Le suicide dérange. Il questionne. Il renvoie à nos propres failles en éprouvant notre résistance ou notre résilience. Placé dans la même situation, qu'aurions-nous fait ? Mais, comme pour toute question dérangeante, nous sommes prompts à la recouvrir d'un voile de pudeur, de déni, de rationalisation ou d'indignation.

Le taux de suicide au sein de France Telecom n'est pas plus élevé que dans les autres entreprises ou groupes d'individus, clament, chiffres à l'appui, les sociologues assistés des statisticiens (savourez l'allitération !)

Des éditorialistes et non des moindres reprennent les arguments distillés par les entreprises : la petite chanson de la concurrence, de la productivité, de la pression sur les salariés. Non, que l'on se suicide à France Telecom constitue un épiphénomène qu'une bonne politique de prévention endiguera très certainement. Et Mme le Ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, d'écrire à tous ses capitaines d'industrie : « je souhaite en effet que les entreprises dans lesquelles l'Etat est actionnaire soient exemplaires. C'est pourquoi tout effort d'adaptation qui serait nécessaire pour renforcer la compétitivité de votre entreprise doit être impérativement mené dans le cadre d'une stratégie durable d'accompagnement humain »

Notons la richesse de cette dernière expression. Elle marche dans tous les sens du reste. « Stratégie d'accompagnement humain durable », « stratégie d'accompagnement humainement durable » etc. Madame le ministre a raison de faire ces mises en garde, mais on frémit en songeant qu'elle soit dans l'obligation de rappeler quelque chose qui pourtant tombe sous le sens. C'est aux enfants qu'on rappelle sans cesse qu'il est dangereux  de jouer avec les allumettes !    

Enfin, j'en viens au plus triste, à savoir les réactions de certains internautes. Beaucoup de compassion certes, mais aussi des billets vengeurs qui disent : les fonctionnaires ont vécu trop longtemps dans un cocon, ils ne résistent pas aux humiliations, nous ça fait vingt ans que dans le privé on est humilié... Il y a des petites phrases revanchardes qui ne sont pas sans rappeler de sinistres périodes.

Je laisse le mot de la fin à qui vous savez!

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