VOUS ME PRENEZ ... , ce qu'ils en disent ...

 VOUS ME PRENEZ POUR QUELQU'UN D'AUTRE,  éditions Siloë, 2009

Par François-Xavier Point in LA  VIE DU RAIL, 27 mai 2009

Posté sur BIBLIOBLOG le 24 mai 2010 par Laurence

Je ne sais pas vous mais à chaque fois que je monte dans un train, j'ai toujours cette peur de m'être trompée de voie. Ce soir-là, Anna était bien trop pressée pour s'en inquiéter et bien trop fatiguée pour se rendre compte de son erreur. Ce n'est qu'en sortant du train, qu'elle réalise sa méprise : la voici en gare de Bordeaux alors qu'elle devait retrouver son ami à La Rochelle. Mais plus étonnant encore, quand un jeune homme s'arrête face à elle et la prend pour une autre, elle ne le dément pas, La voici alors embarquée pour un étrange week-end.

 

Depuis quelque temps, Anna a quitté sa ville de La Rochelle pour travailler à Paris. Le travail est éreintant parfois un peu ingrat, mais elle se console en retrouvant celui qu'elle aime chaque week-end. Alors, quand elle comprend qu'elle s'est trompée de train, sa première pensée va évidemment à son fiancé. Elle veut l'appeler mais l'arrivée de cet inconnu lui brouille totalement l'esprit. Dans un premier temps, elle pense que l'erreur vient d'une ressemblance physique mais l'inconnu s'obstine à l'appeler Chloé et il semble tellement si sûr de lui, qu'Anna n'ose lui expliquer sa méprise.

Petit à petit, Anna se glisse dans la peau de Chloé et découvre une vie qui aurait pu être la sienne. L'auteur procède d'abord par flash-back et nous laisse entrevoir le quotidien surmené et peu gratifiant d'Anna. On comprend alors un peu mieux pourquoi elle se laisse prendre au jeu des confusions : Anna est celle qui a su concrétiser ses désirs, celle qui se laisse le temps, celle enfin qui entretient le mystère. Par contre, rien ne nous est dit - ou presque - sur cet inconnu et l'on s'interroge jusqu'à la fin sur l'origine de la méprise : est-il réellement dupe ? Ou Chloé n'est-elle qu'un fantasme née de l'imagination fertile de cet homme ? A moins que tout cela soit à la fois plus simple et plus déroutant…

Dans ce court roman, Roland Goeller s'amuse à nous interroger sur ce qui fait une identité. Sommes nous réellement ce que nous croyons être ? Existons-nous uniquement à travers le regard que nous porte l'autre ? Anna, le temps d'une escapade, enfile les habits et les pensées de Chloé ; elle joue la partition d'une autre, s'invite dans une histoire qui n'est pas la sienne, et tout cela avec un naturel désarmant. Si les dernières lignes viennent confirmer une hypothèse née en cours de lecture, Roland Goeller le fait avec suffisamment de subtilité pour que cette conclusion soit toute en poésie et légèreté.

Laurence

Extrait :

Mais tandis qu'elle ramasse des affaires, elle se sent retenue par le bras. - Chloé, entend-elle appeler. Elle se retourne vers un homme qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'avais jamais vu auparavant. - Chloé, poursuit ce dernier, pardonne-moi, je suis un peu en retard. L'homme lui fait face, son visage est à moins d'un mètre du sien. Anna s'attend à ce que l'homme s'excuse de sa méprise, car à cet instant encore elle croît à la possibilité d'une méprise. Mais l'homme ne s'excuse nullement. Au contraire, il continue à sourire, comme si elle était réellement Chloé. Et son sourire à cet instant est comme la petite goutte qui fait déborder le vase, et le vase en débordant la laisse sans voix.

