disponibilité voire du dilettantisme, des périodes d’intense labeur et surtout un état de veille quasi-permanent, le stylo jamais à sec d’encre, un état somme toute incompatible avec les exigences de la conduite d’une affaire telle qu’une PME. J’en ai fait l’expérience moi-même, ma plume ne me permettant pas de vivre. Comment concilier les contradictions d’une activité professionnelle (aux exigences croissantes, surtout depuis les 35 heures) avec la disponibilité active et quasi-quotidienne d’un travail de littérature ? Il y a là quelque chose comme une quadrature du cercle et pourtant je ne voudrais pour rien au monde me défausser de cette quadrature. Il m’appartient de faire mes preuves dans la société civile et marchande, et si je me sens (humble) porteur du feu sacré, il m’appartient aussi de le porter sans revendiquer un statut particulier, en assumant les difficultés et les contradictions de cette double mission.

Pour ma part, je n’ai pas eu un parcours d’universitaire. J’ai consacré l’essentiel de ma carrière professionnelle à une activité dite marchande, tour à tour dirigeant d’équipes, vendeur, contrôleur de gestion, chargé d’affaires et de prospectives. L’univers professionnel qui fut le mien m’a nourri, au propre comme au figuré, même si à ce jour je n’en ai pas restitué toutes les thématiques. Cet univers entre dans le terreau d’où je cherche à extraire un travail littéraire. D’autres se plaisent à faire des voyages ou entreprendre des randonnées. Mes randonnées et voyages se font à traits de plume, quand je peux, comme je peux, parfois de façon tendue et désordonnée, mais il n’y a pas que Dieu, il y a aussi César et je ne sais pas concevoir une littérature où César serait absent.

C’est pourquoi, si je remercie des hommes comme JM Roberts (et d’autres ...) de défendre la littérature comme ils le font, avec conviction et acharnement, contre les assauts des marketeurs sensibles à la rentabilité courte, je reste cependant dubitatif devant ce portrait de l’écrivain consacrant sa vie à la littérature, appartenant à un cénacle voire une caste. Peut-être dira-t-on un jour de moi que j’ai une place dans ce cénacle, mais je n’en veux pas a priori et me flatterai toujours d’avoir écrit dans les conditions civiles qui furent les miennes.

 

PS: Je n'ai pas reécouté l'émission en question. Peut-être ai-je mal interprété certains propos. Si tel est le cas, je m'en excuse auprès de leurs auteurs. La dichotomie n'en reste pas moins recevable.

 

 

Posté par acontrecourant à 14:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Perversion de la démocratie

 

 

francois fillon challenges

Les faits reprochés à François Fillon ont été mis en exergue uniquement parce qu'il est candidat à l'élection présidentielle, issu de Primaires indiscutables et populaires, et qu'il dispose de ce fait d'une solvabilité médiatique élevée. Il est bankable, dirait-on en Amérique. En temps ordinaires, le presse et le système médiatique s'en seraient désintéressés, de même que la justice. Car la justice a été mise en branle uniquement parce que les médias ont agité bruyamment un chiffon rouge. Et ceux qui prétendent qu'elle ne fait que son travail ont sans doute raison, la justice ne pouvait pas rester sourde à tant de tintamarre.

Ceux qui en revanche ont lancé cette affaire savaient tout cela. Leur calendrier ne doit rien au hasard. Ils savaient que serait discrédité le candidat de la droite à un moment où celle-ci n'aurait plus le temps d'en désigner un autre. Ils ont fait en sorte que ce discrédit affaiblisse l'offre républicaine. Ils ont contribué à remplacer le débat sur les vrais problèmes posés à la France par le buzz et les jeux du cirque. Ils portent une lourde responsabilité dans la confiscation de la démocratie, dans son dévoiement à des fins spectaculaires, peut-être crapuleuses voire idéologiques.

Y gagnons-nous au change? Pour s'en convaincre, il suffit d'assister au déplorable spectacle donné par la télévision en temps réel et celui de la meute des petits journalistes, bardés de mircos et de légitimité douteuse, qui harcèlent un homme politique et tentent de faire passer son refus de répondre à leur glapissement pour de l'information!

L'adversité est grande aujourd'hui, la menace terroriste, la menace climatique, la menace économique, etc. Il n'était pas nécessaire d'en rajouter!