J'apprends qu'un livre de l'écrivain Léon Bloy a été censuré par la justice française, à la suite d'une plainte contre le racisme et l'antisémistisme. (cf article FIGARO: http://www.lefigaro.fr/livres/2013/11/27/03005-20131127ARTFIG00338-defense-de-leon-bloy.php). Situation ubusesque s'il en est, quand on connaît la mesure de l'écrivain et son engagement humaniste et catholique, peut-être trop catholique au goût des censeurs. 

leon bloy crédit roger-violet

La consternation cependant tient autant au fait de porter atteinte à un phare de la pensée qu'aux méthodes employées pour porter atteinte. La gauche (au sens large) ne cesse de parler de liberté et de libertés, mais ses officines mènent le combat le plus liberticide et le plus acharné qui se puisse imaginer. Avec la censure de Léon Bloy, nous revenons aux "heures les plus sombres" du bolchevisme, celui des procès staliniens de Prague dont parle Arthur Koestler dans son célèbre roman "Le zero et l'infini" (rappelons que "les amis de la pensée" JP Sartre et S de Beauvoir ont refusé de serrer la main de Koester à cause de sa dénonciation des procès satliniens). Costa Gavras, dans sa mise en scène de l'Aveu (d'après un texte d'Artur Londres, inspiré précisément de Koestler) révèle combien cette police de la pensée est destructrice et n'a rien à envier aux méthodes d'un Pinochet. 

cover_darknessatnoon

Le procédé de censure est simple. Il ne consiste pas à débattre, mais à anéantir, à "faire disparaître" toute pensée contraireà la pensée officielle, jusqu'à la disparition du nom et de l'oeuvre de celui qui a la mauvaise idée de penser et de s'exprimer de façon non conforme.C'est un procédé de déconstruction: rayer l'existence du contradicteur jusque dans la mémoire et le souvenir. Le goulag n'est pas loin. Un pouvoir qui a si peur de la contradiction est proche de l'agonie, mais en attendant que de blasphèmes et d'autodafés! 

 

ci joint, la couverture de l'édition anglaise du "zéro et l'infini": "darkness at noon".