 

http://www.biblioblog.fr/post/2010/05/24/Vous-me-prenez-pour-quelqu-un-d-autre-Roland-Goeller

 

 

Posté par Yvon Eireann sur blog LECTURE-ECRITURE

http://eireann561.canalblog.com/archives/2013/06/22/27438833.html

http://www.lecture-ecriture.com/9493-Vous-me-prenez-pour-quelqu'un-d'autre-Roland-Goeller

Elle ou moi... moi ou elle? Note  : 


   De cet auteur j'ai beaucoup aimé le roman "La nuque", récit d'un monde futuriste ici, c'est aussi un roman contemporain relativement court. La quatrième de couverture nous dit que l'auteur travaille dans les transports ferroviaires. Alors, un train et une gare semblent des endroits tout indiqués pour situer ce récit.        Anna, après une dure journée de labeur et une réunion qui semble ne pas finir, a juste le temps de courir à la gare Montparnasse pour prendre le train qui la ramène chez elle à La Rochelle! Un peu perdue, elle descend de sa voiture, ne reconnaît pas la gare et constate qu'elle est à Bordeaux. Son portable n'a plus de batterie, elle pense à Arnaud qui lui doit s'impatienter à La Rochelle. Un homme l'accoste, lui prend le bras et l’appelle Chloé...        Décontenancée, elle se laisse entrainer, multipliant les supputations, un acteur pour un reportage, ou autre chose. Lasse, elle laisse les choses se faire pensant que l'homme se rendra compte de son erreur, s'excusera et elle pourra trouver une solution pour rejoindre La Rochelle.        Elle écoute, subit les événements, repousse le moment de lui dire "Vous me prenez pour quelqu'un d'autre" et puis l'homme est séduisant. Elle n'est pas Chloé, la femme que cet homme attendait, elle en est sûre, mais elle laisse cet inconnu l'embrasser, avec un peu de résistance, ce qui surprend son compagnon, qui lui dit avoir préparé une surprise pour elle. Dépassée, elle monte dans une voiture et part à la découverte d'autres vies, celle de la dénommée Chloé et celle d'Antoine dont elle vient de voir le prénom sur un papier et de cette ville où le hasard l'a déposé. Le baiser se fait plus intime, les corps se serrent l'un contre l'autre, les mains de l'inconnu se font plus baladeuses, et elle accepte, cherchant une solution pour lui dire. Mais ne devient-elle pas consentante, curieuse de connaître un peu mieux cette Chloé qui doit beaucoup lui ressembler physiquement?        Une autre possibilité de rompre le charme s'offre à elle, le restaurant où Antoine avait réservé une table pour fêter le premier anniversaire de leur rencontre, elle va téléphoner à Arnaud...        Peu de personnages, une femme à deux prénoms, Anna et Chloé, un peu perdue, mais on le serait à moins, qui se cherche dans cette galère, un homme Antoine, présent physiquement, est-il dupe de cette erreur, un autre présent et même omniprésent par la pensée Arnaud.        Récit sur deux niveaux, un en italique concernant le passé, sa journée du vendredi où les événements qui l'ont amené à accepter ce travail dans la capitale. L'autre récit concerne le temps présent, mais une seule narratrice Anna/Chloé.        Une découverte, un livre qui se lit très bien et qui parle d'une chose toute banale, une erreur d'aiguillage un vendredi soir où beaucoup de provinciaux bloqués pour des raisons professionnelles à Paris n'ont qu'une hâte, reprendre leur vie familiale ou affective!            

Extraits :        - Mais les lettrines continuaient à jouer à cache-cache, laissant les pas se perdre.    Soudain, elles se figèrent.        - Mais avec la vitesse, les choses entrèrent dans l'ordre, la précipitation fit place à l'apathie, l'apathie aux songes et les songes au sommeil.        - Alors, dans un sursaut de lucidité, elle prend la résolution de mettre un terme à ce qui, à ses yeux, n'est encore qu'une gigantesque méprise.        - Ils s'éloignent et l'éventualité d'une protestation s'éloigne, elle aussi.        - Une carrière s'appuie autant sur la disponibilité que sur les résultats.        - Décidément, il a dans l'équation trop de paramètres et trop d'inconnus. Il vaut mieux attendre, et ne rien faire en attendant.        - En s'appropriant les pensées de Chloé, elle comprend qu'elle n'a peut-être pas totalement renoncé à ses propres rêves.        - Et elle, naïve, se croyait investie du pouvoir de choisir entre une vie et une autre, la sienne ou celle de Chloé.        - Ce nouveau baiser opérait en elle une rupture. Il lui était agréable et vénéneux à la fois.        - C'était un malentendu d'où une franche explication permettrait de sortir.        - Mais le hasard existe-t-il?        - Mais le destin existe-t-il?

 

Posté par acontrecourant