th (5)

La nouvelle est tombée la veille sur les téléscripteurs et les iphones : les 4 otages français détenus depuis trois ans au Mali ont été libérés. Sains et saufs, ils sont accueillis par les ministres Laurent Fabius et Jean-Yves le Drian en personnes, devant qui se précipite une nuée de journalistes armés de micros et bardés des dernières technologies de transmissions. Toutes les chaînes du PAF passent en boucle les images des quatre otages à la sortie de l’hôtel Intercontinental au Mali, lors de leur montée dans l’avion de la République française, à leur descente du même avion sur la base de Villacoublay, lors de leur transfert en voiture jusqu’à l’hôtel – Intercontinental – de la capitale, lors de l’allocution du président de la République, ravi d’enfin pouvoir annoncer une bonne nouvelle. D’une chaîne à l’autre, les journalistes, l’œil émoustillé, rivalisent de superlatifs. Nous assistons, nous disent-ils, à un « océan de félicité », un « ouragan de joie », une « tempête de soulagement », ou encore un « tsunami de bonheur ».

Les otages quant à eux marchent, épaules voutées, têtes basses et traits tirés, stars bien involontaires d’une cérémonie qui n’a rien à envier au festival de Cannes, dans un océan de consternation, un ouragan de lassitude, une tempête de colère et un tsunami de perplexité. L’événement de leur libération et le dol de leur captivité se dissolvent lentement dans la gigantesque mise en scène de leur retour à la mère patrie, en fils prodigues égarés pour des raisons qu’ils sont bien en peine de comprendre. Nous sommes bien sûr heureux que le calvaire de ces hommes ait pris fin mais peut-être leur détention aurait-elle été moins longue s’il n’y avait, à son issue, tant d’espace médiatique et de voyeurs pour en saisir l’absurde sacrifice !