Giotto_AdorationOfTheMagi

L'année s'achève et je voudrais me réjouir. Les savoirs traditionnels et les avancées de la civilisation nous ont appris le profond respect de l'humain entendu comme un miracle divin. Des hommes tels Valéry, Mallarmé, Goethe, Tolstoï, ... nous ont ouvert des voies qu'il nous suffisait de suivre. Hélas, nous en sommes arrivés à un point où de jeunes esprits talentueux nous présentent, avec une candeur glaçante, la mise au point d'un robot bipède ou la synthèse d'un organisme mi-humain, mi-composite comme de nouvelles étapes du progrès radieux. Quelque chose du sens du sacré a été perdu, est en train de se perdre. Verdun, Stalingrad et Auschwitz ont inauguré l'ère des hécatombes technologiques. Des fanatiques entendent imposer leur religion en semant la mort au volant de camions lancés sur des foules. Les technologies de l'information permettent de dissimuler les profanations et les mises à mort derrière des rideaux d'informations anecdotiques.

L'année s'achève et je voudrais, pour l'année qui vient, souhaiter à tous des voeux de bonheur et de prospérité. Je ne peux hélas formuler que des voeux d'espérance. Nombreux sont ceux qui encore tiennent le flambeau, même si parfois ils traversent le désert. Cependant, qu'ils ne cessent de "croire, l'intelligence suivra" (St Augustin). De même: "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" (Hölderlin). Je ne saurai parler de la foi qui est une expérience personnelle et intime, en revanche je voudrais évoquer la très chrétienne fête de l'Epiphanie: révélation du caractère divin du sauveur (en réalité de ce qui advient). Mon espérance tient peut-être en ceci: que le caractère divin, momentanément caché, dissimulé, escamoté, apparaisse à nouveau. Je ne parle pas du retour de quelques rigueurs religieuses que ce soit, mais de la résurgence du sentiment religieux dont les premières manifestations consistent en l'humilité et le respect. 

Enfin, tous autant que nous sommes, nous sommes issus d'une lignée et d'un territoire, dussions-nous vivre à mille lieux d'eux. Mon territoire s'appelle Elsass, aujourd'hui broyé dans le mic-mac régional jacobin où il ne peut que perdre son latin. Je veux dire: son Elsassertum. Nombreux sont aujourd'hui les Elsässer qui luttent pour la restauration de leur Elsassertum, et je formule le voeu que chacun puisse reconnaître le territoire où puisent ses racines. Il saura qu'il n'est pas qu'une entité hors sol, brassée dans le mainstrem globalisé, livrée à toutes les expérimentations génétiques, technologiques et dogmatiques.

L'année s'achève et, pour celle qui vient, en dehors d'une santé florissante, je souhaite à chacun d'alimenter l'espoir qu'il garde en lui.  

illustration: Giotto, Adoration des Mages